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Education républicaine...

 
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Minervalis
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MessagePosté le: Jeu 22 Sep - 22:05 (2016)    Sujet du message: Education républicaine... Répondre en citant

... dont les derniers errements étaient pressentis dès 1911:

Extrait du journal "Le Gaulois" du 27 Mars 1911 (Numéro 12217)

L'ESPRIT de la Nouvelle Sorbonne

PAR M. LUCIEN CORPECHOT

Un petit livre vient de paraître. Il est signe d'un pseudonyme Agathon. Il s'appelle L'Esprit de la nouvelle Sorbonne. C'est une des œuvres les plus courageuses, les plus intelligentes, les plus utiles qui aient été écrites de nos jours. Elle dénonce un péril d'une extrême gravité, une entreprise téméraire, où les intérêts de l'intelligence et la gloire de notre pays se trouvent compromis.

« Je ne puis voir sans émotion, écrivait autres fois M. Anatole France, un petit potache allant, matinal, le nez en l'air, ses livres sur le dos, à son lycée. Il est l'avenir de la patrie, ce pauvre petit diable. C'est avec angoisse que je cherche à deviner s'il gardera toute sa vie ou s'il laissera éteindre la flamme qui éclaire le monde depuis si longtemps. Et M. France, qui déjà suivait avec un intérêt inquiet la fortune de nos études classiques, ajoutait « Je tremble pour la culture française, qui est la chose du monde la plus noble et la plus délicate. »

Que de nouvelles raisons de trembler nous apporte Agathon !Ce ne sont plus seulement les lycées, l'enseignement secondaire que troublent des novateurs imprudents, le grec qu'on abandonne, le latin qu'on délaisse. C'est une révolution bien plus profonde, qui va des plus hautes études à l'école primaire, et les barbares sont au centre même de la place. La Sorbonne, l'illustre et vénérable maison, que, d'un peu loin, nous tenions toujours pour le conservatoire de la culture classique, renie ses méthodes scolaires, condamne les humanités, et brûle les dieux qu'elle avait adorés!

La Sorbonne est la tête de notre système scolaire. D'elle partent toutes les directives universitaires. Elle est responsable, non seulement de l'enseignement supérieur qu'elle distribue, mais de l'enseignement qui se donne dans la moindre école de village, car elle l'inspire et, si, dépassant toutes les craintes de M. France, les lycées sont devenus des sortes de bazars où l'on peut trouver un assortiment très varié de connaissances utilitaires, mais sans portée, mais impropres à former l'intelligence, c'est encore la Sorbonne qui en porte la responsabilité.

En nous apportant des précisions sur l'évolution de la Sorbonne, sur son esprit, sur ses méthodes, Agathon nous livre le secret de ces bouleversements dans l'éducation qui font l'angoisse de tous les pères de famille; il nous fait entrevoir l'avenir qu'une telle pédagogie pré pare à l'intelligence française. Voilà pourquoi son livre a tant de portée.

Les partis qui se disputent le pouvoir et s'arrachent ce pays ont employé, pour ruiner leurs adversaires, de tels arguments, une telle mauvaise foi, tant de bassesse, qu'introduire le point de vue politique dans une critique sérieuse, c'est, aujourd'hui, en quelque sorte, la diminuer, la frapper de suspicion. Voilà sans doute pourquoi Agathon, dans sa campagne contre la Sorbonne, se tint systématiquement éloigné de toute considération politique. Mais c'est nous priver d'une grande lumière 1

Il faut bien noter que l'évolution décisive da la Sorbonne date de l'accession au pouvoir de cette fraction du parti républicain décidée à pousser à leurs extrêmes conséquences les principes égalitaires et démocratiques de la Révolution. L'enseignement à tous ses degrés est le plus fort instrument de domination. Comment des hommes au pouvoir résisteraient-ils à la tentation d'imposer à la jeunesse, par la bouche de ses maîtres, des conceptions qu'ils tiennent pour des vérités ? Il n'y a point d'exemple d'une telle réserve. Quand un parti possède une doctrine cohérente, cette doctrine devient doctrine d'Etat aussitôt que ce parti s'installe au pouvoir. Son premier soin est d'en prescrire l'enseignement. Plus que tout autre, à cause de l'intransigeance et de la tyrannie qui se trouvent dans leur tempérament, les Jacobins, maîtres de la France, devaient exiger de tous les éducateurs qu'ils prêchassent leur doctrine et nulle autre. C'est alors que, selon le mot d'une personnalité éminente de l'enseignement supérieur cité par Agathon, on voit, à la Sorbonne, sa substituer le politique au philosophe.

« C'est le politique qui organise les idées comme on brasse les affaires, qui administre les esprits comme on gouverne et bouscule les subordonnés. » Et le même auteur remarque que, dès lors, la pédagogie universitaire se fait le véhicule du despotisme jacobin.

Tout puissants en Sorbonne, nos dirigeants entendirent qu'aucun enseignement rival ne vînt entamer celui qu'ils se proposaient de répandre du haut de ces chaires illustres. C'est ainsi que l'Ecole normale, l'Ecole des Chartes furent rattachées à la Sorbonne, qu'un vaste plan fut ébauché, où le Collège de France, le Muséum, l'Ecole Polytechnique elle-même, devaient subir le sort de l'Ecole normale. Le rêve de ces autoritaires, dit Agathon, c'est une sorte d'administration de la pensée.

