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Charles Palissot de Montenoy

 
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Mavendorf
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MessagePosté le: Sam 6 Juil - 18:12 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy Répondre en citant

Dans notre société déconnectée du réel, proie de toutes les tentations, des vices, victime des mensonges des idéologues, de la jouissance sans entraves et de la liberté d'expression « certifiée » par ses auteurs comme étant sans limites. Il est de bon ton de rappeler à ceux qui éprouvent de la difficulté à comprendre le monde dans lequel ils vivent que rien n'est indifférent dans l'histoire des hommes, que c'est à la lumière du passé que l'on trouve les réponses aux conflits qui alimentent notre présent. Dans la même forme notre intellect et nos agissements actuels pèseront à leur tour sur le cours des choses et influenceront les générations appelées par Dieu à nous succéder. Cela vaut pour l'histoire littéraire, tout autant que pour l'histoire politique ; il y a bien souvent d'ailleurs entre l'une et l'autre plus d'un point de contact qui les font se confondre. C'est ce que nous allons nous efforcer de mettre en évidence à travers l'itinéraire de ce jeune homme contemporain du dix-huitième siècle propulsé un peu malgré lui dans le camp des adversaires des « lumières », en montrant qu'elle fut la puissance de la secte des philosophes qui déjà pesait tellement sur l'opinion que le souverain du duché de Lorraine s'inclinait devant elle, et que Choiseul ministre du roi de France en subissait lui même l'influence...

Nous sommes à Nancy, duché de Lorraine en 1750. Charles Palissot de Montenoy tout juste âgé de vingt ans et natif de cette ville, cherchait la voie de la célébrité et de la renommée littéraire. Fougueux, ambitieux et incontestablement doté de talent, sa précocité exceptionnelle avait attiré sur lui l'attention de Stanislas le roi déchu de Pologne, à tel point que ce dernier l'avait pris sous son aile au sein de sa propre académie la Société Royale des sciences et belles lettres de Nancy.

Cinq ans plus tard dans le cadre des manoeuvres diplomatiques visant à préparer le rattachement de la Lorraine au Royaume de France, il avait été commandé à Palissot de Montenoy une petite pièce de théâtre qui devait servir de prélude pour l'inauguration de la statue de Louis XV, au centre de la place royale (de nos jours place stanislas) dont nous avons conté l'histoire détaillée sur notre site. Cette comédie avait pour titre « Le Cercle »« Les originaux ». Jouée devant le Roi de Pologne le 26 novembre 1755, Palissot y mettait en scène des « originaux » à la manière des fâcheux de Molière, on y voyait figurer des financiers, un poète, des beaux esprits, des excentriques et pour finir un philosophe dans lequel on pouvait aisément reconnaître Jean Jacques Rousseau mangeant de la salade et marchant à quatre pattes, la huitième scène le désigne de manière que l'on ne puisse s'y méprendre... Palissot pensait ainsi plaire à Stanislas, dont on se souvient que le monarque avait réfuté avec politesse et estime le « discours sur l'inégalité des conditions » de J.J Rousseau. Le comte de Tressan vice président de la Société Royale des sciences et belles lettres de Nancy, présent à cette représentation et donc par conséquent lui aussi spectateur du divertissement, ne s'émut en cet instant nullement de l'affront occasionné par la pièce.

Tressan, favori de la Reine Marie Leszczynka et de son père Stanislas, était également le confrère de Dalembert à l'Académie des Sciences de Paris. L'influence de Dalembert grandissait chaque jour, à cette époque déjà, nombreux étaient ceux qui briguaient une place au sein du cénacle littéraire bien plus qu'ils ne convoitaient un titre de « duc et pair »... Tressan était du nombre, aussi s'empressa-t-il pour servir ses propres intérêts de répondre à la demande de Dalembert qui ayant eu vent du contenu de la pièce jouée à Nancy, donna une virulente impulsion pour faire châtier avec sévérité l'auteur de l'outrage fait à Rousseau et donc au parti philosophique tout entier. En position de force, Tressan manoeuvra avec beaucoup de perspicacité et n'éprouva guère de difficulté pour persuader ses confrères de la Société Royale de Nancy, que l'honneur du corps était compromis par l'indignité de Palissot l'un de ses membres, ce jeune impétueux ayant eût l'audace de placer sur la scène un philosophe renommé et de l'exposer à la risée publique. Il parvint même à faire partager cette opinion à Stanislas qui n'hésita pas à prononcer l'exclusion de Palissot, procédure tout aussi sommaire qu'elle fut expéditive. En tout ceci, on ne sait de quoi l'on doit le plus s'étonner : où de la facilité avec laquelle la plainte fut portée, où de la docilité avec laquelle Stanislas prononça la sentence dictée par la secte philosophique dont visiblement il redoutait la vengeance...

