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A la mémoire des bienheureux Martyrs des Pontons de Rochefort

 
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Henryk
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MessagePosté le: Jeu 3 Juil - 18:20 (2014)    Sujet du message: A la mémoire des bienheureux Martyrs des Pontons de Rochefort Répondre en citant

Ville de Rochefort:


1) Si le corps de ville eut assez de force pour empêcher le trouble, il ne put s'opposer à l'exécution des actes de vandalisme que le peuple exerça aussitôt qu'il eut connaissance de la décision prise le 31 par le club. Celui-ci avait dit :

« Tous les emblèmes, les armoiries qui rappellent l'idée du despotisme sur les établissements publics seront détruits», et en quelques heures les monuments sont mutilés.
Il avait dit qu'il était étrange que l'image de Saint Louis , dont le maître-autel de la paroisse était orné, fût affublé d'habits royaux, et peu de temps après des vêtements grotesquement peints couvrirent le corps du saint patron de l'église. Il avait dit encore que le portrait de Louis XVI qui était conservé dans la salle de la maison commune serait jeté dans la prison Saint-Maurice, jusqu'à ce que la convention nationale eût prononcé « sur le sort de ce traître » , et le portrait fut arraché par la foule pour subir cette ridicule sentence ; mais bientôt il est lacéré, et les morceaux sont jetés au vent. Les votes du club, on le voit, parvenaient immédiatement à la foule, et le peuple qui les accueillait avec enthousiasme , se chargeait de les exécuter, sans les commenter.







2) Par décret du 26 août, l'assemblée nationale ordonna que les ecclésiastiques qui n'avaient pas prêté le serment prescrit par les lois du 27 novembre 1790 et du 15 avril 1791 , ou qui s'étaient rétractés, fussent déportés à la Guyanne française. Quand ce décret fut publié à Rochefort, on y rechercha avec soin les prêtres insermentés; il ne s'en trouva pas , car la plupart s'étaient éloignés des villes , espérant trouver au sein des campagnes l'hospitalité et les secours qu'on leur refusait ailleurs. Mais est-il un refuge sacré pour l'homme qu'une haine aveugle poursuit ? Le 11 septembre, arrive en cette ville un nombreux détachement de gardes nationaux d'Échillais , conduisant dix-huit prêtres condamnés à être expatriés. Une foule immense se porte sur le passage de ces religieux et vocifère des cris de mort. Les officiers municipaux, revêtus de leurs insignes, accourent au-devant d'eux pour les protéger et leur autorité est méconnue ; on les injurie , on les hue, et si un détachement de troupes réglées et de gardes nationales ne s'était porté sur le lieu du désordre, c'en était fait, le sang eut certainement coulé.
Le corps de ville ordonne qu'un canot du port se rende au passage de Martrou , pour recevoir les prêtres qu'il défend contre la fureur des misérables dont il est entouré, et au milieu des menaces de ces forcenés, il conduit sains et saufs à Martrou ses protégés qu'il n'abandonne que quand ils sont hors de danger. (sic)




En faisant disparaître des monuments publics les ornements qui rappelaient la monarchie, pouvait-on laisser subsister dans l'église les drapeaux qui y avaient été appendus à diverses époques ? Non. Aussi le club décida qu'on en ferait un autodafé, et que la municipalité serait invitée à célébrer une fête civique à cette occasion.



Le corps de ville se rendit à ce vœu et arrêta que le 9 décembre on procéderait sur la place de la Liberté (autrefois des Capucins) au brûlement de ces drapeaux. Les préparatifs commencèrent aussitôt, et à l'heure indiquée tous les corps constitués se trouvaient au rendez-vous et entouraient le bûcher dressé pour le sacrifice. A l'arrivée du corps de ville sur la place , la musique militaire exécuta les airs : Ça ira et l'Hymne des marseillais ; puis un détachement de toutes les armes se transporta à l'église, pour en extraire les drapeaux : il les prit, les traîna dans la boue jusqu'au pied du bûcher , et ensuite les jeta au feu.



