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L'impossible bonne république

 
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Mavendorf
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MessagePosté le: Lun 15 Aoû - 08:35 (2011)    Sujet du message: L'impossible bonne république Répondre en citant

Citation:
Conférence de Gédeon, prononcée lors de la fête catholique et légitimiste de Bourg-en-Bresse, le 28 mai 2011 :



« La contre révolution n’est pas une révolution contraire, mais le contraire de la révolution »

disait Joseph de Maistre. Les contre-révolutionnaires doivent donc faire le contraire de la révolution, c’est à dire ne pas faire la même chose qu’elle, ne pas utiliser les moyens qu’elle a élaboré pour accomplir sa fin, c'est-à-dire pas ne pas utiliser le parlementarisme qui a toujours été et restera toujours un glissement vers le pire.

Or malheureusement, la plupart de ceux qui se disent encore contre-révolutionnaires aujourd’hui non seulement refusent la monarchie mais ne conçoivent leur action politique qu’à travers les institutions révolutionnaires du parlementarisme, à travers une participation à la lutte électorale.

Les institutions politiques de la monarchie Très Chrétienne avaient été formées pendant des siècles pour une fin, un objectif très précis : le règne social de NSJC : leur forme était étroitement liée à cette fin selon le principe énoncé par Saint Thomas : « en toute chose qui ne naissent pas du hasard, la forme dépend nécessairement la fin de l’action ».

Avec le XVIIIème siècle, celui de la philosophie des Lumière, la fin de la société change : au règne social de NSJC succède le règne des droits de l’homme. A la justice succède l’égalité. La justice qui consiste à rendre à chacun ce qui lui est du, en particulier à Dieu le culte qui lui est du, était le fondement de l’ordre politique traditionnel : on représente toujours Saint Louis avec la main de justice sous le chêne de Vincennes. La Justice alors est remplacée par l’Egalité : puisque tous sont égaux, il suffit d’avoir les mêmes droits pour que la justice soit rendue. La notion même de hiérarchie et d’autorité est remise en cause, au nom de la liberté d’êtres tous égaux.

Ce changement radical de fin de la société ne pouvait pas rester sans conséquence sur les institutions politiques : les institutions de la monarchie Très Chrétienne, formées en vue d’une fin particulière, le règne de NSJC, ne pouvait accomplir le règne des Droits de l’homme, règne de la souveraineté populaire.

Dans les années qui suivent 1789, tout va être détruit, du roi jusqu’à la famille en passant par toutes les institutions économiques (corporations) ou religieuses (en particulier celles concernant l’assistance et l’enseignement).

C’est l’œuvre bien connue de la révolution, avec la mise en place d’institutions nouvelles reposant sur le parlementarisme en vue d’exercer la souveraineté populaire.

Ces changements de la fin et de la forme de la société politique, ce remplacement du règne de NSJC et de la monarchie par les Droits de l’homme et la démocratie ne satisfait pas tous les français, tant s’en faut.

Dès les premiers troubles de la révolution, les contre révolutionnaires apparaissent.

Logiquement, pour rétablir le règne social de NSJC, il faudrait rétablir ces institutions Très Chrétiennes, dans la mesure où elles sont liées à la nature humaine qui ne change pas (car il ya des institutions liées aux conditions matérielles qui changent et peuvent disparaitre). Or, de manière paradoxale, s’il y a encore des catholiques qui se disent contre-révolutionnaires aujourd’hui, non seulement ceux-ci participent au jeu des institutions parlementaires et démocratiques mais affirment même que c’est le seul moyen possible d’œuvrer efficacement pour le règne social de NSJC. Il suffit d’installer au cœur des institutions parlementaires un nombre de plus en plus important d’hommes vertueux pour que la politique soit de plus en plus vertueuse disent-ils. Il y a là un paradoxe : comment des institutions nées du mal, pour le mal, ayant accompli le mal pendant deux siècles, pourraient devenir subitement le seul moyen d’action politique vertueuse. Il y a plus qu’un paradoxe : il y a un mythe : celui de la bonne république.

C’est de ce mythe dont on m’a demandé de parler aujourd’hui.

C’est un mythe ancien, qui remonte au moins à Fénelon. Pour établir son vice, le vice de ce mythe, je m’appuierai sur les faits puisque la politique est une science inductive qui consiste à partir des faits pour en induire des lois.

J’ai choisi trois circonstances ou les catholiques ont été largement majoritaires au sein des institutions démocratiques, trois circonstances ou cette majorité d’hommes non corrompus ont été corrupteurs, ou ces contre-révolutionnaires ont produit non le bien par leur présence au sein d’institutions vicieuses, mais ou le vice des institutions a produit le règne des Droits de l’homme, malgré la présence d’hommes vertueux.

Il m’importe peu d’établir que les révolutionnaires favorisent la révolution lorsqu’ils sont les plus nombreux dans les institutions démocratiques : non, ce qu’il importe de voir, c’est que les contre-révolutionnaires, même en immense majorité au sein des institutions démocratiques, font eux aussi l’œuvre de la révolution.

Le premier cas est celui de Villèle. Villèle est un ultra. Il arrive au pouvoir avec Charles X. On pourrait s’étonner de choisir comme preuve du fonctionnement vicieux des institutions républicaines un ministre du roi Très Chrétien. A priori, la preuve du mal, si elle était faite, prouverait plus contre la monarchie que contre la république.

C’est tout le paradoxe de la restauration, qui conserve au plus haut niveau de l’Etat deux institutions radicalement contraire. Stéphane Rials, dans son excellent ouvrage intitulé Révolution et contre-révolution au XIX siècle résume cette situation paradoxale par cette formule :

Il dit qu’il y a « Dispersion des légitimités et convergence des techniques ». Parlant des contre révolutionnaires de 1815, il écrit :

« Ils rejettent la révolution d’un point de vue métapolitique dont ils sont finalement si proches en doctrine, en programme, en pratique »

On voit en effet d’un coté le roi Très Chrétien, lieutenant du Christ, tenant de lui son pouvoir pour aider l’Eglise au salut des âmes, et de l’autre coté la chambre des députés, issue de la philosophie des Lumières, créée pour la réalisation des Droits de l’homme.

Tous les ministères de la Restauration seront sans cesse sur le fil du rasoir entre d’un coté le roi Très Chrétien et le couperet du vote parlementaire, situation qui conduira à 1830.

Pourquoi Villèle est-il à notre avis le cas le plus instructif de cette prédominance de l’institution sur l’homme, de cette prédominance de l’institution révolutionnaire sur l’individu contre-révolutionnaire ?