La réaction de Palissot de Montenoy, ne se fit point attendre, pour sa défense il affirma avec raison que l'on ne peut le condamner pour une pièce représentée devant le Roi de Pologne lui-même et que le monarque n'avait désapprouvé ni à l'audition, ni à la lecture... En outre, il se prévalait enfin du droit du théâtre, en invoquant l'exemple d'Aristophane et de Molière. Ligne de défense fort embarrassante pour Stanislas comme nous pouvons l'imaginer.

Contre toute attente c'est Rousseau en personne, resté jusqu'à présent muet sur le dossier dans lequel il était pourtant directement concerné, obéissant probablement à la vanité et à son orgueil démesuré, flatté d'un outrage qui faisait de lui un Socrate moderne poursuivi par un nouvel Aristophane, qui vint au secours du monarque Polonais et le tira de ce pas difficile. Il adressa une lettre à Dalembert, et trois au comte de Tressan, pour demander à la manière d'un souverain tout puissant à ce que le dit condamné soit gracié, c'est dire l'influence exercée par le parti des philosophes au coeur de cette société alors en pleine mutation.

Tout cela bien évidemment ne faisait pas les affaires de Dalembert, bien plus susceptible que Rousseau vis à vis du point d'honneur philosophique, sans parler qu'il comptait bien se servir de la gêne occasionnée pour nuire à Fréron ennemi juré de Voltaire, que Dalembert décrivait dans ses missives comme le protecteur et protégé de Palissot.

Bien décidé à se venger des encyclopédistes, il s'en suivit une guerre de plume à outrance qui opposa sa vie durant, Palissot (certainement un brin opportuniste) à la secte maçonnique des philosophes. Dès 1756, il publia les « Petites lettres sur le grands philosophes », lettres adressées à Madame de la Marck sa protectrice, dans lesquelles il attaquait violemment les encyclopédistes et plus particulièrement Dalembert qu'il voulait atteindre. Ces publications eurent un succès très limité, elles ne firent vraisemblablement qu'irriter les ennemis du nancéien plus que de les blesser avec efficacité. Il trouva par la suite dans la satire théâtrale un moyen beaucoup mieux adapté pour satisfaire sa fureur et sa soif intarissable de vengeance. Il lança sa comédie « des Philosophes », jouée en plein Paris après d'âpres négociations tant il faut se souvenir que les comédiens du Roi de France par crainte de représailles, refusèrent tout d'abord de se prêter aux différents rôles mis en scène par Palissot, et que c'est Mesdames de Robecq et de la Marck qui obtinrent pour l'auteur de cette comédie l'assurance de la protection du Dauphin, père de Louis XVI.

Le 2 mai 1760 Choiseul (compatriote Lorrain de Palissot) devenu ministre du Roi donna l'ordre de jouer la comédie qui fut représentée au théâtre français. Cette pièce eût tout de même pour effet d'occuper toutes les conversations vers le milieu de l'année 1760, jamais les chefs du parti encyclopédique qui prétendaient diriger l'opinion, se virent exposés aussi violemment au fouet de la satire théâtrale et à la fougue de ce jeune opposant des lumières, qui on l'imagine, devait jubiler devant le succès prodigieux de sa mise en scène.

