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Ce qu'il faut savoir sur l'émigration...

 
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Henryk
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MessagePosté le: Sam 23 Mar - 16:42 (2013)    Sujet du message: Ce qu'il faut savoir sur l'émigration... Répondre en citant

de la noblesse et de l'Armée, qui manqua tant aux peuples de France.


« Le privilégié ou noble qui, par les nouveaux décrets, semble seulement ramené sous le droit commun, se trouve en fait relégué hors du droit commun. Le roi désarmé ne peut plus le protéger ; l'Assemblée partiale rebute ses plaintes ; le Comité des recherches voit en lui un coupable lorsqu'il n'est qu'un opprimé. Son revenu, ses biens, son repos, sa liberté, son toit domestique, sa vie, la vie de sa femme et de ses enfants, sont aux mains d'administrations élues par la foule, dirigées par les clubs, intimidées ou violentées par l'émeute. II est chassé des élections ; les journaux le dénoncent ; il subit des visites domiciliaires. En cent endroits, son château est sac- cagé ; les assassins et les incendiaires, qui en sortent, les bras sanglants ou les mains pleines, ne sont pas recherchés ou sont couverts par les amnisties ; des précédents multipliés établissent qu'on peut impunément lui courir sus. Pour l'empêcher de se défendre, la garde nationale en corps vient saisir ses armes : il faut qu'il soit une proie facile, et comme un gibier réservé dans son enclos pour le prochain jour de chasse.



En vain il s'abstient de toute provocation et se réduit au rôle de particulier paisible ; en vain il supporte avec patience nombre de provocations, et ne résiste qu'aux dernières violences. J'ai lu en original plusieurs centaines d'enquêtes manuscrites ; presque toujours j'y ai admiré l'hu- manité des nobles, leur longanimité, leur horreur du sang. Non-seulement beaucoup d'entre eux ont du coeur et tous ont de l'honneurv mais encore, élevés dans la philosophie du dix-huitième siècle, ils sont doux, sensibles ; ils répugnent aux voies de fait. Surtout les officiers sont exemplaires ; leur seul défaut est la faiblesse ; plutôt que de tirer sur l'émeute, ils rendent les forts qu'ils commandent, ils se laissent insulter, lapider par le peuple. Pendant deux ans, « en butte à mille outrages, à la diffamation, au danger de chaque jour, poursuivis par les clubs et par les soldats égarés, » désobéis, menacés, mis aux arrêts par leurs hommes, ils restent à leur poste pour empêcher la débandade ; « avec une stoîque persévérance, ils dévorent le mépris de leur autorité pour en préserver le simulacre et leur courage est de l'espèce la plus rare, puisqu'il consiste à rester en faction, impassible, sous les affronts et sous les coups. Par une injustice énorme, une classe entière qui n'avait point de part aux faveurs de la cour et qui subissait autant de passe-droits que les roturiers ordinaires, la noblesse provinciale, est confondue avec les parasites titrés qui assiégeaient les antichambres de Versailles. Vingt-cinq mille familles, la pépinière des armées et des flottes, l'élite des propriétaires-agriculteurs, tant de gentilshommes qui font valoir sous leurs yeux la petite terre où ils résident, et n'ont pas, un an en leur vie, abandonné leurs foyers domestiques, deviennent les parias de leur canton. Dès 1789, ils commencent à sentir que pour eux la place n'est plus tenable. Il est absolument contraire aux droits de l'homme, dit une lettre de Fran- che-Comté, de se voir perpétuellement dans le cas d'être égorgé par des scélérats qui confondent toute la journée la liberté avec la licence. Je
ne connais rien d'aussi fatigant, dit une lettre de Champagne, que l'inquiétude sur la propriété et la sûreté ; jamais elle ne fut mieux fondée  car il ne faut qu'un moment pour mettre en mouvement une populace indocile, qui se croit tout permis et qu'on entretient soigneusement dans cette erreur.