Parce que Villèle est un ultra, catholique et contre-révolutionnaire. Depuis 1815, les ultras réclament des réformes qui leur sont refusées par les ministres libéraux de Louis XVIII (Decazes et Richelieu). Ils arrivent au pouvoir avec Villèle. Depuis plus de dix années, ils réclament la décentralisation contre le carcan imposé par Napoléon, ils réclament les corporations contre le libéralisme du laissez faire laissez passer, cette loi du profit qui est une version moderne de la loi du plus fort et qui réduira en esclavage une partie de plus en plus importante de la population jusqu’à la commune en 1870. Les ultras défendent l’Eglise et ses œuvres. Ce sont des hommes qui n’ont pas hésité à tout sacrifier au service de la monarchie de 1789 à 1815.

Que va donc réaliser l’ultra Villèle un fois au pouvoir ?

Je m’appuierai sur Berthier, contemporain de Villèle, conseiller proche de Charles X. Berthier n’est pas opposé au jeu parlementaire : il proclame au contraire qu’il est impératif de le sauvegarder contre ceux qui voudrait le supprimer. Sa description du ministère de Villèle et du jeu parlementaire est d’autant plus intéressante. J’ai choisi quelques citations ou Berthier évoque l’action du ministère ultra sur les points qui ont toujours constitués les axes majeurs du programme des ultras : la décentralisation, l’économie, le soutien à l’Eglise.

Que dit Berthier ?

Concernant la décentralisation :

« Villèle arrivant aux affaires, ne reprit pas les vues décentralisatrices qu’il avait défendues à la chambre introuvable …Royer Collard dénonce toutes les facilités que le gouvernement trouvait dans le système en vigueur pour peser sur les élections. Le ministère vote par l’universalité des emplois et des salaires que l’Etat distribue et qui sont le prix de la docilité prouvée : il vote par l’universalité des affaires et des intérêts que la centralisation lui soumet. Il vote par les routes, les canaux, les hôtels de ville, car les besoins publics satisfaits sont les faveurs de l’administration, et pour les obtenir, les peuples, nouveaux courtisans, doivent plaire ».

Voilà le fruit du jeu révolutionnaire : le gouvernement utilise tous les moyens à sa portée pour peser sur l’électorat : votez pour les candidats du gouvernement et vous aurez des routes, des ponts, des canaux et des hôtels de ville et des marchés publics : il ne s’agit pas des socialistes de l’affaire URBA arrivés au pouvoir avec Francois Mitterrand, mais de contre-révolutionnaires agissant dans le cadre des institutions révolutionnaire.

Concernant le soutien à l’Eglise :

« Le ministère, entrant dans les vues de la majorité de la chambre, dont il lui importait de conserver la bienveillance et l’appui, demandait au roi la suppression des collèges jésuites, et la limitation du nombre des élèves des petits séminaires. Le roi résistait, cherchait des conseils. Cependant les ministres fatiguait ce bon prince de leurs instances, lui annonçaient des troubles, peut être une révolution, s’il persistait à refuser sa signature. Dans sa perplexité, le prince envoya chercher l’évêque d’Hermapolis et lui posa la question : Mes ministres me menacent de troubles sérieux, peut être de révolution si je ne signe pas. Croyez vous que je puisse, sans manquer à mon devoir de chrétien et à ma conscience, signer ? Si de grands malheurs pour la France et pour le trône peuvent être le résultat du refus de votre Majesté, je crois qu’elle peut en sureté de conscience signer ces ordonnances. Le roi prit la plume et les signa à l’instant ».

Voilà encore le résultat du jeu parlementaire : pour obtenir le vote du budget, il faut convaincre chaque groupe parlementaire et accorder aux uns et autres quelques hochets financiers ou idéologiques en vue d’obtenir leur adhésion ou leur silence. Pour la gauche, on sacrifie les jésuites et les petits séminaires, en attendant qu’arrive la république des Jules et l’expulsion de tous les ordres enseignants.

Concernant les corporations :

“En 1817, un avocat parisien, Levacher-Duplessis, entreprit en faveur du régime corporatif une campagne en règle : deux mille commerçants et artisans signaient dans son cabinet, le 16 septembre 1817, une requête au roi que Levacher défendait dans un mémoire étudié (…). Quand on relit aujourd’- hui ces pages rédigées par un ultra bien oublié, et les délibérations que lui opposèrent les industriels les plus éclairés de l’époque, on est frappé de voir combien c’était le rédacteur qui avait les vues d’avenir. Le gouvernement, devant l’opposition de toute la grande industrie et de tout le haut commerce, ne sanctionna pas expressément ces idées mais il en favorisa discrètement l’application”

Encore un effet du jeu parlementaire : pour ne pas mécontenter le haut commerce et la haute industrie (rappelons que le suffrage est censitaire), il faut « laisser faire laisser passer », c'est-à-dire laisser les plus forts réduire en esclavage la partie de la population qui a le plus besoin précisément d’être protégée par les institutions. Voilà encore une fois le jeu de la révolution.

On voit déjà avec ces trois citations que les axes majeurs du programme ultra contre l’œuvre de la révolution sont rendus irréalisables par le jeu parlementaire malgré leur présence au pouvoir.

Mais il ya pire : on voit voir ces même hommes rentrer dans le jeu des partis et devenir corrupteurs pour gouverner

Voici ce que dit Berthier sur le jeu des partis (berthier est favorable au parlementarisme)

« Comment expliquer la conduite de Monsieur de Villèle ? Il est difficile de ne pas reconnaitre que dans cette circonstance comme dans beaucoup d’autres, la conservation de son pouvoir ministériel était la première préoccupation de son esprit et l’emportait souvent sur les grands intérêts de la royauté, qu’il ne croyait pas pouvoir être renversée par l’opposition de gauche. Un ennemi de la royauté l’inquiétait beaucoup moins qu’un royaliste capable ne partageant pas toutes ses idées et pouvant arriver au ministère. ……..Là est toute l’explication de la conduite de Monsieur de Villèle, conduite qui contribua peut être à le conserver au ministère plus longtemps, mais qui fut si funeste au principe monarchique………C’est par le même système qu’il laissa subsister les journaux libéraux ou révolutionnaires tandis qu’il absorbait tout les journaux royalistes. Qu’en résultait-il ? Le public, qui soit à la tribune, soit dans les journaux, n’entendait guère qu’une seule voix, celle de l’extrême gauche, fut insensiblement entrainé, séduit et l’opinion fut pervertie. Quand Monsieur de Villèle est arrivé au pouvoir, l’opinion publique était-elle en grande majorité royaliste ? Oui certainement. Quand il quitta le ministère, était-elle encore royaliste ? Non. »On voit bien ici que le résultat de cette menace permanente d’un concurrent sur un ministre en place : ce jeu qui consiste à soutenir contre vos proches les plus éloignés de vos adversaires, afin de créer une menace qui refasse autour de vous l’union de la majorité. Mitterrand fera exactement la même chose avec l’extrême droite en 1981, et ce jeu fonctionne encore.

