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Louis Veuillot, le parti catholique du XIXème.

 
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Henryk
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MessagePosté le: Ven 21 Déc - 19:19 (2012)    Sujet du message: Louis Veuillot, le parti catholique du XIXème. Répondre en citant

“Nous sommes les pionniers d’une civilisation nouvelle et d’un monde nouveau… La révolution de 1789 et celle de 1830 ont été plus favorables que nuisibles à la cause de l’Eglise. J’espère qu’il en sera de même de celle de 1848...” Louis Veuillot.

Louis Veuillot, c’est-à-dire 95 % des catholiques ultramontains du XIXe siècle, firent leur profession de foi historique de ces contresens nés de l’idéologie révolutionnaire : “les révolutions d 1789 et de 1830 ont été plus favorables que nuisibles à la cause de l’Eglise...” a-t-il écrit ! Voilà où mène la dialectique révolutionnaire et romantique.

Eugène Veuillot rapporte que son frère reçut à cette occasion trente lettres épiscopales . Lors de la suppression de L’Univers par le gouvernement de Napoléon , c’est un déluge de condoléances qui parvint à Louis Veuillot : Pie IX lui-même , puis de nombreux cardinaux, archevêques, évêques, des prélats de l’étranger. Voici enfin une phrase fort intéressante de M. l’abbé Ourion, curé des Ponts-de- Cé : “Quel mystère ! Vous avez contribué à rattacher au gouvernement (de Napoléon III, ndlr) la majorité des ecclésiastiques qui avaient des tendances légitimistes, et vous êtes frappé par ce même gouvernement...”.

Parmi toutes ces citations, dont la plupart nous révèlent la renommée de Louis Veuillot chez les ecclésiastiques, il en est une sur laquelle nous reviendrons plus particulièrement, c’est celle du curé des Pont-de-Cé, qui met l’accent sur le rôle politique de Louis Veuillot en faveur de Napoléon III, ce qui touche précisément à notre sujet. Ce rôle de Louis Veuillot, Napoléon III l’avait si bien perçu qu’après son coup d’état qu’il voulait soumettre au plébiscite, il demanda au rédacteur en chef de L’Univers de venir le voir pour obtenir sa faveur et - par elle - celle de tous les catholiques : ce fut un succès pour Napoléon III, puisque Louis Veuillot “à ceux qui le questionnent sur l’attitude à adopter” répond “je leur dis qu’ils feraient bien d’aller tout de suite à ce nouveau pouvoir pour la raison que pendant la première semaine on irait encore sur les pieds, mais la seconde sur les genoux” . Son influence, à ce moment, sur les catholiques est prouvée également par une réponse que lui fit Billaut, ministre de l’intérieur de Napoléon III. Louis Veuillot était allé le voir pour récupérer des courriers secrets rapportés par lui du Vatican et interceptés par la police. Voici la réponse de Billaut : “ Non, cher Monsieur, c’est très sérieux (...) ceci est qualifié de crime. Cependant soyez sans inquiétude. A cause de vos mérites, et de vos anciens services, vous ne serez pas poursuivi...” .

Les folies démagogiques de M. de La Mennais n’ont fait que suspendre l’effet de cette découverte, reprise avec plus ou moins d’effet par L’Univers depuis sept ans...” . Parlant de la fondation de L’Univers (le 1er numéro parut le 3 novembre 1833), Eugène Veuillot écrit “Comme ligne politique L’Univers acceptait très franchement le régime établi ; mais sans lui montrer aucun amour. Il faisait des politesses et même des amitiés aux légitimistes en se défendant d’être à eux ; il leur donnait d’excellents conseils, par exemple celui de travailler au lieu de bouder, d’entrer dans toutes les assemblées électives, et d’acquérir une certaine influence. La polémique était limitée aux intérêts religieux. Au total, neutralité politique, voisine de l’indifférence…” . Dans un texte de 1856, nous lisons, toujours d’Eugène Veuillot : “Nos voix sont acquises à tout candidat qui promettra de revendiquer la pleine liberté de nos universités et d’appuyer la réforme chrétienne sur le mariage” et il conseille “Pour le reste, que l’aspirant député soit ou promette d’être ce qu’il voudra : nous n’y regardons pas. Nous pouvons le tenir pour mal éclairé sur la question du gouvernement, nous le tenons pour honnête et intelligent sur les points essentiels (...) nous nous confions à lui ; croyant que si il a besoin de voir plus clair, Dieu l’éclairera” (. Eugène Veuillot, dans la droite ligne de son frère, écrit un peu après : “L’Univers (...) s’est toujours prononcé dans les élections pour le candidat le plus favorable au droit de l’Eglise, sans lui demander de s’attacher à telle ou telle forme de gouvernement” . Il rappelait ailleurs, en parlant du même journal : “Il acceptait loyalement le régime établi, mais de ce régime il ne laisse rien passer de mauvais ou de douteux sans protester”  et, parlant de son frère “il blâmait pour avertir, pour corriger et non pour renverser (...) Sa politique dépassait les questions de parti et même les formes gouvernementales”.