C'était le dernier insigne de la royauté que l'on détruisait, aussi quand les flammes commencèrent à le dévorer , un cri d'allégresse , répercuté partout comme un cri sauvage agita l'air, et bientôt acteurs et spectateurs entonnèrent des chants patriotiques et dansèrent la carmagnole. Pendant que cette scène délirante se passait, une députation « du conseil-général de la commune se rendait à l'hôtel-de-ville pour y chercher les portraits de Louis XIV et de Louis XVI qui y étaient déposés, et les faisait porter, la tête renversée , par deux gardes appariteurs , et ces tableaux furent jetés au feu à la grande satisfaction et de tout le monde qui a manifesté sa joie par les « cris ça ira et vive la république! Après la cérémonie terminée, le conseil se retira pour se rendre à la maison commune; il fut accompagné par une grande partie de la population qui se livra à des danses dans presque toutes les parties de l'établissement.





Source: Histoire de la ville et du port de Rochefort        Viaud/Fleury



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Dernière édition par Henryk le Mar 18 Aoû - 14:07 (2015); édité 2 fois
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MessagePosté le: Jeu 3 Juil - 18:20 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Henryk
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Inscrit le: 12 Juil 2011
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MessagePosté le: Mar 15 Juil - 14:56 (2014)    Sujet du message: A la mémoire des bienheureux Martyrs des Pontons de Rochefort Répondre en citant

Le supplice des pontons


Donc, à la fin de 93, et au commencement de 94, après que la Convention a hurlé à la mort, les directoires de département se sont mis en mesure de purger au plus vite la terre de la liberté de ces ennemis du bien public, qui encombrent depuis des mois plus ou moins longs tes couvents changés en prisons. De partout, de Metz, de Nancy, de Verdun, ds Lille, d'Amiens, de Reims, de Troyes, de Sens, de Chartres, de Rouen, do Coulances, de Saint-Brieuc, de Quimper, de Moulins, de Bourges, de Tulle, de Saint-Flour, aussi bien que de Périgueux, d’Angoulême, de Limoges et de La Rochelle, toutes les routes de France qui vont vers le Sud-Ouest charrient sous l'hiver les lamentables convois. De Limoges, il est parti pour Rochefort, le 25 février, 40 prêtres ; le 29 mars, 39 autres ; avec ceux qu'on enverra un peu plus tard et ceux de la Creuse, c'est 122 environ que le diocèse fournit au sacrifice : et plus de 80 succomberont. Telle est la proportion. La Meuse aura presque exactement les mêmes chiffres. L'Allier compte 62 morts sur 76 déportés, et Rouen 73 sur 81.
Et ils s'en vont, les pauvres prêtres et religieux, de tous Ordres, et à peu près de tous âges, malgré la loi, qu'on interprète largement, escortés de gardes qui ont la consigne de fusiller le premier qui bronchera », qui les outragent, les maltraitent, excitent contre eux la foute : « Si vous étiez des animaux, on pourrait avoir pitié de vous; mais, étant des monstres, vous ne méritez aucune compassion... » Huées : « A' l'eau ! » « A la guillotine ! » blasphèmes, coups de pierres, menaces de mort.
A La Rochelle, il y en a six qui, livrés à ta populace en attendant leur embarquement, ont été massacrés; et l'on a promené leurs têtes sur des piques et traîné leurs corps en lambeaux par la ville.
A Limoges, on a servi à la caravane du Bourbonnais la réédition d'une mascarade infâme, déjà oirerlc un mois auparavant à des détenus de la Corrèze; la « piquante singularité, » dit le Journal du département, d'un cortège où, précédés de la garde nationale, les sans-culottes, ayant revêtu chapes, chasubles, costumes de Carmes et de nonnes, accompagnaient un une mitre monté à rebours par un prêtre, et un cochon en habits pontificaux avec une triple couronne et celte inscription : Ego sum papa.
Et quand on les a eus traînés en chantant par toute la ville, on les a rangés autour de la guillotine, et le bourreau a exécuté devant eux, en feignant de les devoir passer tous à leur tour au couperet, un bandit de curé, l'abbé Gaston, qui depuis deux ans se cachait dans des champs de genêts, autour de sa paroisse, pour continuer ses secours à ses ouailles, et que des patriotes avaient enfin arrêté.
Il est vrai qu'en de certains endroits les populations, au contraire, leur sont sympathiques, voudraient les délivrer ; de braves gens les ravitaillent, des femmes sanglotent, des geôliers même ont pour eux des délicatesses. Et il est vrai aussi qu'ils sont pleins de courage.
Enfin, d'étape en étape, de prison en église désaffectée et profanée, et de grenier en écurie, ils arrivent à Rochefort.