Sur la corruption, voici ce que dit le même auteur

Monsieur de Villèle au surplus, ne connaissait guère que la partie inférieure et basse du cœur français il avait recours à toutes les espèces d’appâts pour gagner les députés : intérêts dans les entreprises individuelles, places, traitements, décorations, gains à la bourse, la pairie, puis en quelque sorte l’abandon de l’administration publique en échange des boules en faveur de lois qu’il présentait…

…Ce sont des boules qu’il nous faut me disait un jour monsieur de Villèle. Ainsi ce ministre voyait toute la France dans le vote des chambres qu’il matérialisait autant que possible en mettant de côté les influences morales, en ne comptant pas quelque autre chose que les boules blanches ou noires qui étaient versées dans l’urne, de là ce système peu français et peu honorable de faire ployer les consciences par la crainte des destitutions ou l’appât des honneurs, des places, des gains de bourse et de l’argent même, distribué assure-t-on, de là les persécutions contre d’anciens amis du trône et des noms illustres par leurs talents, leur naissance ou leurs services… Après l’abandon des axes majeurs du programme ultra, voilà ceux qui avaient tout sacrifié devenu des trafiquants plus ou moins honnêtes, corrupteurs ou corrompus, trafiquant leur influence pour accomplir au pouvoir le programme de leurs adversaires.

Bilan : c’est l’institution révolutionnaire qui l’emporte sur l’individu contre-révolutionnaire. Il s’agit ici d’un roi, d’un ministre et d’une assemblée largement contre révolutionnaires, qui font œuvre révolutionnaires. On voit ici en germe toute la pourriture qui grandira sous la troisième république, avec un certains nombre de scandales : mais ici, ce sont les contre révolutionnaires qui en sont les acteurs.

Ce ne sont pas les hommes qu’il faut épurer, ce sont les institutions : que ce soit les radicaux socialistes avec Gambetta ou les ultra avec Villèle, la direction est la même : c’est le fameux glissement vers le pire que la suite de l’histoire confirmera.



Cas n°2 : la république des ducs, l’assemblée de 1871.

En 1870, la France connait la plus retentissante défaite de son histoire. Les Français traumatisés envoient au parlement une très forte majorité catholique et monarchiste.

Bizarrement, elle confie ses destinées à Thiers, voltairien ambitieux qui disait en 1848 : Je suis un fils de la révolution et je le resterai…. » et « il faut mettre la main de voltaire sur ces gens là » en parlant des catholiques.

Comment Thiers arrive au pouvoir ? Il cache évidement son ambition d’être le premier président-fondateur de la république française, et s’allie secrètement avec Bismarck, à qui il promet l’Alsace et la lorraine en échange de son soutien. A cette époque, un congrès Européen s’était réuni à l’initiative de l’Angleterre pour déterminer les suites à donner au conflit qui venait de s’achever : l’Angleterre s’opposait à ce qu’il y eut des annexions territoriales. C’est Thiers qui va offrir à Bismarck l’Alsace et la Lorraine en échange de son soutien, qui nous coutera plus d’un million de morts 40 ans plus tard. Arrivé au pouvoir, Thiers se maintien comme Villèle, en faisant pression sur la majorité monarchiste et catholique en soutenant les radicaux socialistes menés par Gambetta. Il les soutient tellement bien que la majorité finit par se lasser et confie au duc de Broglie, brillant orateur, la manœuvre parlementaire qui permet de remplacer Thiers par le maréchal de MAC Mahon.

Peu m’importe ici d’établir que Thiers ait fait oeuvre révolutionnaire : il était révolutionnaire et logique avec lui même. Ce qui est beaucoup plus instructif, c’est de voir un contre-révolutionnaire comme le duc de Broglie faire avancer la révolution.

Quel est le programme du duc de Broglie ?

C’est le maintien de l’ordre moral, contre l’anarchisme révolutionnaire des radicaux socialistes :

« Il s’agissait de prévenir l’invasion de l’élément radical, et cela en dehors de toute forme de gouvernement….Voilà le programme du gouvernement : celui de réunir les forces conservatrices …Le gouvernement devait être la représentation de toutes les forces conservatrices sur un terrain en dehors de la politique. Ainsi, il y a trois idées qui ont présidé à la formation du gouvernement Il y a une triple condition : union des forces conservatrices sur un terrain en dehors de la politique ; réserve loyale et complète de la forme du gouvernement ; et enfin, reconnaissance de la souveraineté complète de l’Assemblée »1.

« Avec l’aide Dieu, nous continuerons ensemble l’œuvre de la libération du territoire et du rétablissement de l’ordre moral … ».2



On a ici le type même du contre-révolutionnaire convaincu que le salut réside dans le jeu parlementaire, dans l’utilisation des moyens institutionnels issus du siècle des Lumières, préfigurant l’immense minorité de ceux qui se disent aujourd’hui contre révolutionnaires et ne voient d’autre action politique que celle que leur propose la révolution : la lutte électorale. C’est cette conviction qui empêchera entre autre le retour d’Henri V.

Malgré tout, il faut constater que le bilan est assez positif : j’en veux pour preuve ces lignes de l’abbé Barbier, antilibéral farouche, et assez laudateur à l’égard du travail fait par l’assemblée dirigée par le duc de Broglie.

« Il est non moins juste de reconnaitre qu’à l’égard du coté religieux de la législation, [cette assemblée] chercha à faire œuvre chrétienne, à donner à la religion, sinon la place éminente qui doit lui revenir dans la société et dans les lois, au moins des garanties de respect et de liberté »3.

« L’épanouissement des œuvres catholiques n’est tel que grâce à l’appui des chefs du nouveau gouvernement. Il facilite les fondations ; le respect de la liberté des fonctionnaires, des officiers, leur permet d’apporter ouvertement aux œuvres catholiques un nombreux et importants concours ; il permet aux collèges chrétiens de s’élever à un degré de prospérité qu’ils n’avaient jamais connu et qui leur sera trop tôt ravi. Les grandes cérémonies de nos cathédrales prennent un remarquable éclat par la présence officielle des représentants du pouvoir, de la magistrature et de l’armée, tandis que les troupes reçoivent l’ordre de ne plus rendre les honneurs militaires aux personnages dont les obsèques n’auront pas été accompagnées de cérémonies religieuses. Le président de la république donne hautement, le premier, l’exemple de ce respect et celui des sentiments religieux ; partout, dans ses voyages, il rend hommage à Dieu dans ses temples, comme dans ses messages il invoque son nom »4.



Mais que va-t-il se produire. Thiers à été débarqué, mais il demeure député. Gambetta, grand orateur et manœuvrier hors pair, parcourt la France de ville en ville pour propager la bonne parole radical-socialiste. Ces deux leader républicains s’allient ensemble et vont chercher à nouveau un soutien qui s’étaient révélé efficace : celui de Bismarck, qui disait à son ambassadeur à Paris qu’il voulait la France « en république, et la plus rouge possible ». Bismark fait également cause commune avec Victor Emmanuel.

