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« Mon principe est tout, ma personne n'est rien » Henri V, Comte de Chambord

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Marie Caroline, duchesse du Berry. 1798-1870

 
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Henryk
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MessagePosté le: Dim 22 Sep - 12:24 (2013)    Sujet du message: Marie Caroline, duchesse du Berry. 1798-1870 Répondre en citant

Née au Palais royal de Caserte dans le royaume de Naples, le 5 novembre 1798.
Fille aînée de François Ier, roi des Deux-Siciles (1777-1830), et de Marie-Clémentine d'Autriche (1777-1801), fille de l'empereur Léopold II. À son baptême, elle reçoit les prénoms de ses grands-parents paternels, Marie-Caroline d'Autriche et Ferdinand Ier des Deux-Siciles. En 1799, la famille royale embarque dans un navire anglais et se réfugie à Palerme sous protection britannique après l’invasion de ses États par l'armée française, les troupes du général Championnet instaurant dans le royaume napolitain la République parthénopéenne le 21 janvier.

Elle passe ainsi son enfance à Palerme, à Naples que la famille royale retrouve le 31 janvier 1801, puis à nouveau en Sicile en 1806 lorsque le royaume de Naples est conquis par les troupes d'André Masséna. Elle reçoit une éducation assez libre, bercée par les chansons populaires en patois italien et se révèle une artiste dans l'âme, pratiquant notamment la peinture.

Elle vient en France en 1816 pour épouser Charles Ferdinand d'Artois, duc de Berry, second fils du comte d'Artois, futur Charles X et frère du roi Louis XVIII. Elle débarque à Marseille le 30 mai 1816, y est mise en quarantaine au lazaret d'Arenc en prévention de la peste, puis traverse la France dans une liesse populaire. Leur première rencontre se réalise au château de Fontainebleau le 15 juin 1816 et leur mariage a lieu deux jours plus tard dans la cathédrale Notre-Dame de Paris.


Le duc et la duchesse de Berry ont eu quatre enfants, dont deux survécurent:

    Louise Marie Thérèse d'Artois, leur 3e enfant, née à Paris le 21 septembre 1819, fut appelée Mademoiselle et titrée comtesse de Rosny en 1830 ; le 10 novembre 1845 elle épousa à Frohsdorf (Autriche) celui qui devint duc de Parme le 4 mars 1849 sous le nom de Charles III et prince de Lucques, dont elle eut quatre enfants ; après l'assassinat de son époux le 26 mars 1854 et une période de régence elle fut chassée du duché en 1859 par une insurrection et mourut à Venise le 1er février 1864.

    Henri d'Artois (1820-1883), duc de Bordeaux,  comte de Chambord », né en septembre 1820 au palais des Tuileries Paris, mort à Frohsdorf en 1883.


Après l'assassinat de son mari, la duchesse de Berry s'est installée aux Tuileries. Elle avait un tempérament assez opposé à celui de sa belle-sœur l'austère duchesse d'Angoulême, sa belle-sœur et cousine de vingt ans son aînée et qui avait supporté des souffrances que la jeune Marie-Caroline n'avait pas connues étant née après la Terreur : elle était peu attachée à l'étiquette, aimait recevoir.

Du 14 au 18 juillet 1828, elle séjourna à Bordeaux, qui la reçut, afin de « ranimer les fidélités à la Couronne » des habitants de la première ville à s'être ralliée à Louis XVIII en 1814.

Son passage au château d'Effiat (Puy-de-Dôme) fut marqué par une pierre qui se voit encore sur la grande place de ce bourg auvergnat situé non loin du domaine de Randan, propriété de la princesse Adélaïde d'Orléans.


À la suite des Trois Glorieuses, elle suivit Charles X et la cour en exil en Angleterre, vécut à Bath en Angleterre et au palais de Holyrood en Écosse, mais elle cherchait à se faire proclamer régente pour son fils, sous le nom d'« Henri V ».

À l'été 1831, la duchesse se rendit en Italie ; en correspondance permanente avec les légitimistes, elle retourna clandestinement en France, où elle débarqua à Marseille dans la nuit du 28 au 29 avril mais au lieu du soulèvement de deux mille fidèles annoncé, elle ne trouve que soixante hommes. Elle tenta de relancer les guerres de Vendée et de rallier la population à sa cause. La mobilisation locale fut forte, et l'opération échoua par les billevisées parlementaires.