Au nom de la loi de confiscation, on les a fouillés tout le long de la roule. On les fouille encore. On les fouillera toujours et partout, parce qu'il reste toujours quelque chose aux doigts de ceux qui font la fouille. On leur prend d'abord tout leur argent, — et il y en avait de riches, et les plus pauvres avaient ramassé sur eux tout ce qu'ils avaient pu, leurs montres, leurs tabatières, leurs boucles de souliers et de jarretières, leurs boutons de manches. (On a les procès-verbaux de dépôt) Mais on leur vole aussi leurs livres, leurs bréviaires, leurs manteaux, leurs vêtements, leurs couteaux et fourchettes, leurs valises. On se donne le plaisir obscène de les mettre nus pour les mieux visiter.



On leur laisse juste les quelques nippes qui les couvrent et sur lesquelles, quand ils mourront, l'on s'empressera de faire toujours très légalement main basse. Puis on les entasse avec des forçats au réfectoire des Capucins et à la prison Saint-Maurice, sans paille, couchant sur des banquettes ou par terre, sans feu, sans lumière, sans air, sans exercice, au pain et à l'eau, incertains de leur sort, en proie aux rats, à la vermine, aux propos violents et aux rixes sanglantes de leurs compagnons...



Et s'il y a déjà des maladies et des morts, tout cela n'est que le mal ordinaire des prisons trop chargées, le mal qu'ont enduré les déportes de Bordeaux à la prison du et au fort Pâté et à la citadelle de Blaye. Aussi, sur onze cents que furent à peu près ceux-ci au cours de 1791, n'en a-t-il péri que deux-cent-cinquante : mince tribut à côté de l'autre!


Mais voici que déjà les prisons de terre n'ayant plus suffi, on a jeté le trop-plein de la charge dans la cale d'un vieux vaisseau à trois ponts, le Bonhomme Richard, qui sert d'hôpital aux soldats galeux, et dans celle d'un autre vaisseau du port, le Borée. Puis, dès le mois de mars, les prisonniers atteignant le nombre de huit cents, et les arrivages, qui ne devaient cesser qu'en août, continuant toujours, il fallut bien que, harcelé par la Majorité maritime de Rochefort, le ministre donnât des ordres pour rembarquement. Il affecta à la déportation des prêtres deux anciens vaisseaux à nègres et à charbon, les Deux-Associés et le Washington; et le supplice des pontons aussitôt commença.



Supplice sans nom, et dont la pudeur littéraire de jadis en même temps que la dignité humaine forçait les témoins qui le racontent d'en voiler en partie la hideuse réalité. Mais, les sobres récits des survivants, des revenants, écrits et publiés au lendemain même de la tourmente, se trouvent aujourd'hui confirmés par les papiers officiels, rapports de médecins, arrêtés des conseils publics, journaux de bord, registres d'écrou; et l'on y peut entrevoir toute l'horreur, toute l'épouvante, toute la pitié, mais aussi tout l'attendrissant, le beau et le sublime que portèrent dans leurs flancs pendant onze mois et balancèrent aux roulis de la vague ces cachots mouvants qu'on appelle les pontons de Rochefort.