« Un accord, en quelque sorte officiel, allait intervenir entre l’Allemagne, l’Italie et les républicains français. Gambetta et ses amis ne reculèrent pas devant la plus criminelle des intrigues ».

Comment va se manifester ce soutien ? Par le chantage à la guerre. A l’époque, les français sont traumatisés : droite ou gauche, ils veulent par-dessus tout la paix. A chaque élection, la presse étrangère relayée par la presse républicaine en France, annonce l’imminence d’un nouveau conflit et de la mobilisation, rendu nécessaire par la puissance des conservateurs. Le résultat est immédiat : les votes en faveur des radicaux socialistes devenus subitement pacifistes progressent immanquablement.

Daniel Halvéy, qui est à mon avis le meilleur historien de la troisième république, relate ainsi cette étrange alliance des républicains avec un empereur et un roi :

« …il fallait manœuvrer et, sans qu’il parut trop, aider les républicains. Une note, datée du 18 juin 1877, est d’une parfaite clarté : « la presse officieuse, recommande Bismarck, devra exercer sur l’électeur français la pression la plus forte qu’il se pourra pour lui persuader que, s’il donne sa voix aux conservateurs, il vote pour la guerre… ». …Souvenons-nous de l’indication tactique donnée par Sarcey : « il ne faut qu’une idée bien nette, bien juste, bien claire, répandue et soufflant à travers les villages, pour établir dans les masses électorales dela campagne un courant d’opinion qui emportera toute les résistances : avec un ministère clérical, on risuqe d’avoir la guerre avec l’Italie. Veux tu, o paysan, qu’on envoie ton fils se faire tuer ? Vous verrez ce que répondra le paysan français, si la question se pose en ces termes. A Berlin, un puissant compère [Bismarck] va s’employer à la poser ainsi ; telle est la collusion qui s’établit entre Bismarck et les républicains. Sarcey avait raison : la peur de la guerre était un cri électoral très efficace ».5

Broglie va réagir contre ces effets vicieux du jeu parlementaire. Comment va-t-il procéder ? Archétype de ces catholiques contre révolutionnaires utilisant les instituions nées de la révolution pour la combattre, il ne peut remettre en cause le jeu parlementaire. Or il est au pouvoir pour maintenir l’ordre moral : il va donc essayer de trouver dans le parlementarisme un remède au parlementarisme : par la création d’une seconde chambre, le Sénat, constituée par des sénateurs élus à partir des bastions conservateurs que sont les villages. Les conseils municipaux étaient restés jusqu’ici sous le contrôle direct du gouvernement, à l’écart de toute politique parlementaire et de lutte des partis. Ils étaient peuplés de conservateurs. L’idée du duc de Broglie est d’introduire dans le système parlementaire ces conservateurs pour constituer à l’intérieur du système un rempart de l’ordre moral contre l’essor du radical-socialisme. Mettre dans les institutions des hommes vertueux suffira pour conserver une bonne direction aux institutions.

Il pense mettre le village conservateur au sein de la république, et rendre la république conservatrice. C’est exactement l’inverse qui va se produire : il va introduire dans un milieu préservé une institution républicaine, qui y produira comme ailleurs ses effets en faveur des droits de l’homme.

Gambetta, principal opposant du duc de Broglie, grande figure du radical socialisme, manœuvrier hors pair, se réjouit ainsi de cette manœuvre qui se veut très habile et qui s’avèrera catastrophique : Gambetta analyse ainsi la manœuvre théoriquement contre révolutionnaire du duc de Broglie et pratiquement très révolutionnaire :

« Voyez vous à quel point il faut que l’esprit de démocratie ait envahi toutes les cervelles et pénétré jusqu’à nos adversaires les plus avérés, pour que nos législateurs aient assignés pour origine au Sénat qu’ils voulaient établir les trente six-mille communes de France ? Admirez, en effet, les conséquences et la portée d’une telle loi ! Voilà des communes qui, jusqu’ici, ont été tenues en tutelle, qu’on avait sévèrement exclues de la politique, dont on a fait surveiller toutes les délibérations dans le but d’empêcher la politique d’y pénétrer et d’y tout transformer ; voilà des communes qui, aujourd’hui, ne vont pas faire une élection de conseiller municipal sans s’enquérir auparavant des opinions politiques de chaque candidat, sans savoir, par avance, dans le cas ou il aurait à participer à une élection de sénateur, quels seraient son vote, ses tendances, ses opinions…. »6.

« Ils [les conservateurs] avaient cru, faisant ainsi, installer le village au cœur de la république. En réalité, ils avaient porté la république dans le village ».

Léon XIII fera exactement la même erreur quelques années plus tard : en mettant les catholiques dans la république, il mettra la république dans l’Eglise, et l’immanence politique de la démocratie viendra soutenir l’immanence théologique du modernisme naissant.

Quel va être le bilan du gouvernement de l’ordre moral : le radical-socialisme progresse jusqu’à devenir majoritaire, les fils de la révolution sont chez eux en république. Tous les effets bénéfiques de l’assemblée de 1871 sont balayés dans les 2 décennies qui suivent, de 1880 à 1900 : séparation de l’Eglise et de l’Etat, inventaire, expulsions des ordres enseignants, expulsion des ordres religieux dans les hôpitaux, retrait des crucifix dans les lieux publics, affaire des fiches, scandales financiers, loi sur le mariage civil, sur le divorce etc.….

Les élus de 1871 ont été balayés par quelques années de jeu électoral et parlementaire.





3ème cas : le Bloc National et la chambre Bleue horizon.

En 1919, la France élit une chambre encore une fois à forte majorité conservatrice (environ 80%). Paradoxalement, elle se remet aux mains d’un homme de gauche, un vieux routier de l’anticléricalisme : Clémenceau. Celui-ci fait si bien le jeu de la gauche qu’une réaction se produit, conduite en partie grâce à Léon Daudet, réaction qui porte au pouvoir Poincaré. Cinq ans après, c’est le Cartel des Gauches. La France est passée de droite à gauche encore une fois, avec un scénario identique à celui de 1871 : le chantage à la guerre. Après la guerre, les français veulent la paix : la gauche se lance dans le pacifisme à outrance, à la suite de Briand : la même équation réapparait : voter à droite, c’est déclarer la guerre à l’Allemagne. Pour préserver la paix, il faut voter à gauche, pour Briand, champion du pacifisme. C’est le traité de Locarno, avec à la clé, l’invasion de 1939, troisième défaite historique de la France depuis 1870.

L’action des catholiques à la chambre sera nul. Léon Daudet, qui fut peut être le député le plus actif et le plus brillant de la contre-révolution pendant cette période dira quelques années plus tard qu’il a perdu cinq années de sa vie au parlement.

Au final, avec les institutions nées de la révolution, c’est la révolution qui progresse.

