Forum du Royaume de France Index du Forum

Forum du Royaume de France
« Mon principe est tout, ma personne n'est rien » Henri V, Comte de Chambord

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

La condamnation de la Gazette d'Auvergne en 1832

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Forum du Royaume de France Index du Forum -> Patrimoine -> Littérature
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Henryk
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 12 Juil 2011
Messages: 3 611

MessagePosté le: Mer 12 Fév - 15:42 (2014)    Sujet du message: La condamnation de la Gazette d'Auvergne en 1832 Répondre en citant

Extrait:

Le premier de ces articles incriminés est relatif à l'anniversaire de la mort du duc de Berry. L'auteur attribue cette mort à ce qu'il appelle la révolution. Pour justifier sa pensée, il nous suffira de raconter les faits.



Tout le monde sait que le 13 février 1820, le duc de Berry fut lâchement assassiné. Ses vertus comme ses défauts participaient du caractère national. Les sentimens admirables qui honorèrent les derniers momens de sa vie lui concilièrent tous les suffrages comme tous les regrets. Le crime de sa mort, ne trouva d'apologiste nulle part; car, l'esprit de parti, quelqu'acharné qu'on le suppose, ne va jamais,dans les coeurs honnêtes, jusqu'à légitimer le poignard et consacrer le meurtre. Mais l'assassin en se choisissant sa victime parmi les membres d'une race royale, avait été dirigé par une pensée aussi profondément politique que profondément scélérate.



Il ne s'était pas proposé de détruire un simple individu ; il avait porté ses vues plus loin , et son intention avouée, consistait à détruire , dans la personne de sa victime , l'espoir et l'avenir entier d'une famille de rois. Sous ce rapport, le crime de Louvel flattait la haine d'un grand nombre, il encourageait leurs vœux ; et tout en flétrissant une action atroce en elle-même, beaucoup en acceptaient, volontiers les conséquences, favorables à leur plan de destruction. 


Il existait en effet , à cette époque, des sociétés parfaitement organisées, ardentes à concevoir des projets , hardies dans leurs moyens d'exécution, et dont le but déterminé était le renversement des rois ; c'était l'action républicaine , luttant alors comme aujourd'hui contre le principe monarchique; son influence se manifestait partout.



Ainsi, l'opposition parlementaire était empreinte de cet esprit, la presse périodique y puisait toutes ses inspirations ; elle travaillait, dans son langage constamment passionné, à rendre, comme on l'a dit, le règne des Bourbons impossible. En un mot, on amoncelait, de toute part, avec un succès prodigieux , les difficultés immenses qui ont occasionné la chute de l'ancienne dynastie; tellement, que l'homme supérieur qui a le mieux démontré la véritable cause de l'événement de juillet, Me Sauzet, plaidant pour M. de Chantelauze , n'a pas hésité de dire : que la Couronne fut excusable de recourir aux nécessités de sa conservation.



Eh bien! cette haine des rois, cette pensée républicaine, qui a renversé l'ancienne dynastie, le part légitimiste l'a personnifiée en un seul mot : il l'appelle révolution; et, dans ce sens , l'auteur du passage incriminé a eu raison de dire que cette révolution , en 1830, avait jeté dans l'exil le fils de celui qu'elle assassina en 1820 ; ou, en d'autres, termes : cet instinct d'hostilité contre la personne des rois, qui dirigea, en 1820, le fer d'un assassin , a déterminé , en 1800, un bouleversement politique, Il n'y a là autre chose que là manifestation d'une vérité historique, vérité à l'évidence de laquelle personne, aujourd'hui , n'oserait plus se refuser ; et pourtant, cette manifestation d'une vérité aussi simple , aussi incontestable, vous est dénoncée comme une excitation à la haine et au mépris du gouvernement du Roi.
_________________


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Mer 12 Fév - 15:42 (2014)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Henryk
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 12 Juil 2011
Messages: 3 611

MessagePosté le: Mer 12 Fév - 16:00 (2014)    Sujet du message: La condamnation de la Gazette d'Auvergne en 1832 Répondre en citant

Le second article incriminé,

est relatif à la mort de Charles de Bonnechose, tué dans la Vendée.



Quelques départements de cette province, comme vous le savez, sont encore le théâtre de quelques scènes plus pu moins affligeantes. On n'a pas toujours bien compris, à l'égard de ces départements, qu'un des principaux caractères de la vraie liberté consistait à ménager dans les autres, les opinions qu'on ne partage pas ; et, sans aucun motif plausible, le peuple Vendéen s'est vu souvent blessé au vif dans ce qu'il a de plus cher. Aussi, ce peuple s'est soumis à contrecœur : En certaines localités , il a opposé de la résistance. Cette résistance , qui coûte du sang français, et qu'on ne saurait trop déplorer, a été représentée sous de fausses couleurs. L'esprit de parti s'en est emparé et l'a envenimée, peut-être, par des discours imprudents , et quelquefois calomnieux. Les mots d'assassins et de brigands ont été prodigués, sans mesure, aux habitants dé la Vendée.


