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Le massacre de Jaffa (mars 1799)

 
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Turenne
écuyer

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MessagePosté le: Mar 28 Avr - 17:57 (2015)    Sujet du message: Le massacre de Jaffa (mars 1799) Répondre en citant


Caricature anglaise de l'évenement


L'événement qu'on va raconter a été enseveli long-temps dans un silence profond . La puissance redoutable de Buonaparte , la terreur qu'inspiroit son caractère cruel et vindicatif , ne permettoient pas de le révéler ; mais l'inexorable histoire n'admet point ces timides ménagemens , et puisque l'armée française a été assez malheureuse pour avoir à sa tête un homme capable d'ordonner de sang froid le massacre de quatre mille malheureux sans armes et sans  défense , ayons le courage de faire connoître cet horrible forfait .


Les prisonniers d'El-Arish , qu'on avoit promis de renvoyer à Bagdad , étoient encore au camp . Ils formoient , avec les prisonniers de Jaffa , un corps de quatre à cinq mille hommes ; leur mort fut résolue . Mais , avant de les conduire au lieu de leur supplice, Buonaparte les fit rassembler et les inspecta , dans l'intention d'épargner ceux qui appartenoient aux villes qu'il avoit intérêt de ménager . Parmi eux étoit un vieux janissaire dont l'âge et le maintien noble fixèrent ses regards : " Vieillard , " lui dit-il brusquement , " que faisiez-vous ici ? ". " Ce que vous y faites vous-même " , répondit  intrépidement le vieux soldat ; " vous servez votre sultan , je servois le mien . " Auprès d'un homme généreux , la fierté même de cette réponse êut sauvé celui qui la faisoit ; le janissaire resta dans les rangs . De quelque secret qu'on êut cherché à couvrir cette funeste détermination , le bruit s'en étoit répandu dans l'armée , et tenoit tous les esprits dans l'attente .
Le 10 mai , ces malheureux eurent ordre de se rendre sur les bords de la mer : ils étoient entourés d'un vaste bataillon carré , formé des divers corps de la division du général Bon . Il faut suivre le récit d'un témoin oculaire :
"Cette colonne de malheureuses victimes ", dit M . Miot , " marchoit en silence et pêlemêle ; prévoyant déjà leur destinée , ils ne versoient point de larmes ; ils étoient résignés . Quelques blessés ne pouvant suivre leurs camarades , furent tués en route à coups de baionnette . Lorsqu'ils furent arrivés dans les dunes de sable au sud-ouest de Jaffa , on leur fit faire halte auprès d'une mare d'eau jaunâtre . Alors l'officier qui commandoit les troupes fit diviser la masse par petites portions , et ces pelotons , conduits sur plusieurs points différents , furent fusillés . Cette horible opération demanda beaucoup de temps , malgré le nombre des troupes réservées pour ce funeste sacrifice ; car , je dois le dire , elles ne se prêtoient qu'avec une extrême répugnance au ministère abominable qu'on exigeoit de leurs bras victorieux . Près de la mare étoit un groupe de prisonniers parmi lesquels , au milieu de plusieurs vieux chefs , au regard noble et assuré , on remarquoit un jeune homme dont le moral étoit fortement ébranlé . Dans un âge si tendre , il devoit se croire innocent , et ce sentiment le porta à une action qui parut choquer ceux qui l'entouroient . Il se précipita aux genoux de l'officier qui commandoit les troupes françaises , et lui demanda la vie en s'écriant : De quoi suis-je coupable ? quel mal ai-je fait ? Les larmes qu'il versoit , ses cris touchant furent inutiles . A l'exception de ce jeune homme, tous les autres Turcs firent avec calme leur ablution ; puis se prenant la main , ils donnoient et recevoient un éternel adieu . On voyoit dans leurs traits cette confiance que leur inspiroient la religion et l'éspérance d'un avenir heureux . Je vis un viellard respectable dont le ton et les manières annonçoient un grade supérieur , je le vis faire creuser froidement devant lui , dans le sable mouvant , un trou assez profond pour s'y enterrer vivant . Il s'étendit sur le dos dans cette tombe tutélaire et douloureuse , et ses camarades , après avoir adressé leur prière à Dieu , le couvrirent de sable , et trépignèrent ensuite sur cette terre de deuil , dans l'idée d'avancer le terme de ses souffrances .