Charles Maurras dénoncera dans les années 30 ce phénomène dépressif de la lutte électorale sur la contre –révolution, à cause de son inutilité :

« Ces hommes hier si dévoués, bons sergents de la lutte électorale légale, calculent l’effort fait, le travail prodigué, l’argent dépensé et le résultat vraiment misérable, obtenu : sur le plus grand nombre de points, quelques centaines et, au plus, quelques milliers de voix arrachées momentanément à l’adversaire. Un nombre de sièges insignifiant….il se trouve que l’on a pu jeter de ci de là quelques petites gouttes d’eau sucrée dans une véritable rivière de vitriol. Sérieusement, qu’est ce que tout cela ? Qu’est ce que cela peut ? Je parle bien évidemment du nombre ; sur le plan de la force numérique…mais du point de vue de la qualité, cela est plus désespérant s’il se peut. Car là, pour avoir le nombre (hélas, un bien petit nombre), on est induit, partout, à sacrifier le programme….la volonté de grouper le plus de monde et de paraitre moins réactionnaire détermine dans toute la série des « bons » candidats un état d‘inhibition et de timidité…A cela on répond qu’un siège qui serait occupé par un méchant homme l’est, cette fois, par un homme de bien. Mais un homme de bien en délicatesse secrète avec ce qu’il juge bon, raisonnable, utile, nécessaire, garde t-il un titre à son nom ? …Il semble bien que leur autorité morale ne sert qu’à accréditer le mal et à introduire le pire. Ce glissement à gauche les perds, et avec eux perd tout ».

Louis Dimier dira énoncera également cette vérité en disant que « lutter révolutionnairement contre la révolution, c’est encore travailler pour elle ». Lutter révolutionnairement, c'est-à-dire en utilisant les moyens mis en œuvre par et pour la révolution, les moyens de la démagogie parlementaire. Joseph de Maistre avait dit que la révolution n’était pas une révolution contraire, mais le contraire de la révolution.

Mais il ya toujours de « bons sergents de la lutte électorale ».

Si vous leur rappelez l’échec des ces assemblées regroupant une immense majorité de contre-révolutionnaire produisant toujours plus de révolution, ces bons sergents de la lutte électorale vous dirons sans doute d’un air entendu que les échecs ne doivent pas masquer les réussites. Car il y a des réussites. Trois réussites sont régulièrement cités par nos contradicteurs, tant il est vrai, comme le disait Gambetta, que « l’esprit de démocratie a envahi toutes les cervelles et pénétré jusqu’à nos adversaires les plus avérés ».

Quels sont ces réussites?

Garcia Moreno, avec la république de l’Equateur, Salazar au Portugal, et la démocratie Suisse.

Qu’en est-il de Garcia Moreno ? Il est élu effectivement, agit pendant quelques années, puis meurt assassiné. Tout ce qu’il a réalisé meurt avec lui. La révolution détruit le peu qui a été réalisé. Peut-on vraiment parler de vertu politique ? La vertu est l’habitude d’un bien, un acte vertueux dans un océan de mal ne représente pas la vertu. Que sont les quelques années de pouvoir du président Moreno à l’échelle d’un pays ? Une goutte d’eau dans une rivière de vitriol. On ne peut parler d’habitude politique avec une expérience de quelques années, aussitôt détruite. Si peu d’effets si vite détruits ne constituent pas une vertu. Garcia Moreno prouve plutôt la faiblesse des institutions démocratiques à produire le bien et leur capacité à engendrer le mal.

Et Salazar. Salazar est resté plus de quarante années au pouvoir, plus que la durée d’une génération. Il a réellement marqué le Portugal. On ne peut lui reprocher d’avoir été inefficient. Mais qu’en est-il réellement ?

Voici ce que dit Adrien Loubier, dans son livre « Echec au ralliement », au sujet de ce qui est parfois présenté comme une réussite du parlementarisme.

« Pour obéir au ralliement de Benoit XV, on fonde et on organise au Portugal un grand parti politique, le Centre catholique. Salazar y adhère et comme il est brillant, il est élu député. Il participe alors à une séance de l’assemblée parlementaire. Je dis bien une séance, celle du 2 décembre 1921. Pas deux ! Une seule ! En sortant, il démissionne et rentre chez lui à son université de Coimbra. En une journée il a compris cette évidence que Léon XIII n’était pas fait pour comprendre, et que son disciple Piou n’avait toujours pas compris après quarante ans d’expérience : le parlementarisme, c’est le fondement de la révolution, de la démagogie et du désordre, comme l’autorité est le principe de l’ordre »7.

« Le 12 juin, Salazar est arrivé à Lisbonne où on lui a confié le portefeuille des finances Au bout de cinq jours, il exige le contrôle total de ces dernières (c'est-à-dire les pleins pouvoirs). On les lui refuse. ‘’A quelle heure y-a-t-il un train pour Coimbra ?’’ demande Salazar. ‘’Dans deux heures ‘’, répond un huissier. Salazar prit ce train ».

Il est finalement rappelé au pouvoir, non par une élection, mais par le général Costa, suite à un coup d’Etat. Il obtient les pleins pouvoirs. S’il reste, c’est comme monarque, et non comme élu. Ce qu’il prouve, c’est bien plutôt l’inefficience de toute expérience parlementaire, et la nécessité de quitter le cadre parlementaire pour agir efficacement.

Et la Suisse ?

Il est vrai que la Suisse non seulement existe depuis plusieurs siècles, mais encore qu’elle n’a jamais connu d’homme forts ni de monarque comme Salazar.

Elle existe en fait depuis 1291, date du serment de Grütli. C’est à ce moment une ligue de trois cantons forestiers (Uri, Schwitz, Unterwald, appelés également les « Waldstaetten »), une ligue comme il s’en constitue un peu partout en Europe à l’intérieur du Saint Empire, regroupant des communautés libres qui s’associent pour se défendre, et demandent à bénéficier de l’immédiateté impériale. La seule différence avec les autres ligues, c’est que la ligue Suisse traversera les siècles. Ceci étant, la démocratie directe des premiers cantons est radicalement différente de la démocratie moderne. Elle existe au sein de l’empire dont elle reconnait l’autorité (jusqu’en 1648, date du traité de Westphalie). La notion d’égalité lui est complètement étrangère : il y a dans ces cantons une aristocratie, une bourgeoisie, des paysans libres. Il y a également des grands féodaux, au moins dans les premiers siècles. Le régime officiel de la Suisse est d’ailleurs le patriciat, qui ne sera aboli qu’en 1848.

Gonzague de Reynold, professeur à l’université de Fribourg, rédacteur à la Gazette de Lausanne, auteur réputé qui est à la Suisse ce que Massis est à la France entre les deux guerres, met bien en relief cette différence radicale entre les institutions des premiers cantons fondateurs de la Suisse et la démocratie moderne :

«Il y aurait anachronisme aussi…à parler de démocratie à propos des grands ancêtres : c’est costumer Danton en Guillaume Tell. Pour qu’il y ait démocratie, il faut, au point de départ, individualisme et idée d’égalité. Ce sont deux conceptions parfaitement étrangères au moyen âge en général, aux Waldstaetten en particulier.….. »8.