Après une cavale de six mois, la duchesse chercha refuge dans la maison de Mlles Duguigny à Nantes, sise au no 3 de la « rue Haute-du-Château » (actuelle rue Mathelin-Rodier) située face au château des ducs de Bretagne, mais elle fut trahie par Simon Deutz. Elle fut ainsi arrêtée le 8 novembre 1832 par la gendarmerie, dirigée par Adolphe Thiers qui, depuis le 11 octobre, venait de remplacer Montalivet au ministère de l'Intérieur.

Détenue dans la citadelle de Blaye et soumise à la surveillance la plus rigoureuse, elle y accoucha d'une fille prénommée Rosalie, devant des témoins désignés par le maréchal Bugeaud à la demande de Louis-Philippe.

La petite Rosalie mourut au bout de six mois.

Après quelques mois en prison, la duchesse fut libérée et expulsée vers Palerme ; elle se vit tenue à l'écart de la famille royale, qui lui refusa la direction de l'éducation de son fils.

Ayant perdu à deux mois d'intervalle, début 1864, sa fille, duchesse de Parme, et son second époux, qui l'avait ruinée, elle s'installa en Autriche où elle vécut les dernières années de sa vie, entre le château de Brunnsee et Venise, où elle avait acheté le palais Vendramin, que son fils Henri d'Artois lui fit vendre en échange de son aide financière ; elle finit aveugle et mourut à Brunnsee le 16 avril 1870.


*************************************************************************



La cause de madame la duchesse de Berry est la cause de la nature : Elle doit avoir la protection de ce qu'il y a de meilleur et dé plus aimable dans l'ouvrage de Dieu.

Le pouvoir des femmes est grand en France. Le pays leur doit la civilisation et la gloire. Si la loi salique les a privées du trône, nos mœurs, notre reconnaissance les ont placées sur le tribunal de l'honneur.

De là, elles gouvernent impérieusement nos idées; et tout ce qui appartient aux sentiments généreux, est soumis à leur barre. Elles ont déjà jugé la loi Briqueville, ou loi de bannissement.

Dans toute la population, il n'est pas une mère qui n'admire les vertus de madame la duchesse de Berry; et qui ne comprenne bien, dans le fond de son âme, tout ce que peut inspirer un fils.

Près du trône, le cœur de cette illustre princesse fut la consolation de l'infortune; ses conseils soutinrent l'intérêt du peuple.

Si l'honneur national doit tout son lustre à l'influence des Françaises, sur nos mœurs et nos préjugés, qu'elles emploient cette même puissance, pour le dégager du poids dont il est accablé par la captivité de madame la duchesse de Berry.

Puisse-t-elle être mise en liberté, pour rendre au pays cet honneur qui la suit par tout, et qui se centralise maintenant au Château de Blaye, comme le pouvoir à Paris.

J'ose mettre cette pâle princesse sous la protection des femmes de mon pays.

_________________


Dernière édition par Henryk le Mar 21 Fév - 18:29 (2017); édité 4 fois
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MessagePosté le: Dim 22 Sep - 12:24 (2013)    Sujet du message: Publicité

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Henryk
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MessagePosté le: Mar 4 Fév - 11:19 (2014)    Sujet du message: Marie Caroline, duchesse du Berry. 1798-1870 Répondre en citant

Voici la copie d'une lettre écrite par la prisonnière de Blaye à son illustre soeur et à ses enfants.




« Le bruit de mes malheurs aura probablement devancé cette lettre, ma bonne et aimée sœur, et Vous qui avez déjà tant souffert, vous aurez vu qu'il vous restait encore quelque chose à apprendre en fait de douleur et de chagrin. Pour diminuer ce chagrin, je m'empresse de vous dire que s'il n'y avait eu dans le pays où j'ai été arrêtée que des Bretons et des Vendéens, que s'il n'y avait eu en France que des Français, je serais encore libre. Vous savez comment un homme qui me devait plus que la vie a trafiqué de ma liberté. Ah! sans doute, celui qui vend son souverain est infâme; mais que penser de celui qui l'achète? Je dois éloigner ces pensées de rancune, et me souvenir que Ferdinand, à son lit de mort, demandait grâce pour l'homme. Une conscience sans reproche, une soumission aux décrets de la Providence, une espérance vive, et qui vit dans mon coeur comme un feu qu'on ne peut éteindre, un souvenir du courage que vous, ma sœur , avez montré dans la tour du Temple , le sang de Marie-Thérèse qui coule dans mes veines comme dans les vôtres, tout cela fait que je ne suis point abattue, et que je dors sur mon lit de prison aussi bien que nos parents peuvent dormir aux Tuileries.

