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Petit rappel platonicien

 
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Minervalis
Baron

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MessagePosté le: Mer 14 Jan - 21:31 (2015)    Sujet du message: Petit rappel platonicien Répondre en citant

Ce texte, tiré de "La république", a près de 2500 ans... Appréciez comme il résonne aujourd'hui...

Au troisième degré de décadence correspond la démocratie. Elle est le produit des mêmes facteurs que l’oligarchie, mais portées, si l’on peut dire, à une plus haute puissance. L’opposition entre riches et pauvres grandit chaque jour, sans que la classe dirigeante, uniquement soucieuse de s’enrichir, se préoccupe d’en conjurer les redoutables effets. Bientôt les « bourdons armés d’aiguillons » – gens accablés de dette ou notés d’infamie – prennent la tête du peuple et l’incitent à la révolte. Ils espèrent à la faveur d’une révolution politique, rentrer en possession des biens qu’ils ont dissipés, ou faire oublier la honte qui s’attache à leur nom (note : les « bourdons » sont les citoyens ruinés que la classe dirigeante a exclu de son sein).
La plupart, quoique pervertis, sont bien doués et savent exploiter habilement les passions populaires. En face d’eux les oligarques, efféminés par une vie sans noblesse, n’inspirent plus que du mépris. L’état de tension créé par le sourd antagonisme de ces deux classes ne saurait se prolonger longtemps. Au moindre choc éclate la lutte qui aboutira à l’établissement de la démocratie. [...].

Quels sont, maintenant, les caractères de ce gouvernement issu de la guerre ou de la sédition ? Il ne peut prétendre à rien moins qu’à l’unité, puisqu’il est un composé des institutions les plus diverses et les plus inconciliables. On en donnera une assez juste idée en le représentant comme une sorte de « bazar des constitutions » où l’amateur n’a que l’embarras du choix. On le comparera encore à ces vêtements bigarrés qui font la joie des femmes et des enfants, mais que les hommes de goût trouvent ridicules. Et ce sera le montrer sous son jour le plus favorable, car si cette variété, cette riche polychromie, est un défaut aux yeux du philosophe, elle ne manque pas de charme pour l’artiste qui se complaît dans le domaine des apparences.
Mais l’examen nous découvre une réalité beaucoup moins séduisante : il est de l’essence de la démocratie d’accorder aux citoyens une trop grande liberté qui dégénère fatalement en licence. Quel ordre, en effet, demeure possible lorsque toute contrainte est abolie, lorsque les règles morales sont abandonnées au jugement du premier venu, qui les adopte ou les rejette selon les exigences de son humeur ou des desseins qu’il a formés ? Comment, d’autre part, se montrerait-on sévère à l’égard des criminels, quand on compte sur l’indulgence publique pour obtenir le pardon de ses propres crimes ? Dans l’État populaire la sanction d’une faute n’est point proportionnées à sa gravité, mais, en raison inverse, au sentiment de commisération que le coupable sait inspirer à ses juges. D’ailleurs, même frappé par une juste sentence, ce coupable, pour peu qu’il soit habile, échappe à la peine encourue. Condamné à l’exil, par exemple, il reste dans sa patrie et s’y montre en public sans qu’on le remarque, « comme un héros, doué du pouvoir de se rendre invisible ».
Pour accéder aux plus hautes fonctions, point n’est besoin d’y avoir été préparé par de longs travaux, d’avoir profité des bienfaits d’une éducation excellence, et de s’être exercé, dès l’enfance, à la pratique de toutes les vertus. A l’homme qui entre dans la carrière politique on ne demande pas de fournir la preuve de sa science et de sa sagesse, non plus que de l’honnêteté de son passé. Il suffit, pour qu’on lui fasse confiance, qu’il affirme son dévouement à la cause du peuple. Car c’est un esprit « large et point vétilleux » qui règne dans cet État où l’on se contente de vagues promesses sans chercher à savoir si celui qui les formule est capable de les tenir ! C’est aussi un esprit « doux » qui, par aversion pour toute hiérarchie légitime, proclame l’égalité d’éléments par nature inégaux.
Pareil esprit caractérise l’homme démocratique. Cet homme est généralement le fils d’un oligarque, lequel lui inculque de bonne heure le sens de l’épargne et de la parcimonie. Habitué à ne satisfaire que les désirs nécessaires et profitables, il maîtrise d’abord les désirs superflus – que l’on pourrait appeler prodigues puisqu’ils sont presque toujours nuisibles et coûteux. Mais un jour il se laisse séduire par les avances des bourdons et goûte de leur miel dangereux. Dès lors ses instincts contenus trouvent de puissants alliés dans ces insectes ardents et terribles, et la sédition s’élève en lui et le déchire. Bien que ses sentiments oligarchiques reçoivent le secours des avertissements et des conseils donnés par les parents et les proches, l’issue de ce conflit intérieur n’est point douteuse. Et le moment ne tarde pas à venir où « à ces sages ambassadeurs envoyés par de sages vieillards il ferme les portes de l’enceinte royale de son âme ». Dans cette acropole, les désirs prodigues régneront désormais sans frein ni loi. Ils en chasseront toutes les vertus – d’autant plus facilement qu’elles n’y sont point sous la garde de la science – et les couvriront d’outrages, nommant la pudeur simplicité, la tempérance faiblesse, la modération rusticité. Et à leur place, ils introduiront « brillantes, suivies d’un chœur nombreux et couronnées » l’insolence, l’anarchie, la licence, l’effronterie, qu’ils loueront et décoreront des beaux noms de politesse, de liberté, de magnificence et de courage.
La métamorphose est alors terminée. Le jeune homme n’éprouve plus de honte à vivre dans la société des bourdons. Avec eux il a perdu le sens de l’ordre et de l’honneur. Toutes choses deviennent égales pour lui : bien et mal, vertus et vices, plaisirs nobles et plaisirs bas. Privé de commande ferme – comme l’État populaire – il se livre tout entier à la tentation du moment, au désir qui le sollicite, au vain caprice qui l’entraîne. Esclave de ces maîtres innombrables, il est, au plein sens du mot, l’homme démocratique : frivole, léger, incapable de logique dans la délibération et de persévérance dans l’effort. Sa vie, qu’il estime libre et heureuse, offre en réalité le spectacle d’une décevante anarchie. Et sans le savoir, il tisse la trame des maux qu’il redoute le plus.