Déjà le général Lamarque, qui a eu un instant le commandement supérieur des provinces de l'Ouest, s'était expliqué lui-même sur ce qu'il pensait des Vendéens. Sa haute intelligence lui avait révélé, dans ces hommes exaltes par un sentiment profond, autre chose que des assassins et des brigands. Depuis que l'honorable général a été contraint de quitter le commandement de la Vendée, les habitants de ce malheureux pays ont été soumis aux plus dures épreuves. Des instructions sévères ont été données aux troupes qui occupent militairement la contrée.



Le général Dumoustier, inspectant les cantonnemens du 4 1e régiment de ligne, a recommandé aux chefs : « Dans le cas où les colonnes mobiles rencontreraient les réfractaires, de ne pas s'amuser à Ies sommer de mettre bas les armes , mais de faire feu sur eux , et de ne pas faire de quartier. Ces expressions sont copiées textuellement d'une lettré du général Dumoustier lui-même.
Chez les peuples sauvages, l'ennemi vaincu met bas les armes en présence du vainqueur. Il perd sa liberté, mais il sauve sa vie : c'est le droit de la guerre. Ce droit, le plus sacré de tous, a été méconnu envers les Vendéens. Français, ils périront de la main des Français; pas de quartier pour: eux, tels sont les ordres donnés par le général Dumoustier.



Ces ordres n'ont été que trop, fidèlement suivis: et sans parler ici de tous les accidens isolés qui en ont été le funeste résultat, Contentons-nous de fixer votre attention sur le triste événement auquel se rapporte l'article incriminé, c'est-à-dire, l'assassinat de Charles de Bonnechose.




L'infortuné avait à peine dix-neuf ans : il portait un nom cher au barreau de cette ville ; et la Cour royale de Riom conservera long-temps le souvenir de celui des Bonnechose, dont la vertu et le talent ont jeté tant d'éclat parmi nous sur les nobles fonctions du ministère public. Charles de Bonnechose, dont il s'agit dans l'article incriminé, avait été page de Charles X, qui l'avait distingué parmi ses autres pages, et lui accordait une bienveillance toute paternelle. Le jeune homme avait suivi son roi jusqu'à Cherbourg : Il voulait l'accompagner jusque sur la terre étrangère ; mais le vieillard détrôné lui ordonna de rester sur la terre de France, de retourner à Versailles auprès de sa pieuse mère ; et de lui rendre, à force de soin et de tendresse , l'existence plus douce et plus légère. Le page, obéissant, se sépara de son souverain , et reprit tristement la route de Versailles.



Il existe entre les familles de Bonnechose et de Larochejaquelin, des relations de l'amitié la plus intime. Madame de Larochejaquelin, retirée dans une de ses propriétés, invita le jeune de Bonnechose à venir passer quelque temps à sa campagne, où elle avait réuni une société d'amis, composée , en grande partie, de jeunes dames qui se livraient paisiblement à l'étude des arts. Bientôt Mme de Larochejaquelin fut soupçonnée de provoquer la guerre civile , et de conspirer lé renversement de l'Etat. Son château fut assiégé par la force publique ; elle fut arrêtée avec plusieurs dames de sa société, entre autres, avec Mademoiselle de Fauveau, toute jeune personne, que les grâces de son esprit et ses succès dans la peinture ont déjà rendue célèbre. Madame de Larochejaquelin parvint à s'évader: sa jeune compagne fut traduite aux Assises, et immédiatement acquittée.
Charles de Bonnechose, poursuivi, prit la fuite. Etranger au pays, qu'il habitait depuis deux mois seulement , inconnu, égaré, sans guide dans les dunes de la Bretagne, il alla demander un asile dans une ferme appelée la Goyère, à quelque distance de Montaigu. Le nommé Correau, fermier de la Goyère, ému de l'extrême jeunesse et de la triste situation dé M. de Bonnechose, l'accueillit dans sa demeure, sans le connaître, et lui donna l'hospitalité. Vers les trois heures du matin, le fermier se lève, suivant la coutume des habitants de la campagne, et se dirige vers l'écurie de la ferme, pour porter la pâture à ses bestiaux. La maison était déjà cernée par la troupe.



Une sentinelle crie : Qui vive! Le fermier qui, depuis plusieurs années, était atteint d'une surdité complète, ne répond rien. La sentinelle fait feu , et le malheureux tombe mort du coup. Au bruit de la détonation, M. de Bonnechose, étranger, saisit ses armes. Il voit des soldats, au milieu, de la nuit, pénétrer dans la maison ; il croit sa vie en danger ; il se met aussitôt sur la défensive et tire sur les assaillants. Effrayé de leur nombre, il s'échappe. Une balle l'atteint, mais ne l'arrête pas. Il continuait sa fuite, lorsqu'il reçoit une nouvelle blessure, qui le livre, presque sans connaissance, aux mains du soldat. Il resta exposé pendant trois heures au milieu d'un champ, la nuit, dans le mois de janvier, au plus fort de l'hiver. La fermière, dont le mari venait d'être tué, donnait ses soins à M. de Bonnechose, et s'occupait d'étancher le sang qui coulait de sa blessure. Un soldat lui dit qu'elle ferait bien d'aller voir son mari. La malheureuse l'avait déjà vu, et elle répondit : « J'aime encore mieux soulager un blessé , que d'aller voir un mort. »