Quant à toi, mon fils, j'ai toujours désiré que ceux qui se sont chargés de ton éducation te donnassent une bonne et solide instruction; mais, avant tout, je leur ai recommandé deux choses, te faire homme fort et bon français. Homme fort, sache porter noblement ton malheur. Vrai français, n'en veux pas à la France de ma captivité; j'ai la conviction que si elle était consultée nous nous embrasserions bientôt. Mon enfant, puisque nous n'avons pas ce bonheur, tâche de diminuer le chagrin de ton grand-père.

Toi aussi, Louise, redouble de soins auprès de sa vieillesse. Je sais bien qu'il trouve dans sa piété des consolations à sa grande infortune; mais Dieu vous a mis auprès de lui pour aider à ces consolations-là. Soyez aussi bons et tendres pour votre oncle et votre tante; car, ce qui allège le plus mon chagrin d'être si loin de vous, c'est la pensée que ma soeur vous tient lieu de mère. Oh ! aimez-la, aimez-la ! Aimez aussi, et avant tout, cette chère France, où j'aime mieux souffrir que d'être heureuse ailleurs. Soyez assurés que notre nom n'y est pas maudit par tout ce qui aime l'honneur et la gloire du pays. Soyez donc forts contre l'adversité et croyez que, Dieu aidant, je vous donnerai toujours l'exemple de la résignation, de la force et de l'espérance. »



Marie Caroline


En prison dans la citadelle de Blaye.


Extrait de: Madame, duchesse de Berry / par L.-G. Magnant
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Henryk
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MessagePosté le: Mer 5 Fév - 12:20 (2014)    Sujet du message: Marie Caroline, duchesse du Berry. 1798-1870 Répondre en citant

La conversion du juif Simon Deutz est elle valide? Pourquoi dénoncer la mère du Comte de Chambord en échange de quelques pièces?
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Dernière édition par Henryk le Mar 21 Fév - 18:31 (2017); édité 1 fois
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Henryk
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MessagePosté le: Mar 21 Fév - 18:09 (2017)    Sujet du message: Marie Caroline, duchesse du Berry. 1798-1870 Répondre en citant

Quelques points importants, sur l'épopée de la princesse Marie-Caroline, et sa relation avec Charles X et Henri V.

1)Marie Caroline est sous le Code Napoléon, considérée comme mineur, depuis la Révolution (loi reprise en 1830 par Louis Philippe).

2) Charles X a donné son accord pour la volonté de mettre en place des réseaux souterrains royalistes.

3)Les républicains de l'époque ont déplacé les descendants des chouans dans les contrées les plus lointaines en France (Auvergne, Midi, Corse..)

4) L'agence légitimiste de Paris, parlementaire,  s'est opposé à la venue de la duchesse de Berry dans l'Ouest.
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Henryk
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MessagePosté le: Mar 21 Fév - 20:32 (2017)    Sujet du message: Marie Caroline, duchesse du Berry. 1798-1870 Répondre en citant



Arrestation de la Duchesse de Berry sous L.P. en 1832  source (Mme en Vendée) Gallica