Palissot avait envoyé sa pièce à Voltaire, auquel il vouait une véritable admiration ce qui est un paradoxe alors que l'on sait la place de chef de file occupée par celui que l'on nomme le « Patriarche » au sein du parti philosophique. Ce qui ne rend pas facile de saisir toute la complexité du personnage Palissot de Montenoy, il faut se souvenir néanmoins que c'est d'avantage par un concours de circonstance que ce nancéien se retrouve propulsé dans le camp des opposants aux philosophes plus que par conviction personnelle, et qu'il est avant tout un jeune homme ambitieux qui rêve de succès, de gloire et de célébrité, ce qui tend en ce sens tout naturellement à le rapprocher peut être de l'attitude d'un personnage comme le comte de Tressan en quête d'une place à l'académie des Lettres ? Voltaire d'ailleurs se serait bien passé lui même de cette intention (l'envoi de la pièce), ainsi que l'atteste cette lettre adressée à Helvetius :

"M. Palissot m'a envoyé sa pièce, reliée en maroquin, et m'a comblé d'éloges injustes qui ne sont bons qu'à semer la zizanie entre les frères..." (16 juillet 1760)

Il va s'ensuivre une longue correspondance entre les deux hommes , dans laquelle Voltaire conscient des talents du jeune homme, va jouer de sa finesse et du double rôle qui lui est familier, pour tenter de rallier Palissot au camp des philosophes, tantôt en le félicitant hautement d'avoir représenté Rousseau (avec lequel il était déjà fâché) marchant à quatre pattes pour mettre en pratique ses doctrines sur la vie sauvage, tantôt en le blâmant de s'être attaqué à Dalembert et à Diderot (alias Doritus dans sa comédie, qui fait pompeusement l'éloge de ses propres ouvrages). Il reste que Palissot n'y consentit jamais, il était trop avancé, et la lutte était envenimée à un tel point qu'il ne pouvait plus reculer. Par ailleurs pour saisir les véritables considérations de Voltaire sur la pièce de théâtre de Palissot, il faut les chercher n'ont pas dans la correspondance échangée avec celui-ci, mais dans ses missives écrites à ses « frères» trois points :

Lettre à Thiériot du 26 mai 1760 :

"La comédie des philosophes est, la bêtise qu'on a jouée à Paris ; j'en lis deux pages, et je m'ennuie"

Lettre à Argental du 11 mai 1760 :

"Je suis mortifié, en qualité de Français, d'homme, d'être pensant, de l'affront public qu'on vient de faire aux moeurs en permettant qu'on dise sur le théâtre des injures atroces à des gens de bien persécutés."

Dans ses correspondances, il accole presque toujours les noms de Palissot et de Fréron. Il écrit à Thiériot :

"La cour ne se soucie pas plus de Fréron et de Palissot que des chiens qui aboient dans la rue."

Et enfin à Damilaville le 3 mars 1761 :

"La comédie des Philosophes est une infâme satire."

Ce fut bien plus tard, lors de la publication de la correspondance de Voltaire dans l'édition du Kehl en 1785, que Palissot connut toutes les lettres confidentielles du Patriarche, si injurieuses pour lui...

Dans la foule des pamphlets qui suivirent la publication des « Philosophes » en 1760, Palissot était représenté comme un homme très méchant. Il eut alors l'idée de composer une comédie intitulée « L'homme dangereux » et de répandre le faux bruit qu'il était vivement affecté de la prochaine représentation de cette pièce où il disait être violemment attaqué. Ecoutons-le :

"A cette nouvelle, la joie des philosophes fut inexprimable. Tous portaient d'avance l'ouvrage aux nues et se félicitaient de sa représentation prochaine. On imagine aisément quelle eût été leur confusion, lorsque l'auteur se serait fait connaître : ce moment allait devenir, pour le public, une comédie plus piquante que la pièce même."

Mais aux répétitions, on reconnut la manière de l'auteur aux vers. L'auteur anonyme s'était dévoilé lui-même, en exprimant trop bien ses propres sentiments et sa situation personnelle à l'égard de ses ennemis. Un comédien divulgua ses soupçons :

" Le secret, jusqu'alors si bien gardé, se trouva compromis. Effrayés à la fois du danger qu'ils avaient couru, et du ridicule qui les menaçait, les ennemis se réunirent tous, et la pièce fut défendue le jour même où elle devait être représentée."

