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Profanation et dévastation de l'église de Notre-Dame des Victoires...

 
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Henryk
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MessagePosté le: Jeu 28 Mai - 15:49 (2015)    Sujet du message: Profanation et dévastation de l'église de Notre-Dame des Victoires... Répondre en citant

...par les fédérés de la Commune, en mai 1871.
Mais d'un autre côté, c'est une page douloureuse dans les annales de l'Eglise catholique aussi bien que dans celles de la patrie; il est important de signaler ces faits, de les conserver à la postérité et de montrer, preuves en mains, comment les prétendus libéraux, les libres-penseurs qui réclament si bruyamment leurs privilèges.

La Commune s'était établie au nom de la liberté, de l'égalité et de la fraternité; mais elle avait en même temps organisé l'arrestation arbitraire, les réquisitions forcées, les condamnations à mort. Le vol, le brigandage et le meurtre étaient à l'ordre du jour. Le clergé surtout fut le privilège de concentrer sur lui la haine de la Commune, cela devait être. Les curés des paroisses de Paris plus directement menacés durent, pour la plupart, se soustraire aux recherches des fédérés et se dérober par la fuite à l'arrestation qui les menaçait.

Avant son départ on voulut encore insister près de lui, sur l'imprudence qu'il y avait de cacher le trésor dans l'église ; M. le curé d'autant plus confiant que, lui parti, le sanctuaire devait être plus en sûreté, persuadé d'ailleurs que la cachette où il avait déposé lui-même les objets précieux était introuvable, et que le secret en serait gardé, défendit que l'on changeât rien à ses ordres et à ses dispositions. Hélas! combien sa confiance et sa foi si admirables devaient être cruellement trompées!

Cette cachette était le caveau, dit de Lully, creusé sous la chapelle dédiée autrefois à Saint Jean-Baptiste, et destinée par M. Chanal depuis trois années au Sacré-Cœur de Jésus. Les objets précieux étaient enfouis au pied des marches.

M. le curé parti, les vicaires, qui avaient reçu à la hâte ses dernières instructions, firent enlever les ornements de drap d'or et de velours, en un mot toutes les chapes, les chasubles et les dalmatiques qui avaient de la valeur et les confièrent à quelques personnes sûres et dévouées. C'est ainsi que seuls, ces ornements échappèrent à la rapacité communarde.


Le mercredi 17 mai, veille de l'Ascension, vers quatre heures trois quarts de l'après-midi, au moment où éclatait la poudrière de l'avenue Rapp, le 159e bataillon des fédérés, précédé par le citoyen Le Moussu, commissaire central de police, débouche, musique en tète, sur la place des Petits-Pères. En un instant l'église est cernée et toutes les issues en sont gardées. L'exercice du mois de Marie touchait à sa fin ; le prédicateur, M. l'abbé Le Rebours, terminait son instruction. Les fédérés n'osant pas interrompre le service divin, la bénédiction du très saint Sacrement fut donnée, et M. l'abbé Du Caurroy reporta le saint Sacrement à la sacristie afin de le sauver de la profanation. On voulait consommer les saintes Espèces, mais après quelques instants de réflexion, on les renferma dans un corporal préparé à l'avance en cas d'événements majeurs, et M. l'abbé Delacroix, escorté de M. le docteur Guibout, les porta à l'église de Saint-Roch.

L'office était à peine achevé, le tumulte commence; un des fédérés monte aux orgues, d'où il veut dire quelques paroles qu'on ne peut entendre; un autre se met à fumer sa pipe, on veut le faire cesser; les réclamations des fidèles, les blasphèmes des fédérés, les interpellations diverses, le bruit des armes qui résonne sur la dalle, tout donne à cette scène de tumulte un caractère indescriptible.


Toute l'église avait, été passée en revue, les armoires ouvertes et fouillées, toutes les pièces attenant à l'église visitées, et l'on n'avait pu découvrir aucune trace d'armes, ni de dépôt de poudre; car, selon leur dire, les fédérés n'étaient venus que pour faire une perquisition. Bien que l'arme de défense et la lettre trouvées sur M. l'abbé Amodru, eussent déterminé l'arrestation de M. l'abbé Du Gaurroy et de MM. Guibout et de Benque, on pouvait peut-être encore conserver l'espoir que l'église ne serait pas profanée davantage : quand tout à coup une voix avinée s'écrie : « Sondons les murs, il y a ici des trésors cachés, j'en suis sûr, on me l'a dit, ils doivent être dans un caveau. » Hélas! cela n'était que trop vrai! Alors on envoya chercher des pelles et des pioches, et l'on se mit à sonder et à creuser partout. Les fédérés ouvrirent tous les caveaux, violèrent les sépultures et amenèrent au jour les ossements des anciens religieux et des nobles familles, ensevelis dans l'église depuis sa fondation. Ils avaient une arrière-pensée dans cette exhumation sacrilège, nous le verrons plus loin. Arrivés au caveau de Lulli, ils découvrirent la cachette. Ce fut avec des cris et des hourras de joie, que ces vandales virent apparaître au jour les calices et les ciboires enrichis d'émaux et de pierres précieuses, le grand et magnifique ostensoir en vermeil, les deux diadèmes en or que le Saint-Père avait donnés pour le couronnement de la statue de Notre-Dame des Victoires, deux couronnes en vermeil, ornées de nombreuses améthystes, données par la marquise de Wellesley, vice-reine d'Irlande, deux autres couronnes en or massif offertes récemment, une quantité de bracelets, de bijoux, de colliers, de pierres précieuses, de diamants, de cœurs d'or enrichis d'émeraudes, etc., et enfin les titres des rentes de l'archiconfrérie, représentant une somme de 70,000 francs (1). Ce caveau renfermait toutes les richesses de l'église, évaluées approximativement à une somme de 250 à 300.000 francs.

« Nous passâmes ensemble toute la nuit du 17 au 18 mai, sous le regard scrutateur et défiant de trois factionnaires, qui se relevaient d'heure en heure, comme il convenait à de dignes séides de la Commune. Cependant, nous rencontrâmes parmi eux quelques âmes moins endurcies. Tandis qu'on procédait au pillage complet de l'église et qu'on nous faisait, assister à la profanation des ornements et des vases sacrés, un capitaine me glissait à voix basse quelques paroles de sympathie : un autre qui se disait parent de S. E. le cardinal Morlot, ancien archevêque de Paris, protestait, avec la réserve qu'imposaient les circonstances, contre les spoliations commises: d'autres, enfin, nous disaient qu'ils n'avaient pas complètement abdiqué tout sentiment de reconnaissance envers les frères qui les avaient élevés, à l'égard des sœurs de Ménilmontant, qui les avaient soignés dans leurs maladies. Je n'oublierai jamais la confidence émue que me fît celui de tous qui me paraissait avec raison le moins hostile : « Je suis Frère des écoles chrétiennes. » Je conserverai même un sentiment de véritable gratitude envers l'un des plus jeunes, que sa douceur relative avait fait surnommer par ses camarades du sobriquet de Bibi, et qui me proposa, au péril de sa vie, de se charger d'une lettre pour ma famille. De temps en temps, le secrétaire de Le Moussu traversait notre salle de détention et nous jetait en passant ces mots d'une rare audace : « Votre position s'aggrave de plus en plus, nous trouvons des pièces de plus en plus compromettantes. » On affectait de saisir tous les prétextes possibles de nous trouver coupables d'intelligences avec Versailles.
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MessagePosté le: Jeu 28 Mai - 15:49 (2015)    Sujet du message: Publicité

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