Eugène Veuillot commente : “Il invoquait comme rassurant l’exemple de la république des Etats- Unis” (79). Il écrivait également, au tout début de l’année 1848, à un prêtre du diocèse d’Arras : “Nous sommes les pionniers d’une civilisation nouvelle et d’un monde nouveau. Nous défricherons le sol à la sueur de notre front, mais nos enfants y circuleront à l’aise. La révolution de 1789 et celle de 1830 ont été plus favorables que nuisibles à la cause de l’Eglise. J’espère qu’il en sera de même de celle de 1848...”. En 1870, ses espoirs placés successivement dans Louis-Philippe, la seconde république et l’empire, et successivement déçus, ne l’ont pas découragé. C’est toujours le même discours, comme le prouve cette page de Rome pendant le Concile : “...Et si l’on ose jeter plus loin les yeux dans l’avenir par delà les longues fumées du combat et de l’écroulement, on entrevoit une construction gigantesque, inouïe, oeuvre de l’Eglise (...) On entrevoit l’organisation chrétienne catholique de la démocratie. Sur les débris des empires infidèles, on voit renaître plus nombreuse la multitude des nations, égales entre elles, libres, formant une confédération universelle dans l’unité de la foi, sous la présidence du Pontife Romain, également protégé et protecteur de tout le monde, un peuple saint, comme il y eut un Saint- Empire. Et cette démocratie baptisée et sacrée fera ce que les monarchies n’ont pas su et n’ont pas voulu faire : elle abolira partout les idoles, elle fera régner universellement le Christ, et fiet unum ovile et unus pastor”.

Nous ne savons pas si le conseil à l’abbé Liénart fut écouté, mais devant les résultats lamentables des élections qui suivirent, Cavaignac, chargé de réprimer l’insurrection, fut nommé chef de l’exécutif par l’Assemblée. Louis Veuillot commente : “S’il sert assez bien l’ordre et sait respecter suffisamment la liberté, nous devons être contents, Quant à la couleur politique, nous n’y regardons pas de trop près (...)
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MessagePosté le: Ven 21 Déc - 19:19 (2012)    Sujet du message: Publicité

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Mavendorf
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MessagePosté le: Ven 15 Fév - 19:46 (2013)    Sujet du message: Louis Veuillot, le parti catholique du XIXème. Répondre en citant

Louis Veuillot avec son parti catholique, c'était un peu l'alliance royale ou le civitas de l'époque... Tentative de redresser une civilisation avec les armes et les principes qui sont à l'origine de sa négation et de son effacement progressif ; évidemment ça n'a pas fonctionné et ceci va se terminer par de lamentables échecs alors que les conditions étaient nettement plus favorables qu'aujourd'hui. Impossible de faire l'économie d'une bonne formation si nous voulons nous réapproprier une doctrine conforme à celle de nos ancêtres, il est essentiel donc de se préserver soi-même par une connaissance solide de la Vérité.

Nous avons cette excellente étude sur le site bibliothèque de Vive le Roy pour bien comprendre et surtout ne pas répéter les erreurs du parti catholique de Louis Veuillot :

http://www.viveleroy.fr/Un-mondialiste-inattendu-Louis,36.html
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MessagePosté le: Sam 16 Fév - 10:09 (2013)    Sujet du message: Louis Veuillot, le parti catholique du XIXème. Répondre en citant

Mavendorf a écrit:
Louis Veuillot avec son parti catholique, c'était un peu l'alliance royale ou le civitas de l'époque... Tentative de redresser une civilisation avec les armes et les principes qui sont à l'origine de sa négation et de son effacement progressif ; évidemment ça n'a pas fonctionné et ceci va se terminer par de lamentables échecs alors que les conditions étaient nettement plus favorables qu'aujourd'hui. Impossible de faire l'économie d'une bonne formation si nous voulons nous réapproprier une doctrine conforme à celle de nos ancêtres, il est essentiel donc de se préserver soi-même par une connaissance solide de la Vérité.
Nous avons cette excellente étude sur le site bibliothèque de Vive le Roy pour bien comprendre et surtout ne pas répéter les erreurs du parti catholique de Louis Veuillot :

http://www.viveleroy.fr/Un-mondialiste-inattendu-Louis,36.html


Belle analyse en ce qui concerne Louis Veuillot .CIVITAS ou ses représentants sont dans leur rôle, pioché partout ,et prendre le pouvoir,
quand à l'ALLIANCE ROYALE elle semble méconnaître le principe Monarchiste de " l' EMPIRISME ORGANISATEUR" car le systeme démocratique représentatif n'a jamais rien apporté dans la restauration des monarchies d'après 1789 et lui a même été contraire ou fatal
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Mavendorf
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MessagePosté le: Sam 16 Fév - 13:50 (2013)    Sujet du message: Louis Veuillot, le parti catholique du XIXème. Répondre en citant

A une époque comme la nôtre, bercée d'illusions et complètement immergée dans l'obscurantisme Révolutionnaire, il semble sage et essentiel de connaître ce phénomène à fond et d'adopter à son égard l'attitude la plus sûre et énergique que les circonstances actuelles exigent. Autrement dit, le légitimiste augmentera beaucoup l'efficacité de son action, quel que soit le champ d'activité auquel il se consacre, s'il sait reconnaître tout d'abord la Révolution dans ses principes, et de marquer tout ce qu'il fait lui même du sceau de la Contre-révolution.
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Henryk
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MessagePosté le: Jeu 21 Mar - 21:39 (2013)    Sujet du message: Louis Veuillot, le parti catholique du XIXème. Répondre en citant

Un frère à Louis Veuillot, Lacordaire


Jean-Baptiste-Henri Lacordaire, en religion le père Henri-Dominique Lacordaire, né le 12 mai 1802 à Recey-sur-Ource (Côte-d'Or), mort le 21 novembre 1861 à Sorèze (Tarn), est un religieux, prédicateur, journaliste et homme politique. Considéré aujourd'hui comme l'un des précurseurs du catholicisme libéral.