Palissot dans ses mémoires (Oeuvres de Palissot, édit. de 1809) attribue avec raison, cette défense aux manoeuvres de ses adversaires qui obtinrent de Choiseul un ordre à Sartines d'empêcher la représentation. C'est ainsi qu'il ajoute :

"La secte représentée par Voltaire, qui n'aurait pas dû se confondre avec sa livrée, comme je lui ai dit à lui même, et par Brienne, archevêque de Toulouse, qui était aux ordres de Dalembert, traita avec le duc de Choiseul de puissance à puissance; et le principal article du traité fut que la comédie des Philosophes, malgré son brillant succès, et toute la faveur du dauphin, fils de Louis XV, qui aimait l'ouvrage et l'auteur, ne serait pas représentée à la Cour; qu'elle cesserait même de l'être à Paris et qu'à l'avenir, enfin, le théâtre me serait fermé. En conséquence, la comédie de "l'Homme dangereux", qui avait pensé être jouée en fraude du traité, parce qu'on la croyait faite contre moi, mais dont je finis par être soupçonné, fut défendue, et l'argent des loges, qui toutes avaient été retenues trois semaines d'avance, fut restitué au public. Ces anecdotes peignent l'esprit du temps et appartiennent à l'histoire. Elles prouvent la prodigieuse influence que s'était acquise, par la faiblesse du gouvernement, une secte audacieuse qu'il eût été facile de contenir par la seule crainte du ridicule, et qui n'a que trop contribué, soit par la licence de ses opinions, soit par le crédit qu'elle avait eu la faiblesse d'usurper, à la chute de ce même Gouvernement."


Source :


http://beaudricourt.hautetfort.com/archive/2013/07/05/charles-palissot-de-m…
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MessagePosté le: Sam 6 Juil - 18:12 (2013)    Sujet du message: Publicité

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Baudrier
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MessagePosté le: Sam 6 Juil - 18:56 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy ... Répondre en citant

Dans l’IDZ18 on trouve :
 
Aufsatz:  ohne Titel
In:  Bibliothek der schönen Wissenschaften und der freyen Künste, Bd. 7 (1761), 1, S. 191-194
Schlagwörter:  *Paris / Theater
*Palissot de Montenoy, C. / Philosophes
*Voltaire / Caffé ou l'Ecossoise
*Favart, C.S. / Soliman second
*Lemierre, A.M. / Térée
 
Est-ce de Palissot-là ?
 
Franklin (Alfred).- Histoire de la Bibliothèque Mazarine et du Palais de l’Institut … ; 2e éd. ent. ref.- Paris : H. Wellis, 1901.- 401 p.
P. 283 Palissot est mort le 15 juin 1814 et M. Petit-Radel lui avait succédé
P. 284 De Trédern, économe, sous-bibliothécaire
P. 295 à la date du 13 mars 1816 de Trédern, sous-bibliothécaire, économie, 2400 fr.
P. 297 « En ce qui concerne le sous-bibliothécaire de Tredern, nous savons seulement qu’en 1817 il obtint un congé d’un an pour aller régler des affaires de famille à la Guadeloupe. Il fut remplacé, en 1820, par le sieur Goujon, qui eut le titre de sous-bibliothécaire économe… » Goujon était le neveu de Petit-Radel
 
Je connais bien de Trédern pour avoir corédigé un article sur lui
 
Pierre  Baudrier
 


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Minervalis
Baron

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MessagePosté le: Sam 6 Juil - 19:52 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy Répondre en citant

Très intéressant, merci beaucoup !

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Nunc & Semper
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MessagePosté le: Sam 6 Juil - 21:55 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy Répondre en citant

Merci pour cet excellent récit, très révélateur de l'influence dés ses débuts,  de la franc-maçonnerie. Ce récit démontre que dés le départ philosophie et franc-maçonnerie était peu ou prou synonyme. Le terme de secte pour la désigner ne date donc pas d'aujourd'hui. Quelle faute et quelle manque de clairvoyance de la part des rois d'avoir négligé de la combattre, cela aurait évité à l'humanité bien des tourments.
La faiblesse est souvent plus néfaste encore que la tyrannie.


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propatria
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MessagePosté le: Sam 6 Juil - 22:10 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy Répondre en citant

                         Des passages de notre histoire que nous connaissons mal ,mais qui nous aident à mieux  comprendre

                         le travail de sape des philosophes .
_________________
« La Contre-révolution ne doit pas être une révolution contraire, mais le contraire de la Révolution. »


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Geneviève Lemmer
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MessagePosté le: Dim 7 Juil - 06:02 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy Répondre en citant

Notre Histoire s'est construite sur de nombreux passages que nous ne connaissons pas bien, ou que nous ne connaissons pas du tout.
L'emploi du mot "secte" me semble adapté.