Dans sa dernière entrevue avec la duchesse, Simon Deutz (qui vendit la princesse pour 300 000 francs) avait entendu parler du dîner; en sortant, il avait jeté un coup d'œil dans la salle à manger et avait compté sept couverts. Mlles Duguigny habitant seules la maison, il ne douta plus que Madame n'y logeât, ou ne dût au moins y dîner. Il courut d'un trait chez le préfet; M. Maurice Duval l'attendait. Les dispositions étaient prises depuis le matin. Douze mille hommes attendaient prêts à marcher. Ce nombre avait été jugé nécessaire parce que, outre qu'il y avait un large pâté de maisons à cerner, on pouvait craindre une émeute.
Deux bataillons se divisèrent en trois colonnes, dont le général Dermoncourt prit le commandement; il était accompagné du général comte d'Erlon et du préfet qui dirigeait l'opération.
L'investissement fut bientôt complet; il était environ six heures, le ciel calme, la soirée belle. La princesse n'avait aucun soupçon, quand tout à coup M. Guibourg, placé près d'une fenêtre, vit briller les baïonnettes de la colonne conduite par le colonel Simon Lorière :
« Sauvez-vous, Madame, sauvez-vous, » s'écria-t-il! La duchesse se précipita sur l'escalier, suivie de ceux de ses amis qu'il importait de cacher. Mmes Duguigny, de Charette et Céleste de Kersabiec restèrent à table, s'efforçant de maîtriser leur émotion. La cachette était, nous l'avons dit, dans la chambre de la duchesse; il importe d'en donner la description.
La cheminée placée au fond de la chambre, au lieu détenir au mur nn de la maison, était appuyée contre un mur de refend pp élevé à quatorze pouces — environ quarante centimètres — du gros mur nn. L'espace vide présentait, en largeur pp, un peu plus de quatre pieds (un mètre quarante centimètres environ) et, en hauteur, cinq pieds et trois pouces un mètre soixante-quinze. Telle était la cachette, qu'on pourrait appeler une cheminée à double fond.

Une plaque de cheminée mm mobile et de quarante centimètres sur trente, et montée sur des gonds, en fermait l'entrée. On n'arrivait à y pénétrer qu'en se traînant. Elle avait été plu- sieurs fois essayée, et l'on ne pouvait s'y placer que par rang de taille. Elle était ouverte quand la duchesse entra dans la chambre. «Allons, dit-elle, comme à la répétition.... »

M. de Mesnard entra le premier, et ensuite M. Guibourg, puis Mlle de Kersabiec, et enfin Madame; la légende du plan donne leurs places respectives.

La maison des dames Duguigny avait été cernée par les agents au moment où Deutz y était entré. En sortant, il avait dit à l'un d'eux que Madame y était, et que la porte ne devait pas cesser d'être l'objet de leur surveillance. Personne n'était sorti depuis le départ de Deutz; on avait donc la certitude d'y trouver la Duchesse.

Les portes de la maison s'ouvrirent au moment où la cachette se refermait; les commissaires de police venus de Paris, réunis à ceux de Nantes, entrèrent les premiers le pistolet au poing. C'étaient MM. Lenormand et Prévost, commissaires de police de Nantes, et Dubois et Joly, commissaires de police de Paris.

Ils ne trouvèrent que des femmes effrayées, ce qui n'empêcha pas M. Prévost de faire partir son pistolet qui le blessa à la main. Les autres gagnèrent les étages et la troupe se répandit dans la maison que cernait le général Dermoncourt, laissant aux policiers le soin de la fouiller.

Deutz avait donné des lieux une description si exacte que M. Joly parcourut toutes les pièces comme s'il avait été un habitué de la maison; il remarqua la salle à manger et les sept couverts, bien qu'il ne se trouvât que quatre convives : les deux demoiselles Duguigny, Mme de Charette et Mlle Céleste de Kersabiec. Il commença par s'assurer de ces quatre dames; puis, montant l'escalier, il alla droit vis-à-vis de la chambre mansardée où la duchesse avait reçu Deutz; il dit en y entrant : « Voilà la salle d'audience. »
Ces mots retentirent jusque dans la cachette. Madame ne douta plus que la trahison ne vînt de Deutz; elle murmura avec un mouvement de satisfaction : « Du moins ce malheureux n'est pas Français. »