 Fils de Nicolas Lacordaire, ancien médecin de la marine dans la Guerre d'indépendance aux États-Unis, Henri Lacordaire est élevé par sa mère, Anne Dugied, fille d'un avocat en Bourgogne,  veuve en 1806. Bien qu'élevé dans la foi catholique, il s'en éloigne pendant ses études. Etudie le droit, se destinant à la carrière d'avocat, et se signale par ses qualités d'orateur au sein de la Société d'études, un cercle politique et littéraire réunissant la jeunesse royaliste de la ville, où il découvre les théories ultramontaines de Félicité de Lamennais. Sous leur influence, Lacordaire renonce peu à peu aux idées des encyclopédistes et au rousseauisme, conservant cependant un amour profond et sincère de la liberté et des idéaux révolutionnaires de 1789.

En 1822, il part pour Paris afin d'effectuer son stage d'avocat. Bien que trop jeune selon la loi pour plaider, il passe outre, et plaide avec succès à plusieurs reprises en cour d'assises, suscitant l'intérêt du grand avocat libéral Berryer.

Cependant, malgré les perspectives d'une carrière brillante, il s'ennuie et se sent isolé à Paris, dont les distractions ne le séduisent guère. À l'issue d'une longue période de doutes et d'interrogations, il se convertit au printemps 1824, et décide aussitôt d'être prêtre.

Grâce au soutien de Monseigneur de Quélen, l'archevêque de Paris, qui lui accorde une bourse, et malgré les fortes réticences de sa mère et de ses amis, il entre le 12 mai 1824 au séminaire Saint-Sulpice, à Issy, puis, à partir de 1826, à Paris, où l'enseignement, d'une qualité généralement médiocre, ne convient pas à sa formation antérieure, à son caractère et à ses idées libérales. Il écrit même plus tard que : « Ceux qui se souviennent de m'avoir observé au séminaire, savent qu'ils ont eu plusieurs fois la tentation de me prendre pour un fou. » Son expérience de séminariste inspire Sainte-Beuve, pour son roman Volupté.

À Saint-Sulpice, il se lie avec le duc de Rohan-Chabot, futur cardinal-archevêque de Besançon, qui lui conseille d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Finalement, grâce à son insistance, et après de longues hésitations de ses supérieurs, il est ordonné prêtre le 22 septembre 1827 par Monseigneur de Quélen. Celui-ci, après avoir songé à le nommer à la Madeleine ou à Saint-Sulpice, lui confie finalement la modeste tâche de chapelain d'un couvent de visitandines, et, l'année suivante, la charge de second aumônier du lycée Henri-IV. Cette expérience confirme à ses yeux l'inéluctable déchristianisation de la jeunesse française confiée à l'enseignement public, dont lui-même a fait partie.

Invité par l'abbé Félicité de Lamennais, alors l'un des maîtres à penser de la jeunesse catholique française, en Bretagne, il fut longtemps réticent à l'égard de l'intransigeance de Lamennais, Henri Lacordaire fut finalement séduit par son enthousiasme et ses idées ultramontaines et libérales. À cette époque, il songea à partir aux États-Unis, comme missionnaire. Les événements de 1830 le retinrent en France. Avec Lamennais, l'abbé Gerbet, et le jeune vicomte Charles de Montalembert, qui devint l'un de ses plus proches amis, ils choisirent de se rallier à la révolution de Juillet, en exigeant l'application intégrale de la Charte de 1830, de soutenir les révolutions étrangères (en Pologne, en Belgique, en Italie), et lancèrent, le 16 octobre 1830, le journal l'Avenir, dont la devise était « Dieu et la liberté ! ». Dans un contexte révolutionnaire majoritairement anticlérical, le journal mariait audacieusement ultramontanisme (défense de la souveraineté absolue du pape en matière religieuse) et libéralisme, aspirations démocratiques et catholicisme.

Le 7 décembre 1830, les rédacteurs de l'Avenir résumaient ainsi leurs revendications :
1) Nous demandons premièrement la liberté de conscience ou la liberté de religion, pleine, universelle, sans distinction comme sans privilège ; et par conséquent, en ce qui nous touche, nous catholiques, la totale séparation de l'Église et de l'État

2)Cette séparation nécessaire, et sans laquelle il n'existerait pour les catholiques nulle liberté religieuse, implique, d'une part, la suppression du budget ecclésiastique, et nous l'avons hautement reconnu ; d'une autre part, l'indépendance absolue du clergé dans l'ordre spirituel.

3)De même qu'il ne peut y avoir aujourd'hui rien de religieux dans la politique, il ne doit y avoir rien de politique dans la religion.