Mais comment réaliser ce rêve ? La bonne volonté d'un recteur et de quelques maîtres ne suffit pas. Notre enseignement supérieur depuis des siècles, depuis les humanistes de la Renaissance, tend au contraire à la libération de la pensée, à l'affranchissement de l'intelligence. De telles méthodes doivent donc être condamnées. Ce désintéressement intellectuel, gloire de notre race, générateur de toute notre littérature classique, raison même de notre incontestable supériorité dans l'invention et dans la découverte scientifiques apparaît d'ailleurs comme bien aristocratique. N'est-ce pas un luxe inutile. dans une démocratie ?

Il ne s'agit plus dans une société comme la nôtre de former des honnêtes gens, mais des citoyens utiles ! Le concept de l'utile et non celui du désintéressement doit donc présider désormais à l'élaboration de toute discipline pédagogique.

A première vue, une telle conception se présente sous des apparences de logique assez séduisantes. Aussi d'excellents Français, des hommes éminents, des lettrés abondaient-ils dans ce sens. « Nous sommes, disait M. Jules Lemaître, une société démocratique et industrielle, menacée, ou plutôt à demi-ruinée déjà par la concurrence de puissantes nations, et les enfants de notre petite bourgeoisie, et nombre d'enfants du peuple passent huit ou dix ans à apprendre très mal les mêmes choses que les Pères Jésuites enseignaient autrefois très bien dans une société monarchique, aux fils de la noblesse, de la magistrature et des classes privilégiées. N'estce pas un anachronisme effronté ? Et la croyance à l'utilité présente de cette éducation n'est-elle pas un préjugé extravagant ? »

Si l'on avait envisagé le problème plus attentivement, et comme l'a fait depuis M. Jules Lemaître, on aurait compris que ce qui appelait une réforme, c'était moins nos études classiques qu'une société où le dogme de l'égalité et de l'utilitarisme était poussé au point qu'on ne pût admettre de classes privilégiées jouissant d'assez de loisir pour faire de la culture désintéressée de l'esprit leur souci dominant. On aurait compris, comme l'a fait Renan, que le point extrême des idées démocratiques ne pouvait représenter que la fin de la civilisation, l'épuisement de la chaleur morale des vieilles races européennes.

Au lieu de réviser nos idées politiques, nous acceptâmes le remaniement de nos programmes scolaires et l'on aboutit peu à peu à la condamnation absolue de la culture classique déclarée « incompatible avec les idées d'un véritable serviteur de la démocratie»

La Sorbonne, en parfait accord avec la mystique révolutionnaire, se montra décidée à sacrifier l'élite à la masse, à assurer la domination du nombre et l'exhaussement des médiocres. Ainsi elle se croyait entrée dans le courant moderne.

Par quoi cependant remplacer les humanités décriées et les dieux antiques déchus? Une idole était toute prête: la science. Ses récentes victoires sur l'obscure nature, tous les pouvoirs nouveaux qu'elles venaient de conférer à l'humanité lui assuraient un immense prestige. Mais du fait même que d'une rare élite elle était tombée en quelque sorte dans le domaine public, elle se trouvait diminuée dans son esprit et dans ses tendances. Alors que pour un Claude Bernard, un Pasteur, les méthodes scientifiques ne différaient guère de celles du poète, qu'à leurs yeux la science était avant tout un effort de création, d'intuition, puis de composition, d'ordonnance, de choix tout à fait analogue à celui qu'exige la composition d'une tragédie ou d'un poème, pour tout le peuple des travailleurs scientifiques la science se confondait avec le savoir et l'érudition. On entendait un Berthelot affirmer qu'elle devait se borner à être une collection de faits bien observés. Ce fut cette conception restreinte, inféconde, épuisante de la science qu'adopta la Sorbonne quand elle déclara qu'aux humanités elle entendait substituer pour la formation des esprits les méthodes scientifiques, parce que cette conception se trouvait en parfaite harmonie avec l'idéal démocratique.

Pour être moderne et pratique, la culture française devait cesser d'être littéraire, philosophique elle devait, à l'imitation de la culture germanique, se faire historique. L'histoire, en effet, à condition de n'être plus qu'un catalogue de faits, s'élevait à la dignité de science. Du même coup, elle devenait une sorte de travail manuel abordable aux plus médiocres. Ainsi la culture se faisait en même temps démocratique et scientifique.

La société que nous prépare la Sorbonne exclut l'élite. Elle se juge. Renan, responsable sur tant de points des nouveaux errements de notre Université, envisageait cependant avec effroi ce que pourrait être une pareille société bornant tout à l'utile, au sein d'une médiocrité générale substituant la jalousie et le désir du bien-être aux nobles poursuites de l'idéal. Je vois, écrivait-il, comparant la diffusion des idées démocratiques à la fin du charbon de terre et des vieilles économies du globe, je vois la Terre, dans l'avenir, sous la forme d'une planète d'idiots se chauffant au soleil, dans la sordide oisiveté de l'être qui ne vise qu'à avoir le nécessaire de la vie matérielle.

Voilà la voie dans laquelle nous nous trouvons engagés. Et il faut bien comprendre que ce n'est pas la méchanceté ou l'aveuglement de quelques hommes qui nous conduisent à cet utilitarisme abject. M. Durkheim et ses confrères se trouvent poussés tout naturellement par la nécessité qui s'impose très fortement à eux de mettre d'accord notre enseignement et les principes de notre société. Il faut entendre ce déterminisme. Il ne suffit donc pas pour conjurer le péril de réformer la Sorbonne mais il faudrait réformer l'Etat et tous nos principes, revenir sur une foule d'idées que l'expérience démontre fausses. Sommes-nous prêts pour ce grand labeur ?

Lucien Corpechot


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MessagePosté le: Jeu 22 Sep - 22:05 (2016)    Sujet du message: Publicité

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