Après les sacrifices que nous avons faits, dit une lettre de Bourgogne, nous ne devions pas nous attendre à de pareils traitements ; je pensais au contraire que nos propriétés seraient les dernières violées, parce que le peuple nous saurait quelque gré de rester dans notre patrie pour y répandre le peu d'aisance qui nous reste... je supplie l'assemblée de lever le décret contre les émigrations autrement on dira que c'est retenir les gens pour les mettre sous le fer des assassins... Dans le cas où elle nous refuserait cette justice, j'aimerais autant qu'il lui plût de rendre un décret de proscription contre nous ; car alors nous ne dormirions pas sous la garde de lois très sages, sans doute, mais respectées nulle part. Ce ne sont point nos privilèges, disent plusieurs autres, ce n'est point notre noblesse que nous regrettons ; mais com- ment supporter l'oppression à laquelle nous sommes abandonnés? Plus de sûreté pour nous, pour nos biens, pour nos familles ; chaque jour, des scélérats, nos débiteurs, de petits fermiers qui volent nos revenus, nous menacent de la torche ou de la lanterne. Pas un jour de tranquillité, pas une nuit qui nous laisse la certitude de l'achever sans trouble.

Nos personnes sont livrées aux outrages les plus atroces, nos mai- sons à l'inquisition d'une foule de tyrans armés; impunément nos rentes foncières sont volées, nos propriétés attaquées ouvertement. Seuls à payer les impositions, on nous taxe avec iniquité ; en divers lieux, nos revenus entiers ne suffiraient pas à la cote qui nous écrase. Nous ne pouvons nous plaindre sans courir le risque d'être massacrés. Les administrations, les tribunaux, instruments de la multitude, nous sacrifient journellement à ses attentats. Le gouvernement lui-même semble craindre de se compromettre en réclamant pour nous la protection des lois. Il suffit d'être désigné comme aristocrate pour n'avoir plus de sûreté. Si nos paysans en général ont conservé plus de probité, d'égards et d'attachement pour nous, chaque bourgeois important, des clubistes effrénés, les plus vils des hommes qui souillent l'uniforme, s'arrogent le privilège de nous insulter ; ces misérables sont impunis, protégés. Notre religion même n'est pas libre, et l'un de nous a vu sa maison saccagée pour avoir donné l'hospitalité à un curé octogénaire de sa paroisse, qui a refusé de prêter serment. Voila notre destinée ; nous ne serons pas assez infâmes pour la supporter. C'est de la loi naturelle et non des décrets de l'Assem-
blée nationale que nous tenons le droit de résister à l'oppression. Nous partons, nous mourrons, s'il le faut. Mais vivre sous une anarchie aussi atroce ! Si elle n'est pas détruite, nous ne remettrons jamais les pieds en France.
L'opération a réussi. Par, ses décrets et par ses institutions, par les lois qu'elle édicté et par les violences qu'elle tolère, l'Assemblée déracine l'aristocratie et la jette hors du territoire. Privilégiés à rebours, les nobles ne peuvent rester dans un pays où, en respectant la loi, ils sont effectivement hors la loi. Les premiers qui ont émigré, le 1$ juillet 1789, avec le prince de Condé, avaient reçu la veille à domicile une liste de proscription où ils étaient inscrits, et où l'on promettait récompense à qui apporterait leurs têtes au caveau du Palais-Royal. D'autres, plus nombreux, sont partis après les atentats du 6 octobre. Dans les derniers mois de la Constituante, l'émigration se fait par troupes et se compose d'hommes de tout état... Douze cents gentilshommes sont sortis du Poitou seul ; l'Auvergne, le Limousin, dix autres provinces, viennent également d'être dépeuplées de leurs propriétaires. Il est des villes où il ne reste plus que des artisans de basse profession, un club, et cette nuée de fonctionnaires dévorants, créés par la Constitution. La noblesse de Bretagne est entièrement sortie! L’émigration commence en Normandie; elle s'achève dans les provinces frontières. — Plus de deux tiers de l'armée vont se trouver sans officiers. En présence du nouveau serment qui omet exprès le nom du roi, six mille ont donné leur démission. Peu à peu, l'exemple est devenu contagieux : ce sont des gens d'épée, et le point d'honneur les pousse ; beaucoup vont rejoindre les princes à Coblentz, et combattront contre la France, en croyant ne combattre que contre ses bourreaux.