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MessagePosté le: Mer 14 Jan - 21:31 (2015)    Sujet du message: Publicité

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FLF_BZH
Modérateur

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Inscrit le: 19 Mar 2012
Messages: 1 758
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Masculin

MessagePosté le: Mer 14 Jan - 22:23 (2015)    Sujet du message: Petit rappel platonicien Répondre en citant

Effectivement, deux millénaires et demi et tellement contemporain pour autant dans l'idée.
_________________
http://www.royalistesbretons.fr/


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Henryk
Administrateur

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Inscrit le: 12 Juil 2011
Messages: 3 609

MessagePosté le: Jeu 15 Jan - 16:51 (2015)    Sujet du message: Petit rappel platonicien Répondre en citant

La république de Platon, ou son discours sur cette constitution, n'est pas très juste vis à vis de l'époque ancienne. C'est un schéma, à peu près juste, de bouleversements (votes, guerres, famines,  qui peuvent atteindre la cité, et des réponses raisonnées à apporter à ces problèmes.

Il faut considérer que celle-ci, engageait les citoyens de tous âges au service de la cause commune, de quelques dizaines de milliers de personnes. Il n'y avait aucune organisation religieuse, digne de ce nom, et correspondait à une hiérarchie religieuse plus ou moins solide, suivant les époques.

Par opposition au Royaume d'Israël, la raison guidait l'idéal.


La souveraineté du peuple... Tout le monde est le peuple : hommes, femmes, enfants; et la part de souveraineté de chacun demeure intacte envers et contre tous. Qu'importe le suffrage universel? qu'importent les majorités, l'unanimité même? qu'importe la loi? Si ma souveraineté décide le contraire, aura-t-on le droit de me contraindre? Je décide que tous ont tort, moi seul ai raison. Eussé-je moi-même hier, collaboré à la loi, ma souveraineté la trouve mauvaise aujourd'hui, je la rejette ou m'insurge. L'insurrection permanente, le chaos, voilà le peuple souverain ; nous l'avons vu à l’œuvre. On l'a dit avec vérité : Ce n'est pas la république qui fait défaut à la France, elle s'offre au contraire avec acharnement; mais la France fait toujours défaut à la république. La répulsion est invincible; messieurs les démagogues sont pour notre pays l'objet d'une terreur trois fois justifiée. « La démocratie, c'est l'orgueil, le luxe et l'envie », a dit Bossuet, et l'on connaît les envies de la démagogie.



Tous les républicains ne sont certainement pas de malhonnêtes gens, mais tous les malhonnêtes gens se disent républicains, et plus ils se rapprochent du bagne, surtout s'ils y sont entrés, plus ils sont républicains ardents. Nulle part la Marseillaise n'est vociférée avec autant d'amour que dans les prisons et les mauvais lieux. Jamais on ne voit se pavaner autant de figures sinistres, jamais autant de forçats, libérés ou non, n'arrivent aux honneurs et aux profits qu'en temps de république. Le général X réclamait avec insistance auprès du ministre républicain Y le changement d'un préfet: « Oui, mais il est si difficile de trouver un bon préfet Z républicain ! » répliquait le ministre.



« Tenez-vous en garde contre l'entraînement révolutionnaire, écrivait Washington à son ambassadeur Jefferson, le jacobinisme français passé ou futur est le plus grand ennemi de l'ordre, l'obstacle le plus direct au progrès du bien commun. »



La République ne se maintient en France qu'autant que les républicains n'y paraissent pas. Eux-mêmes sont forcés de reconnaître qu'ils sont le principal obstacle à son établissement ; dès qu'ils se croient assez forts pour se montrer, tout tombe dans la torpeur, le sang de la France se refoule, avant de couler par toutes les plaies qu'ils ouvrent; et bientôt la terreur provoque une réaction qui les renverse. C'est ainsi qu'ils finiront cette fois encore dans l'avenir; fasse le ciel que ce soit sans de terribles déchirements! La théorie républicaine séduisante et sa pratique désastreuse ont été justement représentées par l'Amérique, sous la forme d'une femme à la face avenante et belle, mais finissant en queue d'un serpent venimeux.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 05:27 (2016)    Sujet du message: Petit rappel platonicien

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