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Minervalis
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MessagePosté le: Dim 7 Juil - 08:13 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy Répondre en citant

Je me souviens du mot de mon professeur d'Histoire des Idées à Lyon III au début des années 80: "0 la fin du XVIIIème, tout ce qui pense est contre la monarchie". Je me demande si ce phénomène a été sérieusement étudié: on trouve en 1689 des traces des revendications et des mesures de 1789, mais comment ont fait les riches bourgeois au cours du siècle suivant pour polluer à ce point la vie morale intellectuelle et politique avec leurs intérêts propres et les faire théoriser par des "intellectuels" (dirait-on de nos jours) à leur solde ?

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Nunc & Semper
Chevalier

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MessagePosté le: Dim 7 Juil - 12:35 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy Répondre en citant

Minervalis a écrit:
 mais comment ont fait les riches bourgeois au cours du siècle suivant pour polluer à ce point la vie morale intellectuelle et politique avec leurs intérêts propres et les faire théoriser par des "intellectuels" (dirait-on de nos jours) à leur solde ?
Il faut se garder, me semble-t-il, de juger par critère de classe ou d'ordres. Beaucoup de nobles ont agi en riches bourgeois au XVIIIème siècle, et beaucoup d'entre eux ont été franc-maçons. A la cours de Versailles la FM avait libre cours, c'était dans le vent. Ainsi la noblesse qui au XVIIème siècle, tenait les pieuses compagnies de pénitents, les a quitté au XVIIIème siècle, peu à peu, pour préférer la fréquentation des loges, laissant au peuple les pieuses compagnies de pénitents. La noblesse avant d'être victime de la Révolution en a été un acteur important.

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Minervalis
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MessagePosté le: Dim 7 Juil - 12:58 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy Répondre en citant

Vous avez tout à fait raison, c'est une vérité historique établie; mais comment cette influence des loges a t'elle pris naissance dans un tel milieu et comment s'y est elle étendue ? Voilà ce qu'il serait bon de savoir.

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Nunc & Semper
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MessagePosté le: Dim 7 Juil - 14:06 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy Répondre en citant

Tout est question d'argent.
Les uns était à la cours proches du pouvoir, les nobles! Ceux-ci étaient aux premières places pour partager le pouvoir comme ministres, généraux dans l'armée, membres éminents du clergé aussi etc.
D'autre part les bourgeois n'avaient jamais été aussi riches parce que si l'Etat était très endetté à la veille de la Révolution, en revanche la France était très prospère. Les bourgeois détenaient donc le pouvoir économique. Necker, ce banquier franc-maçon et protestant suisse prêtait de l'argent au Roi qui a été contraint d'en faire son grand argentier.

Le pouvoir a attiré le pouvoir de l'argent et vice versa. Les mariages mixtes se sont multipliés. Les uns apportaient le nom et les autres l'argent. Les uns la place à la Cour, les autres les carrosses dorés.

Les riches bourgeois qui détenaient le pouvoir financier dans le royaume et qui frayaient avec les affairistes protestants, ont propagé la mode de la franc-maçonnerie et de la "philosophie", le tout largement béni et encouragé par la cour d'Angleterre qui avait à venger la guerre d'indépendance d'Amérique. Tout ce qui venait d'Angleterre avait la côte, le shake-hands vient de là, c'est une coutume maçonnico-révolutionnaire de se serrer la main.

La philosophie a fait le reste. L'athéisme a envahi les esprits, ou bien le déisme, bref le libre-examen propre aux protestants etc. Etc. Être catholique devenait synonyme de bigot, arriéré ou pour reprendre une expression de l'époque, obscurantiste.... Nous en sommes là encore aujourd'hui. Les mêmes causes produisant les mêmes effets.


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Mavendorf
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MessagePosté le: Lun 8 Juil - 10:10 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy Répondre en citant

Baudrier a écrit:
Est-ce de Palissot-là ? 