Dans l'entrepont des Deux-Associés, où il y a quarante places, on en a, le sabre en main, précipité quatre cents.



— Entrez, scélérats que vous êtes, ou je vous hache ; qu'il y ait de la place ou non, il faut vous f... là.
— Dali ! 100 nègres ont logé à ce même bord, et ils y étaient au large!
— Vous en verrez bien d'autres! S'il en meurt 20, nous en ferons venir 10!....





Chaque nuit, on les précipite dans l'entrepont tout noir où quatre cents chiens, dit un médecin dans un rapport, s'ils y passaient une seule nuit, seraient tous morts ou enragés et où l'on a, pour qu'ils y puissent tenir, cloué en rayons le long des parois des planches sur lesquelles ils s'entassent. Fermés sous verrous pendant onze ou douze heures, ils doivent croupir, malades, agonisants ou morts, littéralement emmêlés les uns dans les autres, se marchant dessus, s'écrasant pour aller aux deux baquets qui servent de latrines. Et tout cela que travaillent et vont dévorer très vite la gale, le scorbut, la gangrène, la dysenterie, le typhus et les fièvres putrides ; tout cela sue, assigne, vomit, fiente, gémit, crie, délire et expire planches ; on se blesse mutuellement Qui est là ? El c'est un égaré qui tombe sur vous, qui râle, et dont on va jusqu'au jour porter le corps sur ses jambes et soutenir la tête sur sa poitrine. C'est un dément qui vous étreint, qui vous frappe, vous mord en hurlant.. L'abbé Théobald Petit, un jeune curé de grande valeur, a pris la mort en dormant sur un cadavre, figure contre figure, et humant son haleine empestée...





Sylvain Maréchal, l'abominable auteur de la parade dramatique le Jugement dernier des rois, qui s'est jouée au théâtre de la République, le lendemain même de la mort de la reine, devant une élégante gâterie d'impures en fourreau de satin, devant Lucile Desmoulins, jeune mariée à robe rose, n'a guère imaginé pire, quand il a mis en scène le Pape et tous les rois d'Europe jetés sur une île déserte et se battant comme des chiens autour d'une barrique de biscuit.

« La guillotine, disait le sans-culotte qui les montrait, » c'eût été trop doux cl trop court. Il a paru plus « convenable d'offrir à l'Europe le spectacle de ses tyrans détenus dans une ménagerie se dévorant les « uns les autres... (sic)




Six cents prêtres martyrs des îles de la Charente : 1793-1795 / par Gabriel Aubray
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Véronique
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MessagePosté le: Mar 18 Aoû - 05:41 (2015)    Sujet du message: A la mémoire des bienheureux Martyrs des Pontons de Rochefort Répondre en citant

Ne les oublions pas.

BBx Martyrs (64) des pontons de Rochefort
(1794-1795)
 


La déportation sur les pontons de Rochefort a concerné 829 prêtres, dont 547 ont péri d'avril 1794 aux premières semaines de 1795.

La Constitution civile du clergé

L'Assemblée constituante vote la Constitution civile du clergé le 12 juillet 1790. La Constitution civile du clergé transforme les ecclésiastiques en fonctionnaires élus par l'assemblée des citoyens actifs, et évince le Pape de la nomination des évêques. Ceci n'est pas acceptable par le Saint-Siège.

Les prêtres constitutionnels, assermentés ou jureurs sont ceux qui se soumettent à cette constitution, les réfractaires ou non jureurs sont ceux qui refusent de prêter serment. Les assemblées successives condamnent à l'exil, à la réclusion puis à la déportation les prêtres réfractaires (mais aussi des assermentés !) L'Église souffrira lourdement de ces évènements : les lieux de culte sont fermés, la pratique interdite, des prêtres sont massacrés.

