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Cardinal de Bérulle

 
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Henryk
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MessagePosté le: Ven 19 Sep - 21:35 (2014)    Sujet du message: Cardinal de Bérulle Répondre en citant



A Londres comme à Paris, les PP. de l'Oratoire observaient scrupuleusement le silence hors des heures de récréation, la gravité dans la démarche, la modestie au réfectoire, où pendant toute la durée du repas on lisait à haute voix la sainte Ecriture : « Ceci joint à la sobriété ordinaire en France, ravit en admiration les gens du «Roi. » Le P. de Bérulle en fit bientôt l'expérience. Les ministres anglicans et surtout des ministres français réfugiés, plus violents et plus fins que les autres , excitèrent par leurs propos indignes contre les prêtres français l'inquiétude du Parlement. Il voulut se rendre compte du genre de vie de ces étrangers, et manda à sa barre le maître d'hôtel qui les servait. Cet homme, grand puritain, d'ailleurs courtois, poly et sincère, répondit à toutes les questions, que jamais il n'avait vu plus gens de bien que ces ecclésiastiques, hormis leur religion, et qu'il serait à souhaiter que tous les ministres d'Angleterre leur ressemblassent. » Puis, racontant leur manière de vivre, il en fit un tableau si flatteur, que les membres du Parlement renoncèrent à adresser au Roi des remontrances au sujet de la maison religieuse de la Reine.







Le Parlement professait sur l'étendue des pouvoirs du prince des doctrines de plus en plus restrictives, tandis que Charles, marchant dans la voie déjà ouverte par les Tudor, et cherchant des modèles sur le continent, rêvait pour le trône d'Angleterre l'autorité absolue qui prévalait en Espagne et en France. Avec le sentiment réfléchi ou instinctif de l'abîme qui se creusait de plus en plus profondément entre le Roi et la nation, l'un inclinant vers le despotisme, l'autre luttant pour la liberté, le Parlement affirma hautement sa prétention d'intervenir en toutes choses, politique extérieure et politique intérieure, religion et finances, conduite du Roi et de ses ministres.
Pour son malheur, Charles avait hérité du favori de Jacques. Il subissait le joug de cet ambitieux insatiable, qui, sachant la pénurie du Roi, ne s'en était pas moins fait donner, outre tous les titres imaginables, des biens représentant une valeur de plus de sept millions. Vain , égoïste, sans souci des intérêts de son pays, sans vues politiques, le duc de Buckingham ne songeait qu'à éblouir les femmes par le luxe de ses ajustements, qu'à écraser ses rivaux par l'étalage de sa puissance. D'une maladresse que lui cachait son orgueil, d'une fatuité qu'aucun obstacle n'arrêtait, il avait trouvé le moyen, durant son court séjour en France, de s'attirer la haine de Richelieu et de faire à Louis XIII lui-même une de ces blessures que rien ne guérit. En Angleterre il était abhorré, et le Parlement ne pouvait plus supporter un homme qu'on rendait responsable de toutes les fautes du règne précédent et dont le pouvoir semblait grandir encore sous le faible Charles Ier.


A une opposition si menaçante, il fallait faire des concessions. Buckingham n'en trouva pas de plus naturelle que de flatteries vieilles passions du peuple anglais en lui abandonnant les catholiques, sans souci des traités dont la signature était fraîche encore, et en décourageant les Français qui avaient accompagné la nouvelle Reine. Par cet expédient lâche, mais commode, il se vengerait, pensait-il, de la froideur que lui témoignait Henriette, forcerait Richelieu à compter avec lui et amènerait les choses à ce point que, pour rétablir la paix, il serait nécessaire de le renvoyer lui-même à cette cour de France , où il avait laissé des souvenirs exagérés encore par l'imagination intéressée et coupable de la duchesse de Chevreuse.
Le P. de Bérulle eut bientôt compris les desseins de Buckingham. Sa tristesse fut extrême, et la nécessité de se séparer de ses confrères l'augmenta encore.
Les ravages de la peste en Angleterre s'étendaient de jour en jour.





Le P. de Bérulle, avec le P. de Harlay, le P. Viette et le confrère Chevreux, accompagnait la Reine. Buckingham les suivit de près. Exaspéré de voir Henriette ne point rechercher sa protection, et oubliant tout ce qu'il devait non-seulement à une femme jeune et étrangère, mais encore à l'épouse de son Roi, il lui déclara que Charles ne pouvait plus supporter la manière dont elle vivait avec lui, que si elle ne changeait volontairement, il faudrait bien qu'elle le fît de force, et qu'elle se rendrait la plus malheureuse femme de l'univers. Je reconnais bien que vous me faites mauvais visage, mais je ne m'en soucie guère, ajouta-t-il insolemment; car j'ai pour moi la bonne volonté de mon maître. L'outrage était grand : Henriette sut se contenir et répondit avec dignité au favori.



Mais quel ne fut pas son étonnement lorsqu'elle vit le lendemain le duc de Buckingham se présenter devant elle, et, dans l'espoir sans doute qu'intimidée par la scène de la veille, elle n'oserait le refuser, la supplier d'accepter sa femme, sa sœur et sa mère pour dames du lit. Henriette répliqua que la feue reine d'Angleterre n'en avait que deux, qu'elle en avait amené trois de France, de quoi elle voudrait bien se contenter, que néanmoins elle remettait cette affaire aux ambassadeurs de France, MM. de Chevreuse, de la Ville-aux-Clercs et d'Effiat.