Le préfet, M. Maurice Duval, après avoir pris la précaution d'enfermer Deutz dans un cabinet, à la préfecture, arriva pour donner plus d'autorité aux recherches. Des sentinelles avaient été placées dans tous les appartements, tandis que la force armée fermait toutes les issues.
Le peuple s'amassait et formait une seconde enceinte autour des soldats; la ville tout entière était descendue dans ses places et dans ses rues. Les perquisitions étaient commencées à l'intérieur; les meubles étaient ouverts lorsque les clefs s'y trouvaient, défoncées lorsqu'elles manquaient; les sapeurs et les maçons sondaient les planchers et les murs à grands coups de hache et de marteau; des architectes, amenés dans chaque chambre, déclaraient qu'il était impossible, d'après leur conformation intérieure, comparée aux dimensions extérieures, qu'elles renfermassent une cachette ou bien trouvaient des cachettes sans importance qui recelaient des bijoux, de l'argenterie, des vêtements de femme appartenant aux demoiselles Duguigny, mais qui, dans les circonstances, ajoutèrent à la certitude du séjour de la princesse dans la maison. Arrivés à la mansarde où se trouvait la duchesse, les architectes déclarèrent que, moins que toute autre, cette-chambre leur paraissait pouvoir contenir une cachette.
Alors les recherches s'étendirent aux maisons environnantes; on fit venir des ouvriers qui se mirent à sonder, à attaquer les murs, les planchers, les cheminées à coups de hache et de mandrin avec une telle violence qu'on put croire un instant à la démolition de l'hôtel des demoiselles Duguigny et de deux maisons environnantes. Les maçons qui sondaient la maison voisine arrivèrent tout près de la cachette dans le mur contre lequel M. de Mesnard était debout; il dit à la duchesse : « S'ils arrivent jusqu'à nous, il faudra ouvrir la plaque et se rendre; autrement, voyant du monde dans ce trou, il est à craindre qu'on ne tire des coups de fusil sur Madame.
Les travailleurs s'arrêtèrent à quelques pouces de la cachette. Un seul coup de marteau de plus, peut-être, y eût pénétré.
Le préfet Duval, dans un nuage de poussière, se faisait remarquer, au milieu des travailleurs, des plâtres et des débris, donnant des ordres, animant les démolisseurs du geste et de la voix; et, répondant aux observations des demoiselles Duguigny :

« Les ouvriers qui démoliront la maison seront chargés de la reconstruire. J'ai des ordres. »
Ces ordres venaient de M. Thiers qui avait dit de s'emparer de la duchesse coûte que coûte, quand bien même il aurait fallu détruire toute la ville. Du fond de la cachette, on entendait tout ce bruit, ainsi que les injures et les imprécations des soldats, fatigués et furieux de l'inutilité de leurs recherches.
« Nous allons être mis en pièces, c'est fini, mes pauvres enfants, dit alors Madame, qui ajouta: C'est cependant pour moi que vous vous trouvez dans cette affreuse position!... »
Pendant que ces choses se passaient en haut, les demoiselles Duguigny avaient montré un
grand sang-froid, et, quoique gardées à vue par les soldats, elles s'étaient mises à table, invitant Mme de Charette et Mlle de Kersabiec à faire comme elles.
Deux autres femmes étaient l'objet d'une surveillance toute particulière de la police.



C'étaient la femme de chambre Charlotte Moreau, signalée par Deutz — il n'avait oublié personne comme très-dévouée à la duchesse, et la cuisinière, Marie Boissy. Cette dernière avait été conduite au château, puis à la gendarmerie, où, voyant qu'elle résistait à toutes les menaces, on tenta de la corrompre. Des sommes de plus en plus fortes lui furent offertes et étalées devant ses yeux; mais elle répondit constamment qu'elle ignorait où se trouvait la duchesse de Berri.
Les recherches se prolongèrent sans résultat pendant une partie de la nuit. Les démo- lisseurs, rendus de fatigue, demandèrent un instant de repos que le préfet leur accorda en disant :
« Les travaux ont cessé pour ce soir; je reviendrai demain de bonne heure. »
Un nombre d'hommes suffisant pour garder toutes les pièces et occuper les issues, fut laissé dans la maison; les commissaires de police s'établirent au rez-de-chaussée, et une partie de la troupe fut remplacée par la garde nationale, qui continua l'investissement de la maison et des quartiers environnants.
C'est maintenant dans la cachette que nous conduirons le lecteur.