Ni dans la vie publique, ni dans la vie privée, ni à la campagne, ni à la ville, ni réunis, ni séparés, les nobles ne sont à l'abri. Comme un nuage noir et menaçant, l'hostilité populaire pèse sur eux, et, d'un bout à l'autre du territoire, l'orage s'abat par une grêle continue de vexations, d'outrages, de diffamations, de spoliations et de violences ; çà et là, et presque journellement, des coups de tonnerre meurtriers tombent au hasard sur la tête la plus inoffensive, sur un vieux gentilhomme endormi, sur un chevalier de Saint-Louis qui se promène, sur une famille qui prie à l'église. Mais, dans cette noblesse, écrasée sur place et meurtrie partout, la foudre trouve un groupe prédestiné qui l'attire et sur lequel incessamment elle frappe : c'est le corps des officiers...


Avec l'autorisation du ministre, le soldat va au club, où on lui répète que ses officiers, étant des aristocrates, sont des traîtres; à Dunkerque, on lui enseigne, en plus, des moyens de se défaire d'eux. Clameurs, dénonciations, insultes, coups de fusil, ce sont là les procédés naturels, et on les pratique ; mais il en est un autre, récemment découvert, pour chasser un officier énergique et redouté. On se procure un bretteur patriote qui vient le provoquer. Si l'officier se bat et n'est pas tué, la municipalité le traduit en justice, et ses chefs le font partir avec ses seconds, pour ne pas troubler l'harmonie du militaire et du citoyen. S'il refuse le duel proposé, le mépris de ses soldats l'oblige u quitter le régiment. Ainsi, dans les deux cas, on est débarrassé de lui. Point de scrupule à son endroit ; présent ou absent, on est sûr qu'un officier noble conspire avec ses camarades émigrés ; là-dcssus une légende s'est bâtie. Jadis, pour prouver que l'on jetait les sacs de farine à la rivière, les soldats alléguaient que ces sacs étaient liés avec des cordons bleus. A présent, pour croire qu'un officier conspire avec Coblentz, il suffit de constater qu'il monte un cheval blanc.... Gare aux meuniers, s ‘il ne pleut !

II est manifeste que pour les officiers nobles, la place n'est plus tenable. Après vingt-trois   mois de patience, beaucoup sont partis par conscience, lorsque l'Assemblée nationale, leur imposant un troisième serment, a effacé de sa formule le nom du roi, leur général-né. D'autres s'en vont, à la fin de la Constituante, parce qu'ils sont en danger d'être pendus. Un grand nombre donnent leur démission à la fin de 1791 et dans les premiers mois de 1792, à mesure que le nouveau code et le nouveau recrutement de l'armée développent leurs conséquences. En eflet d'un côté, les soldats et les sous-ofliciers ayant une part dans l'élection de leurs chefs et un siège dans les tribunaux militaires, l'ombre de la discipline n'existe plus le pur caprice prononce dans les jugements; le soldat contracte l'habitude de dédaigner ses supérieurs dont il ne craint aucune peine et dont il l'attend aucune récompense ; les officiers sont tyrannisés au point d'être des personnages entièrement superflus. D'un autre côté, la majorité des volontaires nationaux se compose, d'hommes, achetés par les communes et parles corps administratifs, mauvais sujets du coin des rues, vagabonds des campagnes, qu'on fait marcher par le sort ou par argent, avec eux des exaltés, des fanatiques, tellement qu'à partir de mars 1792, depuis leur lieu d'engagement jusqu'à la frontière, leur trace est partout marquée par des pillages, des vols des dévastations et des assassinats. Naturellement, en route et à la frontière, ils dénoncent, chassent, emprisonnent ou massacrent leurs officiers, surtout les nobles. Et pourtant, en cette extrémité, nombre d'officiers nobles, surtout dans l'artillerie et le génie, s'obstinent à leur poste, les uns par principes libéraux, les autres par respect de la consigne, même après le 10 août, même après le 2 septembre, même après le 21 janvier, comme leurs généraux Biron, Custine, de Fiers, de Broglîe, de Montesquiou, avec la perspective incessante de la guillotine, qui viendra les prendre au sortir du champ de bataille et jusque dans les bureaux de Carnot.