La Terreur à Rochefort

Le 21 septembre 1792, la Convention succède à l'Assemblée législative, qui elle-même avait déjà remplacé l'Assemblée constituante. La République est proclamée le lendemain. La Société populaire et le Comité de surveillance (institutions révolutionnaires locales) fraîchement mises en place, font de Rochefort une ville ultra-jacobine. Lequinio et Laignelot, les représentants du peuple envoyés par la Convention seront chargés de faire appliquer à Rochefort le régime de la Terreur, décrété le 5 septembre 1793. Les prisons se remplissent, 52 têtes tomberont place Colbert, où est installée la guillotine.

Les convois des prêtres déportés

Un arrêté du Comité de salut public (25 janvier 1794) organise le départ des prêtres réfractaires vers les ports de l'Atlantique, où ils doivent être regroupés avant leur déportation. Ceux qui sont emprisonnés à Nantes seront noyés par Carrier, et finalement, seuls Bordeaux et Rochefort mettront en œuvre les directives du comité.

Les convois de déportés traversent la France pendant l'hiver et jusqu'au printemps 1794, parcourant parfois jusqu'à 800 km. Les conditions de voyage (parfois à pied) sont souvent difficiles, en raison des nuits passées en prison aux étapes, et des insultes et brutalités endurées à certaines haltes. Ils sont souvent systématiquement dépouillés.

À leur arrivée à Rochefort, ils seront incarcérés dans différents lieux (prison Saint-Maurice, couvent des Capucins...) ou sur des navires (le Borée, le Bonhomme Richard, la Nourrice).
Les déportés sont finalement entassés dans deux anciens navires négriers, les Deux-Associés et le Washington, réquisitionnés après l'abolition de l'esclavage par la Convention le 4 février 1794. Destinés à partir pour la Guyane ou les côtes d'Afrique, les bâtiments ne quittèrent cependant pas l'estuaire de la Charente. En état de naviguer, ils n'étaient donc pas de véritables pontons (navires retirés du service, déclassés et démâtés pour servir de magasin ou de prison) mais ils en remplirent les fonctions.

Les pontons

Le commandement des navires fut assuré par Laly pour les Deux-Associés et Gibert pour le Washington. Ils appliquèrent avec leurs équipages, les consignes de sévérité avec rigueur, les aggravant même parfois : pas de prière, injures, menaces, brimades physiques, nourriture infecte, pas de conversation. Mais les prisonniers continueront dans le secret une activité religieuse.
Les décès dus aux conditions de détention s'accélèrent, le scorbut, le typhus font des ravages. L'épidémie est telle qu'enfin les prisonniers valides sont transférés sur un troisième navire, l'Indien, tandis que les plus malades sont débarqués sur l'île citoyenne (l'île Madame) où beaucoup périront. L'automne 1794 est particulièrement rude, et en novembre, le vent renverse les tentes de fortune de l'hôpital installé sur l'île, les survivants sont alors à nouveau embarqués sur les navires. Les conditions matérielles de détention s'améliorent quelque peu tandis que la neige et le gel s'installent. En décembre, trois bâtiments chargés de prêtres et provenant de Bordeaux, (le Jeanty, le Dunkerque, et le Républicain) se réfugient dans l'estuaire (les Anglais bloquent les côtes).

La fin de la Terreur

Lors du Coup d'État du 9 thermidor an II (27 juillet 1794) Robespierre, principal instigateur de la Terreur, est exécuté, et c'est pour la République un nouveau départ. Des épurateurs écartent les éléments les plus extrémistes de la dictature révolutionnaire. Les institutions du régime précédent (Tribunal révolutionnaire, clubs et associations patriotiques) sont généralement supprimées. Bien des prisons commencent à s'ouvrir. Cependant, en cette fin d'année 1794, les pontons gardent toujours leurs prisonniers. Quelques-uns sont libérés mais aucune mesure collective n'est prise.