4)Nous demandons, en second lieu, la liberté d'enseignement, parce qu'elle est de droit naturel et, pour ainsi dire, la première liberté de la famille ; parce qu’il n'existe sans elle ni de liberté religieuse, ni de liberté d'opinions… »

Parmi les autres revendications figuraient la liberté de la presse, la liberté d'association, la généralisation du principe électif.

Lacordaire se signala en particulier par des articles demandant la liberté d'expression et la liberté de la presse, la liberté d'enseignement, contre le monopole de l'Université, s'opposant à Montalivet, le ministre de l'Instruction publique et des cultes. Mais il fut surtout véhément pour exiger la séparation de l'Église et de l'État. Ainsi, il appela les prêtres français à refuser le salaire qui leur était versé par le gouvernement, et exalta la pauvreté du clergé. Le 15 novembre 1830, il s'exclamait : « Nous sommes payés par nos ennemis, par ceux qui nous regardent comme des hypocrites ou des imbéciles, et qui sont persuadés que notre vie tient à leur argent […] La liberté ne se donne pas, elle se prend. » Ces revendications, les nombreuses attaques contre les évêques nommés par le nouveau gouvernement, qualifiés d'« ambitieux et serviles », la virulence des auteurs, particulièrement Lamennais et Lacordaire, provoquèrent le scandale auprès de l'épiscopat français, majoritairement gallican et conservateur, et les évêques français intentèrent un procès aux rédacteurs de l'Avenir. En janvier 1831, Lamennais et Lacordaire durent se défendre devant la justice et obtinrent un acquittement triomphal.

Afin de défendre la liberté de l'enseignement, en dehors du contrôle de l'Université, conformément à leur interprétation de la Charte de 1830, les rédacteurs de l’Avenir fondèrent en décembre 1830 l'Agence générale pour la défense de la liberté religieuse, et, le  mai 1831, Lacordaire, Montalembert et de Coux ouvrirent une école libre, rue des Beaux-Arts, qui fut fermée par la police deux jours plus tard. Le 30 décembre, Lacordaire, Lamennais et Montalembert, les « pèlerins de la liberté », se rendirent à Rome, afin d'en appeler au jugement du pape Grégoire XVI, auquel ils présentèrent un Mémoire rédigé par Lacordaire. D'abord confiants, ils déchantèrent vite face à l'accueil réservé qui leur fut accordé. Le 15 août 1832, le pape, sans les nommer, condamna leurs idées par l'encyclique Mirari Vos, notamment les revendications portant sur la liberté de conscience et la liberté de la presse. Avant même cette condamnation, Lacordaire se sépara de ses compagnons, et retourna à Paris où il reprit ses fonctions d'aumônier des visitandines.

Le 11 septembre, il publia une lettre de soumission au jugement du pape. Il usa de toute sa force de persuasion pour convaincre Montalembert, d'abord rétif, de le suivre dans sa soumission. En 1834, il acheva de désavouer Lamennais, condamné après la publication des Paroles d'un Croyant (encyclique Singulari Nos), par ses Considérations sur le système philosophique de M. de La Mennais, ouvrage dans lequel Lacordaire évoquait sa déception face aux conséquences de la révolution de 1830, et proclamait sa fidélité à l'Église de Rome. Il y condamnait l’« orgueil » de Lamennais, et le taxait de « protestantisme », l'accusant d'avoir voulu placer l'autorité du genre humain au-dessus de celle de l’Église.

En janvier 1833, il rencontra pour la première fois Madame Swetchine, noble russe convertie au catholicisme, tenant un salon célèbre à Paris, que fréquentaient aussi Montalembert, le comte de Falloux, ou l'abbé Félix Dupanloup. Il développa avec Madame Swetchine une relation à la fois filiale et amicale, à travers une correspondance considérable.

En janvier 1834, sur la proposition du jeune Frédéric Ozanam, le fondateur de l'œuvre charitable de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, qu'il connaissait depuis peu, l'abbé Lacordaire commença une série de conférences au collège Stanislas, qui rencontrèrent un très grand succès, au-delà même des étudiants. Mais l'omniprésence dans ces discours du thème de la liberté, qu'on soupçonna de pervertir la jeunesse, déclencha des critiques. Les conférences furent donc suspendues.

Cependant, Monseigneur de Quélen, l'archevêque de Paris,(tué à Paris, avait soutenu lacordaire dans sa candidature au parti catholique)  affirma son soutien à Lacordaire, et lui demanda de prêcher en 1835 pour le Carême à la cathédrale Notre-Dame de Paris, dans le cadre des Conférences de Notre-Dame, spécialement destinées à l'initiation de la jeunesse au christianisme, elles aussi fondées à la demande d'Ozanam. La première conférence de Lacordaire eut lieu le 8 mars 1835. En raison du succès immédiat rencontré par ses prédications, il poursuivit l'expérience l'année suivante. De fait, les Conférences de Notre-Dame de Lacordaire, où celui-ci mêlait avec exaltation religion, philosophie, poésie, représentaient un renouvellement original de l'éloquence sacrée traditionnelle.