Ce spectacle , qui fait palpiter mon coeur , et que je peins encore trop foiblement , eut lieu pendant l'éxecution des pelotons répartis dans les dunes .Enfin il ne restoit plus de tous les prisonniers que ceux qui se trouvoient près de la mare . Nos soldats avoient épuisé leurs cartouches . Il fallut frapper ceux-ci à la baionnette et à l'arme blanche . Je ne pus soutenir cette horrible vue . Je m'enfuis pâle et prêt à défaillir . Quelques officiers me rapportèrent , le soir , que ces infortunés cédant à ce mouvement irrésitible qui nous fait éviter le trépas ,  même quand nous avons perdu l'espérance de lui échapper , s'élançoient les uns sur les autres , et recevoient dans les membres les coups dirigés vers le coeur . Il se forma ainsi ,  puisqu'il faut le dire , une pyramide effroyable de morts et de mourans dégouttans de sang , et il fallut retirer les corps déjà expirés pour achever les malheureux qui , à l'abri de ce rempart affreux , épouvantable , n'avoient point encore été frappés .Ce tableau est exact et fidèle , et le souvenir fait trembler ma main , qui n'en rend point toute l'horreur ."
Ainsi se termina cette effroyable exécution , à laquelle le général Kléber opposa vainement de courageuses remontrances . Le soldat lui même en eut horreur , et l'officier de l'état-major , qui remplaçoit le général Bon , alors absent , refusa d'exécuter l'ordre , à moins qu'il ne fut écrit  . Mais Buonaparte étoit trop habile pour se compromettre à ce point : il envoya , dit un écrivain anglais ( Robert Thomas Wilson ) , son fidèle compagnon d'armes Berthier auprès de l'officier , qui céda .
Pendant cette scène de carnage , il étoit sur une hauteur avec un télescope , observant ce qui se passoit . A la première décharge de la mousqueterie , il ne put cacher sa joie , car il craignoit vivement que l'armée ne refusât d'obéir . Elle n'eut point ce courage .
Lorsqu'en 1802 , le lieutenant colonel Wilson publia ces faits , l'Europe resta étonnée et incertaine  . On demandoit les preuves d'une aussi odieuse accusation . Aujourd'hui ces preuves sont acquises ; les amis mêmes de Buonaparte ne nient point cet indigne massacre ; mais ils essayent de le justifier .
" L'armée , disent-ils , déjà affoiblie par les pertes qu'elle avoit faites à El-Arish et à Jaffa , l'étoit encore par des maladies dont les ravages devenoient de jour en jour plus effrayans ; elle avoit peu de vivres . Il étoit important pour elle de ne pas révéler à l'ennemi le secret de sa situation . Nourrir les prisonniers de Jaffa , c'étoit affamer l'armée française ; les renfermer dans la place , c'étoit s'imposer la nécessité de tirer de l'armée un détachement considérable , et la compromettre en l'affoiblisant . Les laisser libres sur leur parole , c'étoit les envoyer grossir les rangs ennemis : tout faisoit donc une cruelle nécessité de s'en défaire . Enfin , si les comdamner à la mort étoi un parti cruel , ou pouvait s'autoriser de l'exemple de Richard Coeur-de-Lion , qui fit , en semblable cas , massacrer cinq mille Sarrasins . Mais il est facile de répondre à ces allégations . D'abord , il n'est point vrai que l'armée manqûat de vivres , et , pour le prouver , il suffit de citer les pièces officielles publiées par Buonaparte lui-même . Ce général , dans son rapport au Directoire , sur les premières opérations de Syrie , dit : " Nous avons trouvé à El-Arish trois cents chevaux , beaucoup de biscuit et de riz . Gaza nous a fourni quinze milliers de poudre , beaucoup de munitions de guerre , et plus de deux cent mile rations de biscuit , une grande quantité d'orge .