Grâce à quelques initiatives individuelles (notamment des interventions auprès de la Convention), le transfert à Saintes des prêtres déportés de Rochefort a lieu en février 1795. Ils peuvent y célébrer à nouveau le culte et administrer les sacrements dans les oratoires privés.
Sur les 829 prêtres déportés à Rochefort, 274 survécurent. Les déportés de Bordeaux, d'abord transférés à Brouage, ne furent conduits à Saintes que plus tard. 250 prêtres sont morts sur les 1494 emmenés initialement à Bordeaux.

La deuxième déportation

En octobre 1795, la Convention ordonne cependant, après ce bref répit, la réclusion ou la déportation des prêtres réfractaires vers la Guyane. Encore une fois, ces départs n'eurent pas lieu, et un décret du 4 décembre 1796 prononcera enfin la libération des prêtres détenus.
Le 18 fructidor de l'an V (4 septembre 1797), un coup d'État des républicains du Directoire (le Directoire avait remplacé la Convention dès la fin 1795) contre les modérés et les royalistes, devenus majoritaires aux élections, fait resurgir la ligne dure à la tête de la République. Le pouvoir exécutif s'en trouve renforcé, au détriment du législatif. Les adversaires politiques sont emprisonnés ou déportés.

Les précédentes mesures de détente sont annulées et les décrets de proscription envers les prêtres sont renouvelés. Ils ont à nouveau emprisonnés à Rochefort et quelques-uns sont effectivement envoyés en Guyane, où la mortalité est effrayante. Mais le Directoire se voit obligé de suspendre ces départs, certains navires étant capturés par les Anglais, et les prêtres seront entassés dans les citadelles de St-Martin-de-Ré et du Château d'Oléron jusqu'en 1802.

La libération

Le Coup d'État du 18 brumaire de l'an VIII (9 novembre 1799) donne le pouvoir à Bonaparte. Le Consulat, nouveau gouvernement remplaçant le Directoire dote la France d'une nouvelle constitution (celle de l'an VIII), trois consuls sont nommés, dont Bonaparte, 1er consul.
Les persécutions des prêtres prennent fin lorsque le Saint-Siège conclut un Concordat avec la France (ratifié le 5 avril 1802). Cet accord, signé par le Pape Pie VII et le 1er consul Bonaparte, réorganise le catholicisme dans le pays.

Cette hécatombe resta pourtant longtemps ignorée, et même volontairement tenue cachée, par souci de ne pas réveiller les querelles de la Révolution. La cause aboutit par la béatification solennelle d'octobre 1995, par laquelle l'Église reconnut en soixante-quatre des victimes des pontons (le bienheureux Jean-Baptiste Souzy et ses compagnons) d'authentiques témoins de la foi, mis à mort volontairement, en haine de la foi, et en acceptant consciemment leur sort.

Liste des soixante-quatre prêtres ou religieux béatifiés

1. Jean-Baptiste Étienne Souzy, prêtre du diocèse de La Rochelle. Déporté sur les Deux-Associés; mort le 27 août 1794.
2. Antoine Bannassat, curé de Saint-Fiel (Creuse). Déporté sur les Deux-Associés; mort le 18 août 1794.
3. Jean-Baptiste de Bruxelles, chanoine de Saint-Léonard (Haute-Vienne). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 18 juillet 1794.
4. Florent Dumontet de Cardaillac, aumônier de la comtesse de Provence. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 5 septembre 1794.
5. Jean-Baptiste Duverneuil (père Léonard), carme de la maison d'Angoulême. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 1er juillet 1794.
6. Pierre Gabilhaud, curé de Saint-Christophe (Creuse). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 13 août 1794.
7. Louis-Wulphy Huppy, prêtre du diocèse de Limoges. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 29 août 1794.
8. Pierre Jarrige de la Morelie de Puyredon, chanoine de Saint-Yrieix (Haute-Vienne). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 12 août 1794.
9. Barthélemy Jarrige de la Morelie de Biars, bénédictin de l'abbaye de Lezat (Ariège). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 13 juillet 1794.