Dans cette entreprise de restauration, Lacordaire fut soutenu par le pape Grégoire XVI, et par le maître général des dominicains, le père Ancarani, qui lui offrit l'usage du couvent romain de Sainte-Sabine, pour établir le premier noviciat des dominicains français. En septembre 1838, Lacordaire retourna en France, afin de trouver des candidats au noviciat, et des soutiens dans sa démarche. Il passa à cet effet une annonce dans le journal L'Univers, et, dans son Mémoire pour le rétablissement en France des Frères Prêcheurs (1839), largement diffusé, en appela avec éloquence, et d'une manière extrêmement moderne, à l'opinion publique, au peuple français, et à son respect des droits de l'homme, pour soutenir la liberté religieuse et la liberté d'association.

Le Mémoire commençait :
Mon pays, Pendant que vous poursuivez avec joie et douleur la formation de la société moderne, un de vos enfants nouveaux, chrétien par la foi, prêtre par l'onction traditionnelle de l'Église catholique, vient réclamer de vous sa part dans les libertés que vous avez conquises, et que lui-même a payées […] Je m'adresse à une autorité qui est la reine du monde, qui de temps immémorial, a proscrit les lois, en a fait d'autres, de qui les chartes elles-mêmes dépendent, et dont les arrêts, méconnus un jour, finissent tôt ou tard par s'exécuter. C'est à l'opinion publique que je demande protection et je la demande contre elle-même, s'il en est besoin. »

Pour démontrer l'inutilité de la législation anti-religieuse mise en place par les révolutionnaires français, Lacordaire y soulignait les évolutions de la vie religieuse, montrant qu'au XIXe siècle, il était désormais inconcevable d'entrer dans les ordres sous la contrainte, contrairement aux pratiques qui avaient eu cours avant la Révolution française.
D'autre part, selon lui, les vœux religieux ne s'opposaient pas aux principes fondateurs de la Révolution : d'abord, le vœu d'obéissance n'était que la plus haute expression de la liberté, en tant qu'il s'agissait de l'obéissance consentie à des supérieurs librement élus, dont les décisions étaient strictement bornées par les statuts de l'Ordre, évitant ainsi tout abus de pouvoir. Quant au vœu de pauvreté, il rejoignait selon lui les idéaux révolutionnaires d'égalité et de fraternité.

En 1850, sous la seconde république, la province dominicaine de France fut officiellement rétablie, sous la direction du Père Henri-Dominique Lacordaire, élu supérieur provincial. Il se heurta rapidement au père Alexandre Vincent Jandel, l'un de ses premiers compagnons. En effet, en 1850, Alexandre Jandel fut nommé vicaire général de l'Ordre par le pape Pie IX, admiratif du dynamisme et de la rigueur des dominicains français. Jandel était favorable à une interprétation sévère des constitutions dominicaines médiévales et s'opposa à la vision plus libérale de Lacordaire. Le conflit éclata en 1852 à propos de l'horaire des matines, l'office de nuit, dans les couvents, et d'une manière générale, sur le confort et les dispenses à accorder aux frères.
En effet, selon Lacordaire, qui s'appliquait par ailleurs à lui-même une discipline extrêmement sévère, la vie monastique devait être subordonnée au devoir de prédication et d'enseignement, et ne devait pas contraindre la liberté des frères dominicains. En 1855, le pape affirma publiquement son soutien à Jandel en le nommant maître général de l'ordre dominicain, tandis que Lacordaire, retiré alors de l'administration de la province de France, fut réélu à sa tête en 1858.

La fin de la vie du père Lacordaire fut assombrie par ces controverses, et par les déceptions de la vie politique. En effet, depuis longtemps hostile à la monarchie de Juillet, il soutint avec enthousiasme la révolution française de 1848, se rallia au régime républicain, et lança avec Frédéric Ozanam et l'abbé Maret un nouveau journal, l'Ère nouvelle, dont les objectifs étaient « de rassurer les catholiques et de les aider à l'acceptation du régime nouveau […], d'obtenir pour l'Église des libertés nécessaires qui lui étaient obstinément refusées depuis cinquante ans, enfin un acheminement à une meilleure distribution des éléments sociaux, en arrachant à une classe trop prépondérante la domination exclusive des intérêts, des idées et des mœurs. »[. Ce programme mêlait le catholicisme libéral traditionnel (défense de la liberté de conscience et d'enseignement), et le catholicisme social défendu par Frédéric Ozanam.

Après une campagne électorale tumultueuse, Lacordaire fut élu député de l'Assemblée nationale constituante par l'électorat de Marseille. Favorable à la République, il siégea à l'extrême gauche de l'Assemblée, mais démissionna très vite - le 17 mai 1848 - suite aux émeutes ouvrières, à l'invasion de l'Assemblée nationale par les manifestants, le 15 mai, et à la répression qui suivit. Il expliqua ainsi son comportement :

« J'estimai dans la révolution de 1848 un acte de haute justice. […] Je pensai que l'essai de la forme républicaine était possible en France dans des conditions meilleures qu'en 1792. J'acceptai sincèrement cet essai. […] Ce fut dans cette même pensée que j'entrai à l'Assemblée nationale, et que je m'assis à l'extrême gauche, afin de donner immédiatement un signe de mon adhésion au genre de gouvernement que la force des choses venait d'imposer à la France. […] Le 15 mai ébranla jusqu'au fond mes espérances. Il m'a révélé des projets et des passions qui devaient infailliblement aboutir à la guerre civile, à une lutte profonde, inévitable, acharnée, où l'extrême gauche jouerait un rôle dont je ne voulais pour rien au monde prendre la responsabilité. […] Les partis monarchiques relevaient la tête ; je ne voulais pas les servir, je ne le pouvais pas sans compromettre la religion. J'aimai mieux me retirer.