Oui c'est bien celui-ci, Wink sur Gallica vous pouvez trouver d'ailleurs quantité d'ouvrages sur le personnage, pour ceux qui seraient tentés d'approfondir quelque peu le sujet... Sur le site de notre cercle, nous nous sommes contentés de faire ressortir à travers cette histoire, la partie la plus importante, et notamment la puissante influence des loges déjà à cette époque, ainsi que la difficulté des opposants à contester ces fausses doctrines.

Minervalis a écrit:

Très intéressant, merci beaucoup !


Mais de rien, c'est pour nous un plaisir que de découvrir toute cette partie cachée, obscurcie de notre histoire, et de partager avec ceux qui s'y intéressent le résultat de nos recherches.

Nunc & Semper a écrit:

Quelle faute et quelle manque de clairvoyance de la part des rois d'avoir négligé de la combattre, cela aurait évité à l'humanité bien des tourments.


Louis XV avait sauvé le monarchie pour un temps seulement, en brisant l'oligarchie parlementaire qui menaçait le Royaume. Malheureusement, comme chacun le sait, l'effet de cette victoire ne fut que de courte durée. S'il a bien vu le danger politique que représentait les prétentions parlementaires, il n'a pas discerné le danger que représentait la mouvance philosophique avec Voltaire, Rousseau, Diderot, Dalembert et tant d'autres...

Geneviève Lemmer a écrit:

L'emploi du mot "secte" me semble adapté.


Et c'est toujours elle qui nous gouverne...

Nunc & Semper a écrit:

La philosophie a fait le reste. L'athéisme a envahi les esprits, ou bien le déisme, bref le libre-examen propre aux protestants etc. Etc. Être catholique devenait synonyme de bigot, arriéré ou pour reprendre une expression de l'époque, obscurantiste.... Nous en sommes là encore aujourd'hui. Les mêmes causes produisant les mêmes effets.


On retrouve en effet cet hédonisme partout, prôné par les "lumières", c'est l'explosion du matérialisme doublé de cynisme envers le peuple. De la manipulation par les sens, les sentiments, les sensations en vue de réaliser une société nouvelle par la destruction des institutions anciennes et la mise en place d'un système politique destiné à "éduquer" le peuple à toutes ces fausses philosophies. L'esprit révolutionnaire se révèle aussi bien dans le domaine philosophique que politique et économique, comme l'antithèse du catholicisme.
L'Eglise a toujours enseigné l'inverse, avec pour fin ultime de mener les hommes à Dieu, en apprenant à dominer les passions, les sens, à mettre les sentiments au service de la raison dans la recherche de la Vérité, à soumettre le corps à l'âme... Il n'y a pas d'accommodement possible entre les deux modèles, tant ils sont radicalement opposés. 
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Minervalis
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MessagePosté le: Lun 8 Juil - 22:29 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy Répondre en citant

Quelle leçon ce devrait être pour les philosophes, que de constater que l'inhumain provient de la prééminence de l'humain...

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Noblesse de coeur
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MessagePosté le: Mar 9 Juil - 22:44 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy Répondre en citant

Merci c'est très instructif. Je me méfie de ces philosophes déconnectés du réel, qui pensent le monde au travers de leur petite bulle sociale libertaire. Les Lumières à travers la Révolution ont pu laisser s'exprimer toute la psychopathie de la nature humaine. Le libéralisme mondialisé et financier c'est l'asservissement des peuples au profit d'un oligarchie apatride. Le libéralisme c'est Voltaire. A savoir la glorification d'une élite, le plus souvent décadente et cupide, et le mépris du peuple.

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Mavendorf
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MessagePosté le: Jeu 11 Juil - 21:57 (2013)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy Répondre en citant

Minervalis a écrit:
Quelle leçon ce devrait être pour les philosophes, que de constater que l'inhumain provient de la prééminence de l'humain...


Le comte de mirabeau franc-maçon de premier choix selon lequel il fallait "démonarchiser la France pour la décatholiciser", le disait déjà en son âme et conscience :

"L'homme en sa qualité d'être sensitif est mené par ses sensations... Par ce moyen, il est tellement manipulable que l'on pourrait lui rendre attractive une organisation sociale totalement absurde, injuste et même cruelle et faire en sorte qu'il y trouve du bonheur..."
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 08:43 (2016)    Sujet du message: Charles Palissot de Montenoy

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