LA CACHETTE
Les seize heures qui s'écoulèrent depuis l'entrée dans la cachette jusqu'à l'arrestation se passèrent au milieu d'une vraie agonie et dans des tortures que l'on pouvait à peine adoucir en s'ingéniant de mille façons.
Les ouvriers n'avaient pas attendu le retour de la lumière pour recommencer leurs travaux. Il semblait qu'on voulût abattre l'hôtel Duguigny et les maisons voisines. Les madriers et les barres de fer frappaient à coups redoublés et l'on ne savait si, après avoir résisté aux flammes, comme on va le voir, Madame ne serait pas accablée sous les décombres.
On fit presque continuellement du feu dans la cheminée, tant pour se chauffer que pour s'assurer qu'il n'y avait personne dans le tuyau. Deux fois les habitants de la cachette en avaient été fort incommodés. On ne voyait absolument rien, tant était petit le trou ménagé pour appeler l'air; et, cette ouverture ne suffisant pas lorsque la plaque était chaude par le feu brûlant de l'autre côté, on en pratiqua une autre en dérangeant des ardoises, quitte à en faire tomber quelques-unes dans la cour, ce qui aurait certainement dénoncé la retraite — mais il fallait vivre

Il y eut des moments où chacun, à son tour, approchait sa bouche de ce point pour y aspirer la vie de quelques minutes.

Il était très-difficile de se mouvoir dans un si petit espace ; cependant, M. de Mesnard, après avoir été treize heures immobile dans le seul endroit où il pût se tenir debout, dit à ses compagnons :

« Je n'en puis plus. Les jambes me manquent, je me sens défaillir. Si je me trouvais mal je ferais du bruit. Tâchez de vous arranger pour me laisser asseoir; alors on se mettra sur moi comme on pourra. » Ce qui fut fait.

Entrés dans la cachette au moment du dîner, et n'ayant rien pris depuis le déjeuner, les reclus commençaient à endurer la faim. M. de Mesnard découvrit auprès de lui un sac dans lequel on trouva quelques morceaux de sucre. Il les offrit à la duchesse qui les partagea entre tous.

Malgré les angoisses d'une situation terrible, Madame dormit assez longtemps pour donner des inquiétudes ; son sommeil- était, si tranquille que, comme on ne l'entendait pas respirer, on la crut évanouie et on eut, bien innocemment il est vrai, la cruauté de la réveiller.

Les officiers avaient, une fois encore, abandonné la maison, ainsi que les autorités. Les gardes s'étaient repliés au rez-de-chaussée ; le troisième étage n'était plus gardé que par
deux gendarmes qui se tenaient dans la chambre de la cachette. Le bruit des travaux diminuant progressivement, on espérait d'être sauvé, mais cet espoir ne fut pas de longue durée. Les gendarmes avaient rallumé le feu, la plaque, qui n'avait pas eu le temps de se refroidir, était devenue brûlante une seconde fois, et le mur ébranlé laissait pénétrer la fumée.

La duchesse était celle qui souffrait le plus, car, entrée la dernière, elle se trouvait appuyée contre la plaque. Déjà deux fois le feu avait pris à sa robe, et elle l'avait étouffé à pleines mains, au prix de deux brûlures dont elle eut longtemps les marques. Chaque minute raréfiait l'air intérieur. La poitrine des prisonniers devenait de plus en plus haletante. Rester dix minutes encore dans cette cachette,
c'était compromettre la vie de la duchesse !

Madame le sentait comme les autres, mais ne pouvait se résoudre à se livrer elle-même; pourtant son coeur fut obligé bientôt de se rendre à la nécessité, car les deux gendarmes ayant allumé des tourbes et des journaux, la fumée devint d'une insoutenable intensité. La duchesse ordonna d'ouvrir la porte de la plaque.
M. Guibourg, qui était à côté d'elle, appuya sur le ressort, mais la plaque, qui s'ouvrait toujours très-facilement, était dilatée par la chaleur ; elle résista au point qu'il fallut la frapper du pied.

Elle ne céda pas davantage ; mais un gendarme avait entendu le bruit des coups. « Qui est là? » fit-il. Ce fut Mlle de Kersabiec qui,répondit :
« Nous nous rendons, nous allons ouvrir, ôtez le feu. »
Un nouvel effort fit tomber la plaque, et les gendarmes, plus empressés de secourir les prisonniers que de crier victoire, s'élancèrent aussitôt sur le feu qu'ils dispersèrent à coups de pied.