Déçu par le régime républicain, et en désaccord avec les options de plus en plus sociales choisies par l'Ère Nouvelle, il quitta la direction du journal le 2 septembre, tout en continuant à le soutenir.

Lacordaire se montra plutôt favorable à la révolution italienne de 1848, au prix même de l'invasion des États pontificaux, (« Nous ne devons point trop nous alarmer de la chute possible de Pie IX , écrit-il alors à Montalembert).

Il montra peu d'enthousiasme à l'égard de la loi Falloux, votée le 15 mars 1850 œuvre de son ami Montalembert, qui établissait la liberté de l'enseignement secondaire, qu'il jugeait insuffisante, et qui avait été soutenue par l'évêque d'Orléans, Félix Dupanloup, à qui l'opposait une longue inimitié.

Opposé à l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte, Lacordaire condamna sans réserve le coup d'État du 2 décembre 1851, qui lui semblait une atteinte insupportable à la liberté, et à toutes les valeurs qu'il défendait, au nom de l'ordre. Il choisit alors de se retirer de la vie publique, comme il l'expliqua en 1861 :

Enfin, en 1860, il fut élu par 21 voix membre de l'Académie française, au fauteuil 18, en remplacement du comte Alexis de Tocqueville, dont il prononça l'éloge.(sic) Encouragé par les opposants au régime impérial, parrainé par Montalembert et Berryer, reçu par Guizot, il accepta alors de ne pas évoquer la politique italienne controversée de Napoléon III.


Dans les conférences de Notre-Dame, il déclara ainsi : « Il me sembla qu'il ne fallait partir ni de la métaphysique, ni de l'histoire, mais prendre pied sur le sol même de la réalité vivante et y chercher les traces de Dieu. »

Pour démontrer la crédibilité des doctrines catholiques, Lacordaire avait donc recours à de nombreuses références extérieures au dogme, tirées de l'histoire, de la psychologie, de la philosophie, de la poésie et la littérature, reprenant ainsi les références idéologiques et intellectuelles de son auditoire, la jeunesse catholique romantique.

En outre, il prononçait ses discours avec expressivité et un enthousiasme communicatif (voire avec exaltation), insistant sur les notions qui le passionnaient ainsi que son public, celles de liberté, de patriotisme, de don de soi et de sens du sacrifice.

À la lecture, le style d'Henri Lacordaire, destiné à une expression orale dans un contexte bien particulier peut donc aujourd'hui sembler confus, plein d'emphase, et le contenu manquer de fond théologique. C'est pourquoi, plus que ses qualités d'orateur, ce sont ses intuitions sur la compatibilité entre catholicisme, libéralisme et démocratie, qui rendent cet homme et son parcours intellectuel et politique particulièrement remarquables.

Connu pour sa citation  "Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit". (sic)



Selon son ami l'abbé Henri Perreyve, « passionné de la justice, de la liberté, du progrès des hommes et ne séparant pas de ces grandes causes la cause de Dieu et de son Église »[], Henri Lacordaire ne dissociait pas une foi catholique profonde et la croyance dans le progrès et la liberté humaine (selon lui, « c’est l’Évangile qui a fondé la liberté dans le monde, qui a déclaré les hommes égaux devant Dieu, qui a prêché les idées et les œuvres de fraternité. »). Cet amour de la liberté, antérieur chez lui à sa foi catholique, allait de pair avec une grande tendresse pour les hommes de son temps, du XIXe siècle : proclamant « la nécessité d'estimer son siècle »[], il se distinguait donc de nombreux auteurs catholiques romantiques qui le rejetaient pour exalter avec nostalgie un passé mythique.

Issu de la bourgeoisie révolutionnaire (fils d'un médecin militaire, petit-fils d'un avocat), il en partageait en effet de nombreux idéaux, et notamment la foi dans la modernité et le progrès, ainsi qu'une vision globalement positive de la geste révolutionnaire. Contrairement aux notables de son siècle, Henri Lacordaire considérait, sous certaines conditions et tout en réprouvant la violence physique, que de l'insurrection populaire pouvait sortir l'amélioration de la condition humaine. Face au comte de Montalembert, aristocrate libéral, son ami, Lacordaire, sans être pour autant républicain de conviction, montrait des idées politiques avancées, très choquantes pour la grande bourgeoisie catholique française qu'il côtoyait.

Ces convictions expliquent pour une large part son attitude controversée pendant la révolution de 1848.

Elle provoqua, de manière temporaire, l'incompréhension de ses amis les plus proches (Montalembert,  Madame Swetchine, Tocqueville ), et l'embarras de la plupart de ses biographes jusqu'au milieu du XXe siècle.

Il justifia les aspirations démocratiques de ses contemporains :
1)  Il faut croire que l'avènement de la société moderne était voulu de Dieu.
2)Quel danger y a-t-il à ce que quelques catholiques penchent un peu vivement vers la forme démocratique ?