Nous couchâmes le 11 à Ramleh ; l'ennemi l'avoit évacué avec tant de précipitation , qu'il nous laissa cent mille rations de biscuit , beaucoup plus d'orge , et quinze cents outres , que Dgezzar avoit préparées pour passer le déssert . Nous avons trouvé à Jaffa plus de quatre cent mille rations de biscuit  , deux mille quintaux de riz et quelques magasins de savon . Plusieurs bâtiments sont venus de Saint-Jean d'Acre avec des munitions de guerre et de bouche . Ils ont été pris dans le port . " Avec des ressources aussi abondantes , on pouvoit donc nourrir les malheureux prisonniers , sans craindre d'affamer l'armée française . Il n'est point vrai que cette armée fût affaiblie par les pertes qu'elle avoit faites à El-Arish et à Jaffa . Le siége d'EL-Arish n'avoit coûté que quelques hommes tués par les boulets qui ricochoient ; le général Berthier porte à trente le nombre des soldats tués à Jaffa , et à deux cents le nombre des blessés . Le rapport de Buonparte au Directoire n'établit pour les deux siéges qu'une perte de cinquante hommes tués et deux cents blessés . L'incorporation des Maugrabins dans les rangs français compensoit , et beaucoup au-delà , cette perte d'hommes . Il est constant qu'un fléau contagieux , semblable à la peste , se manifesta dans l'armée peu de jours après la prise de Jaffa . La plupart de nos historiens l'attribuent à l'imprudence du soldat , qui , dans le pillage , se chargea de dépouilles infectées de miasmes pestilentiels . Mais le célèbre docteur Assalini , auquel nous devons un excellent traité sur la peste , assure que cette horrible contagion n'exerça ses ravages que trois jours après le massacre des prisonniers de Jaffa . Les cadavres de ces malheureux entassés sans sépulture sur un sol chaud et humide , se corrompirent subitement , et répandirent dans le camp une horrible infection , qui moissonnoit tous les jours un grand nombre de soldats et d'officiers . Plus d'un an après , on les montroit encore aux voyageurs , et l'on ne pouvoit les confondre avec ceux qui périrent à l'assaut , car le champ de cette boucherie est à plus d'un mille au sud-ouest de la ville . Buonaparte fut donc unitilement cruel , puisqu'il pouvoit ou nourrir ces prisonniers , ou en incorporer une partie dans son armée , en renvoyer quelques-uns dans leur pays , et quelques autres en Egypte .




Cette carte de la ville de Jaffa vous permettra de localiser les différents lieux évoqués dans le texte ci-dessus (Cette carte fait partie d'un ensemble rare de 54 cartes topographiques de l'Egypte faites visiblement par des cartographes qui accompagnaient l'expédition d'Egypte et qui ont été publiées dans un ouvrage à la restauration . Pour un passionné de cartographie, c'est un vrai trésor, si quelqu'un est intéressé ...
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" Si les Français m'appellent je ne me déroberai pas " Louis XX


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MessagePosté le: Mar 28 Avr - 17:57 (2015)    Sujet du message: Publicité

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Henryk
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 12 Juil 2011
Messages: 3 609

MessagePosté le: Sam 2 Mai - 10:35 (2015)    Sujet du message: Le massacre de Jaffa (mars 1799) Répondre en citant

Merci, Turenne, pour ce vaccin de rappel. 
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Jean François Vion
Chevalier

Hors ligne

Inscrit le: 05 Jan 2014
Messages: 142
Localisation: Languedoc
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MessagePosté le: Mar 12 Mai - 10:35 (2015)    Sujet du message: Le massacre de Jaffa (mars 1799) Répondre en citant

Quoi d'étonnant, dans cette cruauté gratuite, de la part de l'assassin de monseigneur le Duc d'Enghien ?
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Pro Deo, pro Patria , pro Regem


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 06:47 (2016)    Sujet du message: Le massacre de Jaffa (mars 1799)

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