10. Jean-François Jarrige de la Morelie du Breuil, chanoine de Saint-Yrieix (Haute-Vienne). sur les Deux-Associés; mort le 31 juillet 1794.

11. Joseph Juge de Saint-Martin, sulpicien, directeur de séminaire. Déporté sur les Deux-Associés; mort le 7 juillet 1794.

12. Marcel-Gaucher Labiche de Reignefort, missionnaire à Limoges. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 26 juillet 1794.

13. Pierre-Yrieix Labrouhe de Laborderie, chanoine de Saint-Yrieix (Haute-Vienne). Déporté sur les Deux-Associés; mort le 1er juillet 1794.

14. Claude-Barnabé Laurent de Mascloux, chanoine du Dorat (Haute-Vienne). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 7 septembre 1794.

15. Jacques Lombardie, curé de Saint-Hilaire-de-Foissac (Corrèze). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 22 juillet 1794.

16. Joseph Marchandon, curé de Marsac (Creuse). Déporté sur les Deux Associés ; mort le 22 septembre 1794.

17. François d'Oudinot de La Boissière, chanoine du diocèse de Limoges. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 7 septembre 1794.

18. Raymond Petiniaud de Jourgnac, vicaire général de l'évêque de Limoges. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 26 juin 1794.

19. Jacques Retouret, carme de la maison de Limoges. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 26 août 1794.

20. Paul-Jean Charles (frère Paul), moine cistercien de l'abbaye de Sept-Fons (Allier). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 25 août 1794.

21. Augustin-Joseph Desgardin (frère Elie), moine cistercien de l'abbaye de Sept-Fons (Allier). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 6 juillet 1794.

22. Pierre-Sulpice-Christophe Favergne (frère Roger), frère des Écoles chrétiennes à Moulins. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 12 septembre 1794.

23. Joseph Imbert, jésuite. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 9 juin 1794.

24. Claude-Joseph Jouffret de Bonnefont, sulpicien, supérieur du petit séminaire d'Autun. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 10 août 1794.

25. Claude Laplace, prêtre à Moulins. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 14 septembre 1794.

26. Noël-Hilaire Le Conte, chanoine de la cathédrale de Bourges. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 17 août 1794.

27. Pierre-Joseph Le Groing de La Romagère, chanoine à la cathédrale de Bourges. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 26 juillet 1794.

28. Jean-Baptiste-Xavier Loir, capucin au Petit-Forez, à Lyon. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 19 mai 1794.

29. Jean Mopinot (frère Léon), frère des Écoles chrétiennes à Moulins. Déporté sur les Deux-Associés; mort le 21 mai 1794.

30. Philippe Papon, curé de Contigny (Allier). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 17 juin 1794.

31. Nicolas Sauvouret, cordelier à Moulins. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 16 juillet 1794.

32. Jean-Baptiste Vernoy de Montjournal, chanoine à Moulins. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 1er juin 1794.

33. Louis-Armand-Joseph Adam, cordelier à Rouen. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 13 juillet 1794.

34. Charles-Antoine-Nicolas Ancel, eudiste à Lisieux. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 29 juillet 1794.

35. Claude Beguignot, chartreux à Saint-Pierre-de-Quevilly, près de Rouen. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 16 juillet 1794.

36. Jean Bourdon (frère Protais), capucin à Sotteville, près de Rouen. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 23 août 1794.

37. Louis-François Lebrun, moine bénédictin de la congrégation de Saint-Maur. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 20 août 1794.

38. Michel-Bernard Marchand, prêtre du diocèse de Rouen. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 15 juillet 1794.

39. Pierre-Michel Noël, prêtre du diocèse de Rouen. Déporté sur les Deux-Associés; mort le 5 août 1794.

40. Gervais-Protais Brunel, moine cistercien de Mortagne (Orne). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 20 août 1794.

41. François François (frère Sébastien), capucin. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 10 août 1794.

42. Jacques Gagnot (frère Hubert de Saint-Claude), carme de la maison de Nancy. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 10 septembre 1794.