3)Qui sait si ce n'est pas là l'avenir de l'Europe ?

Paradoxalement, la réputation de Lacordaire lui ouvrit les portes de l'Académie française.



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Henryk
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MessagePosté le: Mer 17 Avr - 08:06 (2013)    Sujet du message: Louis Veuillot, le parti catholique du XIXème. Répondre en citant

Oraison funèbre au Comte de Chambord de L.Veuillot.

« Si un homme politique, peut perdre ses amis, sa cause et sa fortune, à  donner l'exemple de la fermeté, de la  loyauté et de l'honneur, Henri de Bour bon a fait ce coup rare, mais très-possible en notre temps. Tel est l'avis quasi  unanime des journaux. Ils déclarent tous que, depuis longtemps, personne  n'a plus honnêtement et plus noblement parlé ; que sa proclamation est faite  avec un esprit sincère, une âme élevée,  un grand cœur, et tout cela est vrai. Ils  ajoutent avec le même ensemble et le même entraînement que tout cela ne leur va point, ne peut aller à personne en France, et que, par conséquent, Henri de Bourbon abdique et la cause de la monarchie est finie. Nous, pour notre compte, nous sommes persuadés qu'ils révèlent le fond de l'âme française, du moins le fond de cette partie, qui parle en eux. Emus de cette splendeur de la probité royale, ils ont voulu ou  n'ont pu s'empêcher d'être sincères a leur tour.

Eh bien ! Monseigneur, nous aurons aussi notre probité. Franchement donc vous êtes trop honnête pour nous, vous pourriez nous sauver, nous ne voulons point signer cela. Décidément nous ne voulons plus obéir qu'a des chefs que nous puissions mépriser. Allez-vous-en.
Après quatre-vingts ans, après les deux républiques, les deux restaurations, les trois invasions, entre le second et le troisième, c'est l'écho de
«Fils de St-Louis, montez au ciel !» Sur cette parole se fonde la troisième république. Nous doutons qu'elle soit bien fondée. Si véritablement le fils de St-Louis a perdu sa cause, ce n'est pas lui qu'il faut plaindre. Il n'est à plaindre que comme tous les autres français, destinés a voir la patrie diminuer toujours, baisser toujours et peut-être périr. Pour lui, personnellement, il n'est pas diminué et tant s'en faut. Il a mis à l'abri son honneur de Français, de roi et de chrétien; il a réservé du vieux drapeau de la France ce qu'il faut pour s'en faire un linceul. Il était déjà le premier gentilhomme du monde, il est aujourd'hui le  dernier. Au milieu de ces félons, de ces pervers, de ces prévaricateurs qui trafiquent avec la révolution, qui marchandent, qui ourdissent, qui se parjurent, qui comptent avec les routiers, les émeutiers et les brochuriers, il est gentilhomme. Lorsqu'il mourra, on répètera dans le monde cette parole qui n'y fut dite qu'une fois, et qui n'annonçait pas une haine aussi grande.
Le gentilhomme est mort !

Ce serait le deuil suprême et irrémédiable de l'honneur, s'il ne restait pas des chrétiens. Nous avons tenu nos lecteurs an courant des mouvements et incidents qui ont précédé la proclamation de Chambord. Quoique l'histoire authentique et régulière n'en soit pas faite, l'on entrevoit ce que les politiques voulaient préparer. C'était proprement la fusion. Nous n'en sommes pas et nous ne faisons que des conjectures.

« Mais, tous les documents l'indiquent, il s'agissait de fonder le droit dans le fait, et de donner la légitimité du droit h ce qui se prétend la légitimité supérieure du fait. La question du drapeau expliquait la question de la souveraineté populaire, et l'adoption du tricolore résolvait cette question contre la royauté. S'il est permis d'imaginer un entretien qui, sans doute, n'a pas eu lieu entre le prince et ses amis de diverses origines, anciens,  nouveaux, parents et autres, voici ce qu'il leur a pu dire en prince, en homme de bien et en homme de sens : « Vous me proposez d'abdiquer, pour que vous puissiez ensuite m'élire, je ne sais trop à quel titre et comment. Vous  me demandez de cesser d'être roi et de
devenir fonctionnaire. Vous souhaitez que je fasse cela sérieusement et en toute sincérité, car je ne peux supposer, ni que vous me jugiez capable de feindre, ni que vous m'y engagiez. En tout cas, je refuse; ce n'est pas mon devoir, et ce ne serait pas votre intérêt; vous ne pouvez pas m'offrir une candidature, je ne l'accepterais pas. Vous ne pouvez pas m'offrir la royauté, je la possède et vous le savez bien, car, autrement pourquoi viendriez-vous à moi ? Vous ne pouvez que m'offrir, pour votre part, la couronne. Mais vous ne me l'offrez ni telle qu'elle est, ni telle que je la veux, ni telle qu'il l'a faut, et vous manquez de titre ou pour me l'offrir ou pour la modifier. Cela ne se peut plus faire que d'accord entre moi et la France. Vous n'êtes en ceci ni mes fondés de pouvoirs, ni ceux de la France, vous n'êtes pas juges entre la France et moi.