Ne doutant de rien, Buckingham se rendit aussitôt chez MM. de Chevreuse et d'Effiat; il leur exposa avec emphase les prétendus services qu'il pouvait rendre à la reine d'Angleterre, et n'eut pas de peine à convaincre les deux ambassadeurs. La duchesse de Chevreuse, dont la conduite à Londres était un scandale, avait plus de souci de plaire au duc de Buckingham qu'à la fille de Henri IV, et intriguait auprès de son mari pour qu'il favorisât les prétentions du grand amiral d'Angleterre. Quant au marquis d'Effiat, il avait donné, lors de sa première ambassade auprès de la cour de Saint-James, de telles preuves de faiblesse, que le favori n'avait point à le redouter.





Quoique les instructions remises aux trois ambassadeurs leur fissent un devoir de se concerter ensemble, M. de la Ville-aux-Clercs n'avait point été prévenu. Il se douta néanmoins qu'on ourdissait quelque intrigue en dehors de lui, et faisant semblant de savoir ce qu'il ignorait encore » il s'adressa à Gordon , un Écossais vendu à Buckingham, et lui dit qu' on connaîtrait particulièrement quelle avait été leur intention. Gordon conclut de ces mots que MM. de Chevreuse et d'Effiat avaient fait confidence du secret à M. de la Ville-aux-Clercs, et il lui découvrit tout le mystère. Celui-ci, indigné du procédé dont on usait envers lui, courut chez M. de Chevreuse : « Votre qualité vous fera peut-être éviter la Bastille, mais il faudra que nous y allions M. d'Effiat et moi, lui dit-il. Vous n'avez pu ni dû vous engager à mon insu à faire une chose de cette conséquence, qui infailliblement déplaira beaucoup à Leurs Majestés. Je ne prétends pas jouer la comédie.
Vous n'avez donc qu'à voir lequel vous aimez le mieux, ou de tenir la parole que vous avez donnée à Buckingham, ou bien de satisfaire à votre devoir. Si vous y manquez, je vais dépêcher sur-le-champ un courrier au Roi pour l'avertir de ce qui s'est passé.
Étonnés de cette sortie vigoureuse, MM. de Chevreuse et d'Effiat s'accusèrent mutuellement; mais ils durent céder. D'ailleurs M. de la Ville-aux-Clercs n'était pas seul à lutter.  Dans l'Instruction de M. le Bérulle, représenta non moins énergiquement quel scandale ce serait pour les catholiques, quelle offense pour le Saint Père, quel péril pour la Reine de placer des femmes si huguenotes auprès d'elle dès son premier abord en Angleterre. Le duc de Chevreuse, intimidé, ne reparla plus de sa promesse à Buckingham, ce qui exaspéra ce dernier. Le poids de sa colère retombait toujours sur la Reine.







Tout pour le P. de Bérulle était à cette triste cour un sujet de peine. Dans ces campagnes si riches, si belles sous leur riante et vigoureuse végétation, ses yeux n'étaient frappés que par les abbayes en ruine, les temples profanés, la vue d'un peuple qui, quatre-vingts ans à peine après sa rupture avec l'Église, avait oublié tous ses bienfaits, et, docile aux calomnies des ministres , nourrissait contre elle une haine implacable. Il se demandait avec angoisse quels fruits les catholiques pouvaient se promettre d'une alliance dont on éludait effrontément dès le début les clauses les plus solennelles.



Cette fille de France, si pleine de charmes, si digne, malgré des défauts dont son âge seul était responsable, de porter une couronne, n'avait-il contribué à en faire une Reine que pour vouer à la douleur ses jeunes années, peut-être sa vie tout entière? Qu'allait-elle devenir seule et sans défense en une terre qui a plus d'orages et de tempêtes que la mer Océane qu'elle avait laissée en passant le détroit? » Elle lui apparaissait, ce sont ses propres paroles, comme un lys entre les épines et non entre les roses , ainsi qu'il l'avait espéré, et son cœur et sa foi s'unissant pour aggraver sa peine, il ne pouvait plus regarder sans pleurer la fille de Henri IV.
Pour la consoler, il lui parlait un langage qu'elle entendait, celui de la piété chrétienne. Elle souffrait comme catholique et comme fille de France; il voulut lui montrer, sur cette terre si chère, une âme dont elle pût admirer la grâce et imiter la fidélité. Le mois de juillet, où l'on se trouvait alors, ramenait la fête de sainte Madeleine, dont journellement, d'ailleurs, le P. de Bérulle invoquait le secours. Il eut donc la pensée d'entretenir sa royale pénitente des ineffables condescendances du Seigneur Jésus pour la sœur de Marthe et de Lazare. Henriette fut si touchée des discours de son confesseur qu'elle lui demanda de les mettre par écrit. C'était un ordre auquel le P. de Bérulle se hâta d'obéir. Quelques jours lui suffirent pour rédiger ses Élévations à Jésus-Christ sur sainte Madeleine.


Extraits de l'ouvrage de l'abbé Houssaye: Le cardinal de Bérulle et le cardinal de Richelieu.


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MessagePosté le: Ven 19 Sep - 21:35 (2014)    Sujet du message: Publicité

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