43. Jean-Baptiste Guillaume (frère Uldaric), frère des Écoles chrétiennes à Nancy. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 27 août 1794.

44. Jean-Georges Rehm (père Thomas), dominicain au couvent de Schlestadt (Alsace). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 11 août 1794.

45. Claude Richard, bénédictin à Moyen-Moutier (Vosges). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 9 août 1794.

46. Jean Hunot, chanoine à Brienon-l'Archevêque (Yonne). Déporté sur le Washington ; mort le 7 octobre 1794.

47. Sébastien-Loup Hunot, chanoine à Brienon-l'Archevêque (Yonne). Déporté sur le Washington; mort le 17 novembre 1794.

48. François Hunot, chanoine de Brienon-l'Archevêque (Yonne). Déporté sur le Washington ; mort le 6 octobre 1794.

49. Georges-Edme René, chanoine à Vézelay. Déporté sur le Washington ; mort le 2 octobre 1794.

50. Lazare Tiersot, chartreux à Beaune (Côte-d'Or). Déporté sur le Washington ; mort le 10 août 1794.

51. Scipion-Jérôme Brigeat Lambert, doyen du chapitre d'Avranches (Manche). Déporté sur le Washington ; mort le 4 septembre 1794.

52. Jean-Nicolas Cordier, jésuite. Déporté sur le Washington ; mort le 30 septembre 1794.

53. Charles-Arnould Hanus, curé et doyen du chapitre de Ligny (Meuse). Déporté sur le Washington ; mort le 28 août 1794.

54. Nicolas Tabouillot, curé de Méligny-le-Grand (Meuse). Déporté sur le Washington ; mort le 23 février 1795.

55. Antoine, dit Constant, Auriel, vicaire à Calviat et Sainte Mondane (Lot). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 16 juin 1794.

56. Élie Leymarie de Laroche, prieur de Coutras (Gironde). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 22 août 1794.

57. François Mayaudon, chanoine à Saint-Brieuc puis à Soissons. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 11 septembre 1794.

58. Claude Dumonet, professeur au collège de Mâcon (Saône-et-Loire). Déporté sur le Washington ; mort le 13 septembre 1794.

59. Jean-Baptiste Laborie du Vivier, chanoine de la cathédrale de Mâcon (Saône-et-Loire). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 27 septembre 1794.

60. Gabriel Pergaud, génovéfain de l'abbaye de Beaulieu (Côtes-d'Armor). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 21 juillet 1794.

61. Michel-Louis Brulard, carme de la maison de Charenton. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 25 juillet 1794.

62. Charles-René Collas du Bignon, sulpicien, supérieur du petit séminaire de Bourges. Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 3 juin 1794.

63. Jacques-Morelle Dupas, vicaire à Ruffec (Charente). Déporté sur les Deux-Associés ; mort le 21 juin 1794.

64. Jean-Baptiste Ménestrel, chanoine à Remiremont (Vosges). Déporté sur le Washington ; mort le 16 août 1794.

Source http://levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=saintfeast&…


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Henryk
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MessagePosté le: Mar 18 Aoû - 13:58 (2015)    Sujet du message: A la mémoire des bienheureux Martyrs des Pontons de Rochefort Répondre en citant

Ouvrage parmi d'autres sur la déportation.


Déportation du département de l'Escault à l'Île de Ré:


http://royaume-de-france.clicforum.com/t654-Sur-la-deportation.htm?q=d%C3%A…
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Henryk
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MessagePosté le: Mar 18 Aoû - 17:04 (2015)    Sujet du message: A la mémoire des bienheureux Martyrs des Pontons de Rochefort Répondre en citant

D'autres bateaux ont servi pour la déportation vers les lieux de concentration.

Il y a les deux que vous citez, Les deux associés et le Washington. La Bayonnaise, la Décade, le Bonhomme richard...
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 21:08 (2016)    Sujet du message: A la mémoire des bienheureux Martyrs des Pontons de Rochefort

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