De la France même je n'accepterais pas la couronne aux conditions que vous y mettez. Vous venez à moi, parce que vous avez besoin d'un roi, et parce que je suis le roi, et vous me demandez de n'être plus le roi, ni même un roi ! Vous demandez que j'oublie mon nom, que j'efface mon histoire, que je déchire mon titre ! Mais alors à quoi puis-je être bon, qu'a vous tirer un moment d'embarras, au prix de la dernière ressource peut-être de la France ! j'ai cinquante ans, je connais le monde, j'ai étudié votre train particulier, et je suis chrétien. Parce que je suis chrétien, j'ai le devoir de consentir à régner chez vous si j'y suis invité ; et il convient même que je fasse les premiers pas et que je me présente à cause de votre extrême malheur. Me voici. Mais si c'est chose possible de régner chez vous, et plus possible à moi qu'à tout autre, ce n'est pas chose commode, et  j'ai le droit el le devoir de poser mes conditions. Je les fais, il importe à ma loyauté d'en avertir tout le monde,  parce qu'elles regardent tout le monde. Sans soldats et sans partisans armés, c'est ainsi que je peux et que je veux  livrer bataille a ceux que vous avez  dressés à ne plus vouloir de roi ni de formes de roi.

Je leur dirai comme à vous, que je prétends n'être pas une forme de roi, et l'on me verra en homme de ma race sur le chemin de l'honneur. J'y porterai le panache blanc. Vous tenez tant à ce tricolore ! Si c'est une pure fantaisie de votre part, vous devez me passer un goût différent et votre goût ici doit céder au mien, lequel a ses raisons que le vôtre n'a pas. Si c'est ruse, je ne veux pas m'engager dans une voie de ruse où je marcherais mal, où je serais certainement abandonné et vous certainement battus. Si c'est lâcheté, ce serait mal  commencer, et je ne suis point l'homme que vous cherchez. Je ne veux point tromper, et je ne veux point demander pardon d'appartenir à ma race. Je ne crois pas que Henri IV ait dit que Paris valait bien une messe, et s'il a fait ce bon mot je ne l'accepte pas pour moi. Je prends Henri IV après la messe et je dis, moi, que la messe où je demande à Dieu de me faire mériter le ciel en m'y employant au service du juste et du vrai, vaut plus que Paris et plus que la couronne. Que si votre tricolore est un symbole, et si vous y tenez comme à un symbole, ce n'est plus la réforme, c'est l'abjuration. Ce symbole est l'opposé du mien. Vous n'avez pas besoin que je le porte, j'ai besoin de ne pas le porter, et vous-mêmes avez besoin que je ne le porte pas.

« Je suis roi pour conduire la France, pour lui faire remonter un chemin de paix et de gloire où elle ne doit rien perdre de ce qu'elle a pu acquérir, et où elle retrouvera ce qu'elle a certainement perdu.
Je ne veux pas être roi pour la suivre aux abîmes où elle se laisse pousser. Si son goût la traîne irrésistiblement à M. Gambetta, je n'ai à faire qu'à n'être pas de ceux qui ne peuvent résister à M. Gambetta.

« L'honnête homme trompé s'éloigne et ne dit mot. Quant à moi j'apporte une dot, je fais un contrat, j'exige des garanties, et ensuite je me marie à l'église, cierges allumés, et non à la Closerie des lilas
entre deux petits verres.

«Mon goût me porte aux bonnes mœurs, c'est à prendre ou à laisser. J'admets considérablement de choses dont je crois pouvoir me tirer honorablement et avec avantage pour vous : le suffrage universel, les chambres, les orateurs et le reste, qui est beaucoup. Nous tâcherons avec cela de régler le passé, d'épurer le présent, de préparer l'avenir.

«Mais je serai roi, si non, non. Mes cousins qui demandent à me faire visite, viendront ici saluer le roi, ou courront l'autre chance. Moi, je ne la cours pas. Je suis et je veux être homme de mon temps, mais je reste homme de mon rang et de mon sang. Je suis l'or monarchique.
« Je veux bien être mis au creuset, mais que ce soit pour en sortir plus or! Point d'alliage, s'il vous plaît. Otez ce cuivre, ce plomb et ce zinc où l'or perdrait sa valeur et qui ne vous donneraient qu'un métal cassant et trop vite oxydé. Bonsoir Messieurs. »

Il fallait le dire en 1852, Mr Veuillot, quand le prince était dans la fleur de l'age, pas dans une oraison funèbre.
Source Gallica   DU DRAPEAU BLANC ET DE LA PROCLAMATION DU COMTE DE CHAMBORD

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Dernière édition par Henryk le Mar 27 Aoû - 15:28 (2013); édité 1 fois
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MessagePosté le: Mar 27 Aoû - 14:37 (2013)    Sujet du message: Louis Veuillot, le parti catholique du XIXème. Répondre en citant

Un éveque contre la légitimité,  au ralliement avec la république,



Extrait de la blanche hermine N 76
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MessagePosté le: Jeu 5 Fév - 22:50 (2015)    Sujet du message: Louis Veuillot, le parti catholique du XIXème. Répondre en citant

[Sujet déplacé]
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 10:39 (2016)    Sujet du message: Louis Veuillot, le parti catholique du XIXème.

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