La première personne qui s'offrit à leurs regards fut une femme faible et presque défaillante, se traînant péniblement sur un foyer mal éteint. L'un des gendarmes la reconnut; il l'avait vue jadis, à Dieppe, affable pour chacun, chérie de tous et entourée de voeux et d'honneurs. En la voyant dans ce misérable état, il s'écria avec émotion :
« Quoi, c'est vous, Madame la duchesse ! »

Madame, vivement touchée du ton de cette voix amie, lui répondit en se relevant :
« Vous êtes Français et militaire, je me fie à votre honneur. Allez prévenir le général Dermoncourt. »
Il était neuf heures du matin; les tortures de la cachette avaient duré seize heures !... D'autres allaient commencer.







L'ARRESTATION
Le général Dermoncourt se trouvait dans la maison. Il accourut aussitôt à l'appel de la duchesse; le substitut du procureur du roi, Baudot, et quelques officiers, le suivirent. La duchesse s'avança alors en disant :
« Général, je me rends à vous et me remets à votre loyauté.
— Madame, répondit-il, votre Altesse Royale est sous la sauvegarde de l'honneur français. »

Il lui apporta une chaise. Elle avait le visage animé quoique pâle, la tête nue et les cheveux en désordre; sa robe de napolitaine brune, simple et montant jusqu'au cou, était sillonnée par le bas de plusieurs brûlures; elle était chaussée de petites pantoufles en lisière. En s'asseyant elle dit d'un ton bref et en serrant fortement le bras de l'officier :

« Général, je n'ai rien à me reprocher, j'ai rempli les devoirs d'une mère pour reconquérir l'héritage d'un fils-. »

Dans cet instant arriva le préfet Maurice Duval; et, comme en toutes circonstances, dans celles surtout où chacun cherche à faire face aux situations exceptionnelles par un redoublement de tact, il faut qu'il y ait un maladroit pour montrer que sur terre la race des goujats sera éternelle : l'homme de M. Thiers entra le chapeau sur la tête. Il s'approcha de la duchesse, la regarda en se découvrant à
peine et dit :

« Ah oui, c'est bien elle. » Puis il sortit pour donner ses ordres.
« Quel est ce monsieur, fit Madame?
— Le nouveau préfet, répondit le général, qui ajouta : c'est un homme nouveau. » Madame comprit que M. Maurice Duval n'avait pas servi sous la Restauration; elle le montra en disant : « J'en suis bien aise pour la Restauration. »

On procéda à la saisie des effets, de la correspondance et de l'argent se montant à trente six mille francs, dont douze appartenant à la suite de la princesse.

Le comte d'Erlon se présenta alors, et se conduisit envers la prisonnière avec tous les égards dus au courage et au malheur. Le château de Nantes avait- été disposé pour recevoir madame la duchesse de Berri; le général Dermoncourt l'en informa et lui dit que, si elle se trouvait mieux, il serait à propos de quitter la maison à moitié démolie des demoiselles Duguigny.

La princesse demanda un chapeau, se jeta un manteau sur les épaules, prit le bras du général et donna elle-même le signal du départ en disant à ses fidèles : « Mes amis, partons. » En passant devant la mansarde, Madame jeta un dernier regard sur la plaque restée ouverte.





" Ah ! général, dit-elle, si vous ne m'aviez pas fait une guerre à la Saint-Laurent — ce qui, par parenthèse, ajouta-t-elle en riant, est au-dessous de la générosité militaire — vous ne me tiendriez pas sous votre bras à cette heure. »
Il n'y avait qu'un pas de l'hôtel Duguigny au château de Nantes, dont les portes se fermaient, quelques minutes plus tard, sur les quatre prisonniers. Il était alors midi.


L'OPINION PUBLIQUE
Le soir même, par le télégraphe, l'arrestation de Madame était connue de tout Paris, où elle produisit une impression des plus vives.
La presse légitimiste signalait, avec une grande véhémence d'expressions, l'impassibilité extraordinaire de, la famille d'Orléans, qui, le jour même où elle apprenait l'arrestation d'une si proche parente dépossédée par eux, avait assisté à la première représentation de la Laitière Suisse, à l'opéra.
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