Le régime officiel de la Suisse est le patriciat, et la singularité de la Suisse réside non dans la démocratie propre aux communautés libres de paysans et villageois à l’origine du serment de Grütli, communautés comme il en existe un peu partout dans le Saint Empire, mais dans l’absence de dynastie : alors que naissent en Europe de grandes unités politiques sous la direction de dynasties (France, Angleterre, Espagne, Savoie, Prusse, etc…), la Suisse ne connait pas de dynastie. Mais cette particularité est un signe et une cause de faiblesse politique qui l’oblige à la neutralité.

Gonzague de Reynold écrit à ce sujet :

« La neutralité perpétuelle n’est pas un idéal, malgré nos efforts pour lui mettre une auréole et en faire une mystique. Elle est le signe d’une faiblesse, d’un renoncement, d’une infériorité. Inutile de nous faire des illusions la dessus »9.

Ce manque d’unité sera un facteur de désordre qui menacera même l’existence du pays. Si en France la providence nous envoie sainte jeanne d’arc pour nous protéger des anglais, Saint Nicolas de Flue est envoyé à la Suisse pour protéger la Suisse contre les Suisse. Il y a la guerre en effet entre les cantons d’origine, ceux qui conservent des institutions politiques peu développés, avec une économie rurale et forestière et ceux plus riches, avec des villes commerçantes, dirigées par un patriciat. Ce sont en effet les cantons ou domine le patriciat qui sont les plus puissants, et ont tendance à supplanter et pressurer les cantons d’origine. La démocratie reste adaptée dans les cantons ruraux, avec le parti des bêtes à corne et le parti des bêtes à pied fourchus, mais dès que la civilisation se développe, avec le commerce, les échanges et les exportations, le régime politique est celui du patriciat.

Cette absence de dynastie, cause de faiblesse et origine de la neutralité suisse, laissera toujours la Suisse sous l’influence de ses grands voisins : on y parle trois langues et pratique deux religions. Gonzague de Reynold écrit à ce sujet :

« Nous sommes déterminés par l’Europe…Il est vain de vouloir échapper aux grands courants qui traversent l’Europe. »10.

Cette influence de l’extérieur est même si importante que lorsque l’Europe bascule à la révolution entre 1789 et 1848, la Suisse suivra la même pente : le patriciat est aboli en 1848.

En fait, la particularité de la Suisse n’est pas d’avoir une démocratie telle qu’il en existe partout aujourd’hui, c’est plutôt d’être en Europe le pays qui a le moins évolué politiquement depuis l’empire romain : le principe des peuples conjurés, de cum-juratio, avoir juré ensemble, d’être uni pour se défende, le principe de peuples associés dans le cadre de l’impérium, est celui qui a produit la pax romana et le destin de la Suisse sera de rester un facteur de paix entre des grands pays trop souvent en conflits. Lorsque la notion d’impérium disparait peu à peu et que l’Europe se reforme en grand ensembles politiques, la Suisse demeure neutre. Le drapeau de la Suisse, même s’il a été choisi à la suite de la révolution de 1848, rappelle cette origine catholique et impériale : l’empereur Robert de Hohenstauffen avait concédé au canton de Schwitz, un des trois cantons conjurés par le serment de Grütli, le droit de porter les couleurs de l’Empire, la pourpre romaine, avec en quartier la croix blanche, celle que Constantin avait mise sur son labarum. C’est ce canton qui a donné son nom et son drapeau à la Suisse. La fête nationale de la Suisse est d’ailleurs le 1er aout, date du serment de Grütli et date de la victoire de Constantin sur Maxence par laquelle l’empire Romain est devenu chrétien suite à la célèbre apparition : In Hoc Signo Vinces. La Suisse porte encore et la pourpre et la croix blanche.

Nous sommes très loin de la démocratie de Robespierre et du drapeau bleu blanc rouge.



La Suisse est née de l’empire et de la pax romana. Son destin providentiel a été d’être un facteur de paix dans une Europe déchirée par les luttes entre les grands pays émergeant après la disparition progressive de l’empire Romain. L’absence de dynastie et d’unité politique, cause de faiblesse, a rendu nécessaire cette neutralité, signe de faiblesse mais aussi facteur de paix entre les grands pays souvent en guerre. Elle n’a pas eu cette vocation internationale qui a été celle de la monarchie Très Chrétienne, cette vocation à être le bras séculier de l’Eglise.

Vouloir aujourd’hui justifier l’utilisation en France d’institutions produites par le siècle des Lumières sous prétexte que la Suisse aurait connu le bien commun avec ce type d’institutions est un anachronisme complet.

C’est ignorer et l’histoire de la Suisse et l’histoire de la France. C’est écarter les faits pour faire table rase du passé.

Non, pas plus la Suisse que Salazar ou Moreno ne peuvent absoudre la démocratie de 1789 de ses tares et de ses vices.

Cela ne suffira sans doute pas à convaincre les « bons sergents de la lutte électorale ».

Si vous leur rappeler aujourd’hui que la pratique des institutions parlementaires et démocratiques a toujours produit le mal depuis qu’ils existent, que même avec une énorme majorité de contre-révolutionnaires, ces institutions ont toujours gardé le sceau de leur origine et de leur fin, celle des droits de l’homme et de la révolution, que jamais une action efficace et durable n’a pu être réalisé par ces moyens, si vous leur rappeler toutes ces vérités, ces bons sergents de lutte électorale vous diront, d’un air entendu, que la politique est l’art du possible, que la monarchie étant impossible, elle est condamnée, que seule l’action dans le cadre des institutions parlementaires est possible, donc seule capable de procurer un bien politique.

Il y a dans ce raisonnement deux erreurs : si la majeure est bonne (la politique est l’art du possible), et en ayant admis que la monarchie soit impossible, il n’en reste pas moins que cette « possibilité » de la lutte électorale à toujours été pour le mal. L’impossibilité de la monarchie ne rend pas la république vertueuse ni même apte à la vertu politique. S’il y a une possibilité des institutions républicaines, une puissance de ces institutions, c’est une puissance au service du mal, et utiliser cette puissance, c’est se mettre au service du mal.

Comme le disait Joseph de Maistre à Tocqueville, « ce n’est parce que le malade ne veut pas du remède que je lui administrerai le poison », si la France ne veut pas de la monarchie, est ce une raison pour l’empoisonner encore plus en apportant à ce vice radical du parlementarisme la caution des contre-révolutionnaires. Non, l’impossibilité de la monarchie n’enlève rien au vice des institutions républicaines, ni au vice de ses fruits, qui seront toujours ceux de la révolution.