Il faut donc que les officiers et les nobles s'en aillent à l'étranger, non seulement eux, mais leur famille. Des gentilshommes ayant à peine six cents livres de rente partent à pied, et, sur le motif de leur départ, on ne peut se méprendre. Quiconque considérera impartialement les seules et véritables causes de l'émigration, dit un honnête homme, les trouvera dans l'anarchie. Si la liberté individuelle n'était pas journellement menacée, si, dans l'ordre civil comme dans l'ordre militaire, l'on n'avait pas mis en pratique le dogme insensé, prêché par les factieux, que les crimes de la multitude sont les jugements du Ciel, la France eût conservé les trois quarts de ses fugitifs. Exposés depuis deux ans à des dangers ignominieux, à des outrages de tout genre, à des persécutions innombrables, au fer des assassins, au brandon des incendiaires, aux plus infâmes délations, aux dénonciations de leurs serviteurs corrompus, aux visites domiciliaires provoquées par le premier bruit de la rue, aux emprisonnements arbitraires du Comité des recherches, privés de leurs droits civiques, chassés des assemblées primaires, on leur demande compte de leurs murmures, et on les punit d'une sensibilité qui toucherait en des animaux souffrants.

Aucune résistance ne s'est présentée; depuis le trône du prince, jusqu'au presbytère du curé, l'ouragan a prosterné les mécontents dans la résignation. Abandonnés à la fureur inquiète des clubs, des délateurs, des administrateurs intimidés, ils trouvent des bourreaux partout où la prudence et le salut de l'Etat leur ont prescrit de ne pas même voir des ennemis... quiconque a détesté les énormités du fanatisme et de la férocité publique, quiconque a accordé sa pitié aux victimes entassées sous les débris de tant de droits légitimes et d'abus odieux, quiconque enfin a osé élever un doute ou une plainte, a été affiché ennemi de h nation. Après avoir présenté ainsi les mécontents comme autant de conspirateurs, on a légitimé dans l'opinion tous les crimes dirigés contre eux. La conscience publique, formée par les factieux et par cette bande d'écumeurs politiques qui seraient l'opprobre d'une nation barbare, n'a plus considéré les attentats contre les propriétés et les villes que comme une justice nationale, et, plus d'une fois, l'on a entendu la nouvelle d'un meurtre ou la sentence qui menaçait de mort un innocent, faire éclater des hurlements d'allégresse. Il fut donc établi deux droits naturels, deux justices, deux moralités ; par l'une, il est permis de faire contre son semblable, réputé aristocrate, tout ce qui serait criminel s'il était patriote....

Avait-on prévu qu'au bout de deux ans la France, peuplée de lois, de magistrats, de tribunaux, dé gardes citoyennes liées par des serments solennels à la défense de l'ordre et de la sûreté publique, serait encore et toujours une arène où des bêtes féroces dévoreraient des hommes désarmés? A tous, même aux vieillards, aux veuves, aux enfants, on fait un crime de se dérober à leurs griffes. Sans distinguer entre ceux qui se sauvent pour jne pas devenir une proie et ceux qui s'arment pour attaquer la frontière, la Constituante et la Législative condamnent tous les absents. La Constituante a triplé leurs impositions foncières et mobilières, et prescrit une retenue triple sur leurs rentes et redevances.

La Législative séquestre, confisque, met en vente leurs biens, meubles et immeubles, près de quinze millions de valeurs liquides. Qu'ils reviennent se mettre sous les couteaux de la populace ; sinon, ils seront des mendiants, eux et toute leur postérité. A ce coup, l'indignation déborde, et un bourgeois, un libéral, 5 un étranger, Mallet-Dupan s'écrie : « Quoi ! Vingt mille familles absolument étrangères aux projets de Coblentz et, à ses rassemblements, vingt mille familles dispersées sur toute la face de l'Europe, par les fureurs des clubs, par les crimes des brigands, par le défaut constant de sûreté, par la stupide et lâche inertie des autorités pétrifiées, par le pillage des propriétés, par l'insolence d'une cohorte de tyrans sans pain et sans habits, par les assassinats et les incendies, par la basse servilité des ministres silencieux, par tout le cortège des fléaux de la Révolution, quoi, ces vingt mille familles désolées, des femmes, des vieillards, verront leurs héritages devenir la proie des gaspillages nationaux."        


         Source        Histoire de la révolution en Auvergne T5                                                                   
_________________


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MessagePosté le: Sam 23 Mar - 16:42 (2013)    Sujet du message: Publicité

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