Cependant M. de Bonnechose fut emporté mourant de la ferme de la Goyère à Montaigu , où M.Trastour , maire de l'endroit , lui prodigua toute sorte de secours. Mais , dans le trajet, les soldats ne payaient pas traité avec les mêmes égards. Ils ne trouvèrent pour cet infortuné, couvert de son propre sang, que des paroles menaçantes. Ils se seraient même livrés, dit-on, à des actes de brutalité, que je ne rapporterai pas , parce qu'ils me paraissent incroyables, de la part des soldats français. M. de Bonnechose, arrivé à Montaigu, fut soumis à toutes les angoisses d'un interrogatoire accablant. Epuisé enfin de fatigue et de douleur, il expira ; et après sa mort, l'autorité fit ouvrir le cadavre, pour y trouver des plans de conspiration, qu'on croyait qu'il avait avalés(1).
Telles sont les douloureuses circonstances de la mort de M. de Bonnechose.


Tous les journaux, du reste, ont annoncé l'assassinat du jeune de Bonnechose. Ils en ont raconté les moindres détails , avec l'indignation qu'ils inspirent. Tous ont voulu jeter quelques fleurs sur la tombe de la victime. Des habitants du Midi ont publiquement ouvert une souscription pour lui élever un monument. Un seul journal, l'Ami de la Charte de Nantes, a eu le triste courage d'insulter à un cadavre ; mais l'Opinion, journal patriote, qui certes, n'est pas suspect de partager les sentiments légitimistes , releva vivement, dans l'Ami de la Charte de Nantes, des expressions d'une joie barbare. « Qu'importaient, disaient » noblement les rédacteurs de l'Opinion (2), qu'importaient dans cette affaire les doctrines personnelles de la jeune victime? L'Ami de la Charte ne devait voir dans ce malheureux jeune homme, que la qualité de citoyen, qui n'a pu le mettre à l'abri des fureurs de la police. »
(1) La plupart de ces détails nous ont été fournis par un de nos confrères de Nantes.
(2) Numéro du 3 février 1832.


C'est ainsi, grâce au ciel, que toutes les opinions consciencieuses se rapprochent et s'entendent, quand il s'agit de flétrir un meurtre et ses apologistes.
Maintenant, qu'a fait l'auteur de l'article incriminé ? Il connaissait M. de Bonnechose et sa famille. N'était-il pas naturel qu'il témoigna sa douleur d'une fin aussi tragique, aussi prématurée. On est libre sans doute de donner quelques larmes au, souvenir de ses amis ; et il nous semble que l'auteur de l'article incriminé a usé de ce droit avec une convenance parfaite. Il, n'a rien dit qu'il ne pût répéter, ou qui n'eût déjà été dit par tous les journaux de toutes les couleurs.


Et cependant l'accusation signale dans cet article plusieurs délits à la fois.



Vous avez d'abord, dit-elle, provoqué au crime et à la désobéissance aux lois. Loin de là, nous avons au contraire dénoncé les auteurs d'un crime. Nous avons protesté en faveur de l'exécution des lois indignement violées. Nous nous sommes récriés contre l'envahissement d'une troupe de soldats qui pénètre la nuit dans le domicile d'un citoyen , sans être assistée du magistrat civil. Nous avons rappelé les prescriptions pénales. Nous nous sommes plaint de l'oubli qu'on en a fait, et nous avons encore mis nos plaintes sous l'invocation de la loi. Au nom de la loi , nous avons demandé vengeance d'un horrible assassinat.
L'accusation ajoute : Vous avez excité au mépris et à la haine du gouvernement. Nous répondons : Non , nous n'avons pas voulu exciter à la haine et au mépris du gouvernement. Nous nous, sommes bornés à raconter un fait dont nous pourrions vous offrir la preuve ; et si, comme vous l'affirmez, le récit de ce fait peut rendre le gouvernement odieux ou méprisable, la responsabilité n'en pèse pas sur nous.





Malheur au gouvernement contre lequel la vérité peut devenir un titre à la haine et au mépris public.
Source Galllica
_________________


Revenir en haut
Jan Van de Beukelaer
écuyer

Hors ligne

Inscrit le: 14 Avr 2015
Messages: 8
Localisation: Antwerpen
Religion: Katholiek
Masculin

MessagePosté le: Mer 15 Avr - 01:07 (2015)    Sujet du message: La condamnation de la Gazette d'Auvergne en 1832 Répondre en citant

Merci monsieur 

Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:31 (2016)    Sujet du message: La condamnation de la Gazette d'Auvergne en 1832

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Forum du Royaume de France Index du Forum -> Patrimoine -> Littérature Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com