Mais pourquoi dire que la monarchie est impossible ? Parce que le peuple n’en veut pas ? C’est encore une fois se placer sur le terrain de l’ennemi, celui de la souveraineté populaire, qui ne correspond à aucune réalité : depuis 200ans, il y a eu bien des changements de régime, et aucun n’est du à un processus parlementaire ni à une volonté populaire. Ce n’est pas la volonté populaire ni le jeu parlementaire qui rendent possible ou impossible les changements de régimes.

Cicéron disait que l’homme politique doit savoir utiliser le « junctura rerum » pour agir, le joint des choses. On pourrait traduire par « concours de circonstances ». Mais la traduction est trop faible. Le joint des choses est plus précis : s’il y a bien des éléments qui dépassent la volonté humaine dans un concours de circonstances, c’est à l’homme néanmoins de trouver ce joint et d’y insérer son action, le junctura rerum n’ignore pas le concours de circonstances mais rappelle la nécessité du travail de l’homme, de son intelligence. Ceux qui ont pris le pouvoir depuis Napoléon jusqu’à Gambetta ont bien su utiliser ce « joint des choses ». Il faut d’abord commencer par ne pas croire aux vertus de la démocratie.

« Rien n’est moins consensuel que la sagesse, il n’y a que l’autorité qui l’impose. Le consensus produit par l’institution n’est donc pas dans la décision de chacun, mais dans le bénéfice que tous retirent de son existence »11.

Etonnante situation de ceux qui affirment vouloir ramener la société vers le règne social de NSJC, et qui commencent par se mettre dans les voies de la Révolution, qui commencent par suivre ceux qu’ils prétendent diriger.

Il est toujours possible d’écarter ces faits, d’ignorer cette histoire des « bonnes assemblées » menant à des désastres, de tronquer l’histoire Suisse ou celle de Salazar, mais écarter les faits, n’est-ce pas le point de départ de la révolution. ?

« Du passé faisons table rase » écrivait Jean jacques Rousseau : c’est ce que font les bons sergents de la lutte électorale lorsqu’ils ignorent l’histoire et les faits. Pour quel objectif ? Pour justifier une participation aux moyens politiques de la révolution, une participation au jeu du parlementarisme.

Ils prennent donc le point de départ de la révolution (écartons les faits), ils prennent son chemin, ses moyens d’action, c'est-à-dire ses institutions : pourquoi s’étonnent-ils alors d’arriver au même endroit, au même but, c’est à dire au progrès de la philosophie des Lumières ?

Non, il n’y a aucun espoir. Il faut désespérer. Désespérer de la bonne république. Mais ce désespoir nécessaire doit avoir pour corollaire un immense espoir dans la restauration des institutions Très Chrétiennes.

Il est vrai que cela est difficile, parce que nous sommes des êtres sociaux et qu’il n’est pas naturel de penser contre ceux qui nous entourent.

Comme le constatait Gonzague de Reynold,

« Il ya un autre héroïsme que celui de la mort : l’héroïsme, plus difficile et rare, de l’intelligence. Cet héroïsme là ne se cultive ni dans les parlements ni dans les conseils. S’il avait velléité d’y croitre, on l’étoufferait dans l’urne électorale. Le problème qui se pose est donc un problème d’intelligence et d’intelligence politique…Ceux qui n’ont pas d’idées …seront nécessairement victimes d’idées fausses.»12.

Joseph de Maistre mettait déjà en garde contre ces idées fausses en 1796 :

« Sachez être royalistes, autrefois c’était un instinct, aujourd’hui ce doit être une science »

Mais la science exige le travail, l’effort, la peine et c’est dans la mesure ou nous saurons les surmonter que nous pourrons agir, là ou nous sommes compétents, là ou la Providence nous a placé.

Comme le constatait Paul del Perugia dans son livre sur Céline :

« La victoire du matérialisme n’est pas que nous vivions dans un athéisme pratique, mais que les points d’appui que la Grâce trouvait dans notre nature aient été ruinés »13.

Si nous voulons vaincre le matérialisme politique et restaurer ce magnifique point d’appui de la Grâce qu’était la monarchie Très Chrétiennes, il faut lutter.

La seule cause qui soit désespérée est celle de la bonne république.

Ceux qui douteraient de l’opportunité du combat ou des chances de réussite, peuvent méditer ces paroles que sainte Jeanne d’Arc adressait à ceux qui doutaient déjà de la légitimité :

« Les hommes d’armes batailleront et Dieu donnera la victoire ».

Batailleront : ce n’est pas du passé, c’est du futur.

Ce n’est pas un conseil, c’est un ordre.









1 Histoire du catholicisme libéral et du catholicisme social en France », Père Emmanuel Barbier, tome 1, 2003, page 321.





2 Histoire du catholicisme libéral et du catholicisme social en France », Père Emmanuel Barbier, tome 1, 2003, page 549.





3 Histoire du catholicisme libéral et du catholicisme social en France », Père Emmanuel Barbier, tome 1, 2003, page 434.





4 Histoire du catholicisme libéral et du catholicisme social en France », Père Emmanuel Barbier, tome 1, 2003, page 551.





5 La république des ducs, Daniel Halévy, 1937, page 304 et sq.





6 La république des ducs, Daniel Halévy, 1937, page 369.





7 Echec au ralliement, Salazar et Benoit XV, 40 ans d’échec à la démocratie chrétienne, Adrien Loubier, page 61.





8 Conscience de la Suisse, Gonzague de Reynold, Edition de la Baconnière, Neufchatel, 1941, page 170.





9 Conscience de la Suisse, Gonzague de Reynold, Edition de la Baconnière, Neufchatel, 1941, pages 40-41.





10 Conscience de la Suisse, Gonzague de Reynold, Edition de la Baconnière, Neufchatel, 1941, page 187.





11« La droite piégée », Y.M. Adeline, Ad usum 1996, page 82.





12 Conscience de la Suisse, Gonzague de Reynold, Edition de la Baconnière, Neufchatel, 1941, pages 53, 259.





13 Paul del Pérugia, in Céline, NEL, 1987, page 15.



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Dernière édition par Mavendorf le Dim 12 Avr - 21:10 (2015); édité 1 fois
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MessagePosté le: Lun 15 Aoû - 08:35 (2011)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Jeu 18 Aoû - 06:32 (2011)    Sujet du message: L'impossible bonne république Répondre en citant

Pour mener le combat contre-révolutionnaire, tel qu’il est présenté, il faut donc bien reconnaître ses ennemis. Après plus de deux siècles de formatage républicain, qui n’est autre que l’application pratique de l’enseignement révolutionnaire, il est donc nécessaire de réformer son intelligence et d’aider, dans la mesure du possible, les autres en ce sens.
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MessagePosté le: Ven 20 Mar - 21:43 (2015)    Sujet du message: L'impossible bonne république Répondre en citant

Il est vrai que si nous oublions que nos ennemis sont redoutables, il nous paraîtra que leurs décisions sont absurdes... mais tout est calculé au point près! Chaque mot est pesé et chaques lois sont là pour nous rappeler que ce n'est pas en faisant comme s'ils n'existaient pas que nous fairons progresser la France et le monde, mais bien en pesant toutes les actions et en cherchant toujours à comprendre la raison de leurs actions...
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MessagePosté le: Dim 12 Avr - 00:57 (2015)    Sujet du message: L'impossible bonne république Répondre en citant

Gédeon écrit de la plume de Mr Bertier et de Mr Halévy:


1)Pourquoi Villèle est-il à notre avis le cas le plus instructif de cette prédominance de l’institution sur l’homme, de cette prédominance de l’institution révolutionnaire sur l’individu contre-révolutionnaire ?

Parce que Villèle est un ultra, catholique et contre-révolutionnaire. Depuis 1815, les ultras réclament des réformes qui leur sont refusées par les ministres libéraux de Louis XVIII (Decazes et Richelieu). Ils arrivent au pouvoir avec Villèle. Depuis plus de dix années, ils réclament la décentralisation contre le carcan imposé par Napoléon, ils réclament les corporations contre le libéralisme du laissez faire laissez passer, cette loi du profit qui est une version moderne de la loi du plus fort et qui réduira en esclavage une partie de plus en plus importante de la population jusqu’à la commune en 1870. Les ultras défendent l’Eglise et ses œuvres. Ce sont des hommes qui n’ont pas hésité à tout sacrifier au service de la monarchie de 1789 à 1815.

Que va donc réaliser l’ultra Villèle un fois au pouvoir ?

Je m’appuierai sur Berthier, contemporain de Villèle, conseiller proche de Charles X. Berthier n’est pas opposé au jeu parlementaire : il proclame au contraire qu’il est impératif de le sauvegarder contre ceux qui voudrait le supprimer. Sa description du ministère de Villèle et du jeu parlementaire est d’autant plus intéressante. J’ai choisi quelques citations ou Berthier évoque l’action du ministère ultra sur les points qui ont toujours constitués les axes majeurs du programme des ultras : la décentralisation, l’économie, le soutien à l’Eglise.


Mais il y a pire : on voit voir ces même hommes rentrer dans le jeu des partis et devenir corrupteurs pour gouverner

Voici ce que dit Berthier sur le jeu des partis (berthier est favorable au parlementarisme)

« Comment expliquer la conduite de Monsieur de Villèle ? Il est difficile de ne pas reconnaitre que dans cette circonstance comme dans beaucoup d’autres, la conservation de son pouvoir ministériel était la première préoccupation de son esprit et l’emportait souvent sur les grands intérêts de la royauté, qu’il ne croyait pas pouvoir être renversée par l’opposition de gauche. Un ennemi de la royauté l’inquiétait beaucoup moins qu’un royaliste capable ne partageant pas toutes ses idées et pouvant arriver au ministère. ……..Là est toute l’explication de la conduite de Monsieur de Villèle, conduite qui contribua peut être à le conserver au ministère plus longtemps, mais qui fut si funeste au principe monarchique………C’est par le même système qu’il laissa subsister les journaux libéraux ou révolutionnaires tandis qu’il absorbait tout les journaux royalistes. Qu’en résultait-il ? Le public, qui soit à la tribune, soit dans les journaux, n’entendait guère qu’une seule voix, celle de l’extrême gauche, fut insensiblement entrainé, séduit et l’opinion fut pervertie. Quand Monsieur de Villèle est arrivé au pouvoir, l’opinion publique était-elle en grande majorité royaliste ? Oui certainement. Quand il quitta le ministère, était-elle encore royaliste ? Non. »On voit bien ici que le résultat de cette menace permanente d’un concurrent sur un ministre en place : ce jeu qui consiste à soutenir contre vos proches les plus éloignés de vos adversaires, afin de créer une menace qui refasse autour de vous l’union de la majorité. Mitterrand fera exactement la même chose avec l’extrême droite en 1981, et ce jeu fonctionne encore.

Sur la corruption, voici ce que dit le même auteur:

Monsieur de Villèle au surplus, ne connaissait guère que la partie inférieure et basse du cœur français il avait recours à toutes les espèces d’appâts pour gagner les députés : intérêts dans les entreprises individuelles, places, traitements, décorations, gains à la bourse, la pairie, puis en quelque sorte l’abandon de l’administration publique en échange des boules en faveur de lois qu’il présentait…

…Ce sont des boules qu’il nous faut me disait un jour monsieur de Villèle. Ainsi ce ministre voyait toute la France dans le vote des chambres qu’il matérialisait autant que possible en mettant de côté les influences morales, en ne comptant pas quelque autre chose que les boules blanches ou noires qui étaient versées dans l’urne, de là ce système peu français et peu honorable de faire ployer les consciences par la crainte des destitutions ou l’appât des honneurs, des places, des gains de bourse et de l’argent même, distribué assure-t-on, de là les persécutions contre d’anciens amis du trône et des noms illustres par leurs talents, leur naissance ou leurs services… Après l’abandon des axes majeurs du programme ultra, voilà ceux qui avaient tout sacrifié devenu des trafiquants plus ou moins honnêtes, corrupteurs ou corrompus, trafiquant leur influence pour accomplir au pouvoir le programme de leurs adversaires.






2)Daniel Halvéy, qui est à mon avis le meilleur historien de la troisième république, relate ainsi cette étrange alliance des républicains avec un empereur et un roi :

« …il fallait manœuvrer et, sans qu’il parut trop, aider les républicains. Une note, datée du 18 juin 1877, est d’une parfaite clarté : « la presse officieuse, recommande Bismarck, devra exercer sur l’électeur français la pression la plus forte qu’il se pourra pour lui persuader que, s’il donne sa voix aux conservateurs, il vote pour la guerre… ». …Souvenons-nous de l’indication tactique donnée par Sarcey : « il ne faut qu’une idée bien nette, bien juste, bien claire, répandue et soufflant à travers les villages, pour établir dans les masses électorales de la campagne un courant d’opinion qui emportera toute les résistances : avec un ministère clérical, on risque d’avoir la guerre avec l’Italie. Veux tu, o paysan, qu’on envoie ton fils se faire tuer ? Vous verrez ce que répondra le paysan français, si la question se pose en ces termes. A Berlin, un puissant compère [Bismarck] va s’employer à la poser ainsi ; telle est la collusion qui s’établit entre Bismarck et les républicains. Sarcey avait raison : la peur de la guerre était un cri électoral très efficace ».


Au jeu de la politique, dans nos temps actuels, ou la frontière de la république s'est dangeureusement rapprochée de la Russie, je dirais que Mr Sarkosy à prit la place de Thiers, et que Mr Poutine, celle de Bismark.

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